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Agriculture : quelle politique commune pour la « nouvelle » Europe ?

mercredi, 1 mars, 2017 - 13:27

Face à la crise agricole, que peut faire l’Europe ? Sensible, cette question risque de prendre une toute nouvelle ampleur avec la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. La PAC n’a d’autre choix que de se renouveler.

La politique agricole commune (PAC), l’une des politiques européennes les plus anciennes, se renouvelle. Afin de parvenir à une politique « plus moderne et simplifiée » qui « permettrait de relever les défis fondamentaux auxquels sont confrontés de nos jours l’agriculture et les zones rurales », la Commission européenne a lancé début février une vaste consultation publique.

Dans un communiqué daté du 2 février, la Commission précise que la consultation « durera douze semaines et  donnera aux agriculteurs, aux citoyens, aux organisations et à toute autre partie intéressée l’occasion de s’exprimer ».  Délicate, la réflexion sur le futur de la PAC devra en outre être menée sur fond de procédure de divorce entre l’Union européenne et la Grande-Bretagne, Theresa May ayant tout récemment reçu le feu vert des députés britanniques pour déclencher la procédure.

Or, comme le signalaient à l’hebdomadaire La France agricole Michel Jacquot, spécialiste des questions agricoles, et Daniel Guéguen, spécialiste des nouvelles procédures de décision, la sortie de la Grande-Bretagne obligera l’UE à « revoir à 27 certains des mécanismes de la PAC, notamment parce que le budget communautaire, recettes et dépenses, en sera affecté. Il en ira de même s’agissant des échanges de produits agricoles et alimentaires qui sont de grande ampleur entre les Etats membres et le Royaume-Uni ».

Un budget considérablement amputé

En vigueur jusqu’en 2020, l’actuelle PAC représente un budget total de 362,8 milliards d’euros, dont 278 milliards pour les aides directes et environ 85 milliards pour le développement rural. Mais lorsqu’il faudra négocier un nouvel accord, en 2020, le Royaume-Uni aura quitté l’Union en amputant considérablement le budget de cette dernière. Comme le rappelle La France agricole, « la contribution des Britanniques au budget de l’UE se situe ces dernières années entre 11 et 12 milliards d’euros, faisant du RU le quatrième contributeur net derrière l’Allemagne, la France et l’Italie ».

Comment la future Europe des 27 réussira-t-elle à aider les agriculteurs avec un budget réduit ? C’est la question que se posent tous les intéressés en ce moment, et chacun y va de son conseil. Christian Verschueren, directeur général d’EuroCommerce, estime ainsi que les ministres européens de l’Agriculture doivent nous épargner de nouveaux « gestes politiques vides » et soutenir une véritable « réforme structurelle » capable de renforcer le secteur.

Dans une lettre adressée en septembre dernier à la ministre slovaque de l’Agriculture, Gabriela Matecna, dont le pays assurait la présidence semestrielle de l’UE, plaidait pour le développement de politiques concrètes s’attaquant aux problèmes structurels du secteur, afin d’aider les agriculteurs à s’organiser mieux et s’adapter plus facilement au marché et à la demande du consommateur.

Face aux conditions climatiques défavorables et la baisse généralisée des prix, nombreuses sont les voix qui défendent une refonte des mécanismes de soutien à la filière et s’interrogent sur le rôle de l’Europe dans la généralisation des assurances. Dans une interview accordée à L’Usine nouvelle en janvier, le secrétaire général des Chambres d’agriculture, Dominique Chalumeaux, se disait ainsi favorable à une réinvention des aides variables selon l’évolution des prix. « Nous sommes confrontés à une montée du risque conjoncturel et sanitaire, dans un contexte où on nous demande d’utiliser moins de produits phytosanitaires », justifie-t-il.

Protéger les agriculteurs tout en respectant leurs choix

Voilà qui rappelle un autre débat dans lequel l’UE semble s’embourber, à savoir celui concernant l’utilisation du glyphosate. Contrairement aux agences compétentes en Europe et aux Etats-Unis, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), dépendant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a classé l’herbicide comme « probablement » cancérigène en mars 2015. Or, en mai 2016, une nouvelle expertise des experts de l’OMS et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), affirmait que « le glyphosate est peu probablement génotoxique (toxique pour l’ADN) aux expositions alimentaires anticipées ». Marche arrière toute !

Mais c’était trop tard. Lorsque les conclusions de l’OMS et la FAO ont été diffusées, le rapport du CIRC avait déjà réussi à diviser les Etats européens et même les citoyens. Une quarantaine d’ONG européennes ont lancé cette semaine une initiative pour demander l’interdiction de l’herbicide, alors que celui-ci est plébiscité par le monde agricole, comme le dévoilait un reportage du quotidien La Croix en 2016. L’incertitude concernant le prolongement par Bruxelles de l’autorisation du glyphosate a ainsi pu jouer un rôle non négligeable dans la décision de nombreux agriculteurs britanniques de voter « Leave » lors du référendum du 23 juin.

La PAC doit faire face à des défis de taille. Elle doit être forte, stable, durable et garantir des règles du jeu équitables. Elle doit être plus réactive aux marchés tout en protégeant mieux les agriculteurs contre les risques et les aléas économiques, sanitaires et climatiques. Bien sûr, cette protection ne pourra se faire « malgré eux » et la Commission devra écouter leurs revendications. Ce n’est sans doute pas une tâche facile, mais d’elle dépend l’avenir des agriculteurs et donc des citoyens européens.


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