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Education: la France reste le pays le plus inégalitaire d’Europe

jeudi, 8 décembre, 2016 - 10:58

L’Enquête PISA 2015 a testé les connaissances des élèves de 15 ans dans le monde. Les performances de l’Hexagone restent médiocres, nettement inférieures à celles de ses voisins du nord de l’Europe. Et l’écart entre bons et mauvais élèves y est l’un des plus élevés de l’UE.

Réalisée tous les trois ans par l’OCDE, l’enquête du programme pour le suivi des acquis des élèves (PISA) est un événement très attendu. Les résultats pour 2015 ont été publiés avant hier après des tests effectués auprès de 540.000 élèves de 72 pays.

Axés sur les connaissances en sciences, mais aussi en mathématiques et sur la compréhension de l’écrit des élèves âgés de 15 ans, ces tests sont sensés mesurer la capacité des jeunes proches de la fin de leur scolarité obligatoire à acquérir et utiliser les connaissances qui leur ont été dispensées.

Comme depuis plusieurs années, les pays asiatiques sont largement en tête du classement mais les pays européens ne sont pas en reste. Quant à la France, elle occupe encore une fois une position moyenne, sinon médiocre.

Des résultats à analyser avec une certaine distance

A chacune de ses publications, PISA fait l’objet de critiques et la fiabilité de ses résultats est mise en doute. En fait, la renommée de l’enquête tient à la précision de sa méthodologie et aux moyens développés pour recueillir les informations. Réalisée depuis l’an 2000, elle permet en outre d’intéressantes comparaisons dans le temps.

Cela dit, il faut relativiser les comparaisons entre systèmes éducatifs. Par exemple, le fait de cerner la capacité des élèves à utiliser les connaissances privilégie les pédagogies pragmatiques des pays anglo-saxons ou scandinaves au détriment des systèmes fondés sur la construction progressive d’un savoir, comme dans les pays latins.

Autre biais possible, la pratique du redoublement : les pays où il est couramment pratiqué (c’est encore le cas en France) sont désavantagés car les élèves de quinze ans se retrouvent souvent dans des classes inférieures par rapport aux pays où le passage dans la classe supérieure est automatique.

En outre, comme on doit tenir compte des marges d’erreurs, il serait vain de tirer des conclusions sur un pays classé 9ème avec 501 points en matière de compétence scientifique et un autre pays classé 12ème avec 495 points… En matière de classement, il faut se référer à de grandes catégories. Cela dit, l’évolution des scores d’un même pays sur plusieurs années traduit une réalité plus pertinente.

En Europe, les pays du nord dominent

Sur les 30 premiers pays du classement 2015 emmené par Singapour et le Japon, il y a 16 pays de l’UE mais il n’y en a que deux – l’Estonie et la Finlande – dans les dix premiers contre 7 pays asiatiques. Si l’on divise les 28 pays de l’Union en trois tiers, on compte, dans les mieux classés du premier tiers deux grands pays d’Europe occidentale : le Royaume-Uni et l’Allemagne (4èmes ex-aequo) et quatre pays situé plutôt au nord de l’Europe : Estonie (1ère), Finlande (2ème), Pays-Bas (4ème), Belgique et Danemark (8èmes).

Dans le troisième tiers le moins bien classé se retrouvent des pays du sud comme l’Italie (19ème) et la Grèce et plusieurs pays de l’Est européen. Au milieu, il y a la France, classée 12ème de l’Union (et 26ème du classement mondial) ainsi que divers pays allant de l’Autriche au Portugal en passant par la Pologne, la Suède ou l’Espagne. Ces pays du milieu réalisent des scores proches de la moyenne OCDE .

Si les résultats de la France étaient sensiblement meilleurs au début des années 2000, on constate que ses scores n’ont guère variés depuis l’enquête de 2009. Elle continue à être mieux classée en matière d’enseignement des mathématiques où elle est 9ème sur 28 pays de l’UE mais les maths sont dominées par l’Estonie et les Pays-Bas tandis que le Royaume-Uni et l’Allemagne s’en sortent bien en matière de connaissances scientifiques. Quant à la compréhension de l’écrit, c’est en Finlande, en Irlande et en Allemagne qu’elle est la meilleure.

Pays-Bas, Allemagne et Finlande perdent du terrain

Parmi les pays dont les scores globaux progressent bien depuis six ans, on trouve l’Estonie et la Slovénie, mais aussi l’Espagne et le Danemark. Certains pays voient leur score stagner ou régresser légèrement, comme la France, l’Italie ou le Royaume-Uni.

Mais il y a aussi plusieurs pays qui régressent très nettement comme les Pays-Bas, l’Allemagne, la Belgique et surtout la Finlande. Ce qui donne à penser que ces derniers systèmes éducatifs ont vraiment perdu en efficacité ces dernières années. Cela est particulièrement vrai des connaissances en sciences en Allemagne et aux Pays-Bas.

Deux fois plus d’inégalité en France qu’en Italie

Quant au degré d’inégalité des systèmes éducatifs, il est mesuré de deux manières. D’une part, la proportion d’élèves peu performants qui atteint en France près de 15%, plus que la moyenne OCDE (13%) et surtout beaucoup plus élevée que la plupart de nos voisins britanniques, allemands, néerlandais ou espagnols qui tournent autour de 10%. A l’inverse, la France compte plus d’élèves très performants que la moyenne.

Mais le critère principal de mesure des inégalités est la variation de la performance due au niveau socio-économique. Un point très mauvais pour la France où l’on mesure une variation de 20% entre les performances des élèves les plus forts et celles des élèves les plus faibles. L’Hexagone se place ainsi en 26ème position sur 28 dans l’UE, juste devant la Hongrie et le Luxembourg.

Parmi les pays où les écarts entre bons et mauvais élèves sont les plus réduits (autour de 10%), on trouve le Royaume-Uni, l’Italie, le Danemark ou encore la Finlande. Quant à l’Allemagne, sa position est médiocre et elle se classe 20ème.

Des remèdes parfaitement identifiés

L’enquête n’identifie pas de corrélation entre importance de la population issue de l’immigration, concentration de cette population dans certains établissements et niveau de performance des élèves. En revanche, les experts de PISA identifient les facteurs susceptibles de réduire les inégalités : des effectifs de classe plus réduits, des ressources supplémentaires pour les établissements défavorisés, l’autonomie des établissements et un suivi spécifique des plus faibles.

En conclusion, cette étude PISA est plutôt sévère pour le système éducatif français, pourtant réformé régulièrement. Tout particulièrement en termes d’inégalités puisque le système français produit à la fois plus d’élèves de haut niveau que la moyenne OCDE mais aussi beaucoup d’élèves peu performants.

 Mais, comme le soulignait la ministre de l’éducation, les réformes prennent du temps à produire leurs effets. Ainsi l’Allemagne, très mal classée en 2000, a initié d’importantes réformes éducatives au début du millénaire. Il a fallu entre six et neuf ans pour qu’elles produisent leurs pleins effets. 




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