Connexion

Syndicate content

Plus d’égalité n’épargne pas aux femmes la violence sexiste

mercredi, 30 novembre, 2016 - 12:15

La France est l’un des pays d’Europe où la violence contre les femmes est très répandue. La situation est encore pire dans la Scandinavie égalitaire car l’émancipation féminine engendre des risques supplémentaires. 

Comme chaque année, la « journée internationale pour l’élimination de la violence faite aux femmes » instaurée par l’ONU en 1999 s’est déroulée vendredi dernier 25 novembre. Dans le monde entier, en Europe et en France, ont été organisés des marches, des colloques, des actions de sensibilisation dans les médias et sur les réseaux sociaux pour endiguer ce véritable fléau social.

Rien qu’en Europe en effet, un tiers des femmes déclare avoir subi des violences physiques et/ou sexuelles depuis l’âge de 15 ans. Et la France est loin d’être en reste dans ce domaine par rapport aux autres pays européens.

Une violence spécifique

On qualifie de « violence faite au femmes » ce qui reflète, d’une façon ou d’une autre, un comportement sexiste. Un certain nombre de violences – homicides, vols à main armée, cambriolages – frappent « par hasard » des femmes mais elles auraient pu tout aussi bien frapper des hommes.

En revanche, un très grand nombre de crimes et de délits sont motivés par le genre de la victime – le plus souvent féminin : les viols et les agressions sexuelles, bien sûr, mais aussi toute une série de violences faites dans le cadre d’un couple, d’un ancien couple ou de la famille, toutes formes de harcèlement, d’injures ou de menaces proférées dans les lieux publics ou au travail manifestement perpétrées en raison du sexe féminin de la victime.

Un niveau de violence élevé en France

Selon l’enquête de l’INED (Institut national des études démographiques) sur la violence et les rapports de genre pour l’année 2015, 553.000 femmes ont fait l’objet, l’an dernier en France, d’une agression sexuelle et parmi elles, 62.000 ont été victime d’un viol ou d’une tentative de viol.

Pourtant, selon le ministère de l’intérieur, moins de 11.910 viols de femmes ont été enregistrés l’an dernier par la police. A l’évidence, de nombreux viols ne sont pas déclarés, notamment s’ils se produisent au sein de la famille.

Selon le bureau des Nations Unies pour les drogues et le crime, la France se classe au sixième rang européen avec 17 viols pour 100.000 habitants en 2013.

La Scandinavie la plus touchée

Elle est devancée par la Suède (59 pour 100.000), la Belgique (28) ou encore la Norvège (22) ou la Finlande (18). Elle est en revanche bien devant l’Allemagne (9 viols pour 100.000), les Pays-Bas (8) et encore plus l’Espagne (3) qui enregistre six fois moins de viols que l’Hexagone. L’Espagne est pourtant le pays d’Europe où l’on compte le plus de femmes tuées sous les coups de leur mari…

Cela semblerait démontrer que ces différences reflètent la plus ou moins grande propension à déclarer ces agressions. Toute la question est là, en effet. Pour cette raison, il convient de privilégier les enquêtes systématiques par rapport aux chiffres de la police.

Référence en la matière, l’enquête de l’Agence européenne pour les droits fondamentaux (FRA) qui a réalisé, en 2014, 42.000 interviews de femmes dans tous les pays de l’Union. Lorsqu’on leur demande si elles ont été victimes de violences physiques ou sexuelles depuis l’âge de leurs quinze ans, un tiers des Européennes répondent par l’affirmative.

Mais les Françaises sont 44% à se déclarer avoir été victimes, ce qui les place en cinquième position sur 28. Le fait surprenant est que la France est devancée par trois pays scandinaves, Danemark (52%), Finlande (47) et Suède (46), ainsi que par les Pays-Bas (45), pays où la violence sexiste serait donc plus prégnante.

A l’inverse, l’Allemagne connaît moins de violence que la France (35% de victimes) et l’Italie ou l’Espagne sont encore plus paisibles avec 27 et 22% de victimes. Autre surprise, le pays de l’UE le moins violent à l’égard des femmes est la Pologne (19%) !

Une mesure statistique faussée ?

On peut naturellement se demander comment des pays où l’égalité homme-femme est la mieux respectée peuvent se retrouver parmi les plus violents. De fait, il y a un biais.

C’est ce que souligne Elisabeth Morin-Charlier, spécialiste de cette question : selon elle, « dans les pays égalitaires où les femmes sont plus sensibilisées à leurs droits fondamentaux, elles se sentent plus légitimes à dénoncer les violences subies ». En somme, dans des sociétés plus machistes, les femmes osent moins parler, même dans le cadre d’un entretien individuel, et peut-être relèvent-elles moins les violences les moins graves ou les ont-elles oublié.

Pourtant, ces réserves n’enlèvent pas son sens au classement évoqué qui est très riche d’enseignements. Premièrement, si la Scandinavie égalitaire déclare beaucoup de violence sexiste, cela donne à penser que celle-ci est sous-estimée ailleurs. Donc, le phénomène est de très grande ampleur et pourrait toucher une majorité de femmes en Europe ! Mais deuxième enseignement qui relativise le premier : il n’y a pas de lien évident entre égalité hommes-femmes et violence. Ou s’il y  a un lien, il va dans le sens : plus d’égalité, plus de violence.

L’égalité, facteur aggravant de violence

L’enquête de l’Agence pour les droits fondamentaux démontre d’une part une forte corrélation entre urbanisation élevée – celle des pays les plus développés – et violence faite aux femmes. La ville est propice aux violences.

D’autre part, l’égalitarisme hommes-femmes accroit aussi les facteurs de risques dans la mesure où les femmes sortent plus et, surtout, travaillent plus, ce qui les expose à la violence au travail qui est d’autant plus fréquente que les femmes occupent des positions hiérarchiques élevées.

En outre, contre toute attente, la violence conjugale ou familiale est moins déclarée dans les pays égalitaires que dans les autres. Ainsi, 10% des femmes danoises ou finlandaises déclarent la violence de leur conjoint, contre 23% des femmes roumaines ou portugaises ! Ce qui donne à penser que les femmes émancipées ont encore plus honte d’être victimes de la violence de leurs proches que les autres.

L’incidence du « binge drinking »

Pour toutes ces raisons évoquées tenant au degré élevé d’égalité des femmes, les violences qu’elles subissent sont nombreuses dans le nord de l’Europe, région par ailleurs frappée par le phénomène du « Binge drinking », la consommation rapide et volontairement excessive d’alcool. Au demeurant, on ne saurait attribuer à un simple « biais déclaratif » le fait que les viols déclarés en Suède sont plus de deux fois plus nombreux que partout ailleurs (et neuf fois plus qu’au Danemark voisin) !

Parité soviétique et interdits latins

A l’inverse, un certain type d’égalitarisme des sexes hérité du modèle soviétique pourrait expliquer une violence moindre entre hommes et femmes dans les pays de l’Est européen. De même, la prégnance du catholicisme dans les pays latins n’est sans doute pas étrangère à la force des interdits à caractère sexuel. A noter que la Pologne cumule ces deux incidences.

Une conclusion semble s’imposer : la lutte contre la violence faite aux femmes est un combat vraiment spécifique qui a peu à voir avec leur degré d’émancipation ou leur milieu socio-culturel.




Pays