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Pénurie d’électricité en France : le risque est-il écarté ?

lundi, 28 novembre, 2016 - 08:33

Depuis un mois, une polémique portant sur une possible pénurie d’électricité cet hiver a vu le jour dans les médias. En cause, l’arrêt de plusieurs réacteurs nucléaires. Souhaitant se montrer rassurants, la ministre de l’Énergie, Ségolène Royal, et le groupe EDF affirment que la sécurité d’approvisionnement en électricité sera assurée sur tout le territoire français, sans coupures. Simple effet d’annonce, ou bien le parc nucléaire français a-t-il vraiment de quoi encaisser ce coup dur en assurant la continuité du service qu’il propose ?

Winter is coming

18 réacteurs nucléaires, sur les 58 que compte le pays, sont actuellement à l’arrêt où le seront dans les prochains mois, dont 12 sur demande de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). De quoi nourrir une inquiétude légitime à l’approche d’un hiver que tous les experts s’accordent à annoncer particulièrement rude. Pourquoi un timing si malheureux ? N’aurait-on pu attendre le printemps avant de débrancher un tiers du parc nucléaire français ? Le gendarme du nucléaire pense que non.

Et pour cause : les 12 réacteurs sur lesquels l’ASN a statué sont concernés par une problématique de sécurité : la résistance de la cuve qui doit contenir le réacteur nucléaire. A l’origine, des anomalies « sérieuses » détectées sur une pièce fabriquée dans l’usine d’Areva-Le Creusot. C’est pour cette raison que l’ASN a demandé à EDF de réaliser toute une batterie de contrôles sur ses réacteurs, afin d’écarter tout danger de fuites.

Contrôles concluants, semble-t-il, puisque l’ASN vient d’annoncer qu’elle autorisait EDF à relancer 6 réacteurs. Leur redémarrage devait avoir lieu fin novembre, mais il est aujourd’hui prévu pour le 31 décembre pour deux d’entre eux. Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN, a déclaré que ces réacteurs « pourraient être opérationnels dans un mois et atteindre leur pleine puissance en janvier 2017 ». Cette demande de l’ASN entraine pour EDF une perte d’un cinquième de la production habituelle. Cette donnée est loin d’être anodine lorsque l’on sait que le nucléaire génère en moyenne 75% du courant produit en France.

Coupures or not coupures ?

Les Français passeront-ils l’hiver à grelotter ? L’électricien public se déclare confiant quant à la capacité du réseau à assurer la continuité de l’approvisionnement en électricité du pays, comme le lui demandait la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, dans une lettre datée du 10 octobre. Et ce même si l’hiver arrive. Même si, à en croire une analyse publiée en novembre sur le site du Réseau de transport d’électricité (RTE), « pour chaque degré de température en moins au niveau national, la consommation augmente jusqu’à 2 400 MW ».
Pas de panique, pourtant, du côté d’EDF, dont les responsables assurent qu’il existe des marges destinées à éviter les situations difficiles, même en cas d’hiver rude. L’énergéticien compte mettre en place des « mesures exceptionnelles » afin de « préserver l'alimentation électrique des Français ». Marie Casanova, porte-parole d’EDF, respire la sérénité : « On se prépare, sans alarmisme aucun, au passage de l'hiver. En cas de pointe de consommation, on dispose de moyens supplémentaires en plus du nucléaire qui peuvent être mobilisés très rapidement ».

Les centrales hydroélectriques, les parcs solaires et éoliens ou encore les centrales thermiques devraient être en mesure de compenser une éventuelle baisse prolongée de la production nucléaire. Un scénario dont la viabilité semble confirmée dans le dernier rapport publié par EDF : « Avec un total cumulé de 1 900 MW supplémentaires par rapport à l’hiver 2015/2016, les parcs éoliens et photovoltaïques français contribuent plus fortement à la couverture des besoins électriques ». La France pourrait également acheter de l’électricité sur le marché commun si cela s’avérait nécessaire : « La capacité technique d’importation de la France pour cet hiver est de 12,2 GW soit une augmentation de 30% par rapport à l’hiver 2015/2106 ».

Tout indique donc qu’en dépit d’un concours de circonstances particulièrement défavorable, les capacités de production françaises, importantes et variées, devraient suffire à assurer la fourniture en électricité de l’ensemble de la population. Si tel n’est pas le cas, au prix  d’une légère remise en question  de leur indépendance énergétique, les Français ne devraient de toute façon pas passer l’hiver au froid.
 




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