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Compteurs communicants : l’engouement gagne les pays européens

dimanche, 26 février, 2017 - 08:31

Alors que l’Union européenne multiplie les programmes et appels à projets pour le développement des villes intelligentes, les pays membres misent sur les réseaux électriques intelligents pour faire des économies d’énergie et lutter contre le réchauffement climatique.

Et si l’Europe devenait enfin intelligente ? Le Vieux continent semble en tout cas pressé de se doter d’un maximum de « smart cities », comme le montre le programme Horizon 2020. Conçu pour encourager la recherche et l’innovation européennes, il recentre les financements sur trois priorités : l’excellence scientifique, la primauté industrielle et les défis sociétaux afin d’avancer vers de territoires de plus en plus intelligents et connectés.

C’est dans le cadre de ce programme que la Commission européenne a lancé son appel à projets Smart Cities and Communities, qui cherche à faire émerger de nouvelles solutions en matière d’énergie, transports et technologies de l’information et la communication (TIC). Neuf projets ont été financés depuis 2014 à hauteur de 210 millions d’euros. Chacun d’entre eux regroupe au moins trois villes de différents pays membres menant des expérimentations sur les composants clés de la ville intelligente, à savoir les « smart grids », les TIC, la « smart data » et les nouvelles mobilités.

Bordeaux, Lyon, Londres, Lisbonne, Milan et Varsovie se trouvent parmi les villes concernées par les projets sélectionnés. Mais la liste devrait s’étoffer grâce au quatrième appel à projets, qui vient de s’achever. Il prévoit l’investissement de 69,5 millions d’euros, notamment dans les quartiers à faible consommation énergétique, et les projets d’intégration de l’électromobilité aux réseaux locaux.

Des projets ambitieux à l’échelle européenne

L’Europe encourage ainsi le développement de réseaux électriques « intelligents », qui utilisent des technologies informatiques d’optimisation de la production, la distribution, la consommation et le stockage de l’énergie. Et ça marche ! De nombreuses plateformes, lieux d’échanges, regroupements ou encore consortiums se sont mis en place depuis 2009 sur le continent. L’European Electricity Grid Initiative (EEGI) associe par exemple 14 entreprises européennes afin de mieux interconnecter les réseaux nationaux.

Interflex, un des projets sélectionnés dans le cadre d’Horizon 2020, vise à tester différentes approches innovantes pour permettre une gestion du système électrique tenant compte de la vision locale (production EnR, bornes de recharges, évolution des comportements de consommation, nouveaux usages…). Piloté par Enedis, le projet mettra l’accent sur le stockage d’énergie, les véhicules électriques, l’effacement de consommation, l’îlotage, l’automatisation du réseau et l’intégration de différents vecteurs d’énergie (gaz, chaleur, électricité).

Le projet se déroulera dans cinq pays (France, Allemagne, Suède, République Tchèque et Pays-Bas), et réunira 20 partenaires dont la société européenne E.ON, qui mènera trois démonstrateurs régionaux situés en Allemagne et en Suède.

Mais les projets européens se construisent avant tout à partir de projets nationaux. Ainsi, afin de booster les réseaux électriques intelligents sur le continent, l’Union a fixé en 2009 l’objectif de déployer des compteurs communicants dans 80 % des foyers européens avant 2020 et 100 % avant 2022. Selon la directive 2009/72/CE du 13 juillet 2009, « chaque Etat doit veiller à la mise en place de systèmes intelligents de mesure qui favorisent la participation active des consommateurs au marché de la fourniture d’électricité ».

Premier objectif : réduire les dépenses

La Commission européenne estime que les ménages pourraient réduire leurs dépenses énergétiques de 10 % grâce à des compteurs intelligents et que ces derniers pourraient faciliter l’intégration des énergies renouvelables et favoriser les économies d’énergie grâce notamment au pilotage à distance et à la télé-relève.

L’Italie n’avait pourtant pas attendu cette directive européenne. ENEL SpA, principal producteur de la péninsule, avait installé des compteurs communicants chez 27 millions d’abonnés entre 2000 et 2005. Mais le rythme s’est accéléré à partir de 2009 et l’Italie compte aujourd’hui 32 millions de compteurs communicants gérés à distance par des transactions informatiques.

L’Irlande, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne lui ont très vite emboîté le pas, et la société Smart Energy GB, chargée de la promotion du déploiement des compteurs intelligents au Royaume-Uni, constate aujourd’hui que 81 % des citoyens britanniques disposant d’un tel appareil en recommandent l’utilisation. Bonne nouvelle dans un pays qui devrait doter l’ensemble de ses foyers d’un compteur intelligent d’ici à 2020.

L’Allemagne, principal marché européen, avait pour sa part pris un peu de retard sur ses voisins. Mais voilà qu’en juillet dernier elle décide d’y remédier en adoptant de nouveaux règlements pour stimuler le déploiement de 44 millions de compteurs connectés d’ici à 2026.

En France, Enedis va équiper 35 millions de foyers de boîtiers téléopérables d’ici à 2021. La pose de « Linky », le compteur intelligent de la filiale d’EDF, a commencé le 1er décembre 2015 et se poursuit malgré une certaine résistance de quelques associations. Les risques pour la santé ou la vie privée des usagers ont cependant été écartés par les agences compétentes et le déploiement de Linky sur l’ensemble du territoire national devrait se poursuivre comme prévu.

Le développement des smart grids pourrait en tout cas n’être qu’à ses débuts en Europe, et l’on devrait sans doute en entendre encore parler à l’avenir. Preuve qu’il n’est jamais trop tard, y compris pour le vieux continent européen, pour développer son intelligence.

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