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Digitalisation des auto-écoles : oui, mais pas à n’importe quel prix

jeudi, 2 mars, 2017 - 14:46

Passer son permis de conduire est, par définition, une épreuve. Un test. Mais cet apprentissage ne devrait jamais devenir un parcours du combattant. Pour que l’apprenti conducteur ait confiance sur la route, il doit d’abord et avant tout avoir confiance dans son moniteur et dans son auto-école.

Cette confiance a parfois été abimée par les pratiques de certaines écoles. L’arrivée du digital dans le secteur de la formation à la conduite routière, si elle était nécessaire, a pu contribuer, par certains aspects, à renforcer l’incompréhension entre auto-écoles et élèves. Il est temps de dresser un bilan de ces relations parfois conflictuelles, de s’interroger sur ce que la révolution numérique peut apporter à notre secteur et sur les modèles qui, demain, permettront à chacun de reprendre le volant en toute confiance.

Malgré les déboires, les Français attachés à leurs auto-écoles

Pour les jeunes apprentis conducteurs, passer le permis de conduire est synonyme d’indépendance, de liberté, d’entrée dans la vie adulte. Autant d’enjeux qui font de cet apprentissage un moment important et, disons-le, stressant. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que la moindre contrariété prenne des proportions considérables. Et ce d’autant plus lorsque l’aspirant conducteur ou ses parents sont en plein brouillard ; pas sur la route, mais dans le maquis des offres proposées par les auto-écoles.

C’est ce manque de transparence que dénonçait déjà, en 2013, une enquête de l’association Consommation, logement et cadre de vie (CLCV). Elle déplorait des différences de prix selon les zones géographiques, des « tarifs souvent mal compris par les élèves »« le choix entre les auto-écoles difficile » et le flou entretenu sur les taux de réussite.

D’autres élèves ont pu avoir moins de chance encore, « bénéficiant » de moniteurs non qualifiés, de salles non homologuées et surpeuplées, et d’heures de cours données en toute illégalité. Un investissement des plus fâcheux en cas de faillite de la structure, les auto-écoles concernées ayant, bien souvent, négligé de souscrire à une assurance garantissant le remboursement des sommes versées par les élèves.

Malgré ces déboires, la réputation des auto-écoles résiste. Un sondage Ipsos, réalisé en 2014, montrait que les Français étaient attachés à leurs écoles de conduite. Huit sur dix gardaient même « un très bon ou assez bon souvenir » de leur formation. Et 97% estimaient que le rôle de l’auto-école pour former un conducteur et le sensibiliser à la sécurité routière était « primordial ou important ». Comment ce rôle allait-il s’adapter au virage numérique ?

Les auto-écoles à l’épreuve de l’uberisation

A l’instar des taxis, des livreurs de restaurants ou même des avocats, les auto-écoles doivent composer avec le virage digital et l’une de ses plus puissantes variantes, l’uberisation. Plusieurs « start-up du permis de conduire » ont ainsi récemment vu le jour. Ces plateformes mettent en relation élèves et moniteurs de conduite, ces derniers exerçant en tant qu’auto-entrepreneurs. Les élèves passent ensuite leur examen en candidats libres.

Un modèle séduisant, mais qui a lui aussi rencontré des difficultés. Une start-up française s’est ainsi vu interdire « d’exercer l’enseignement de la conduite véhicule à moteur hors de la ville de Paris » par le tribunal de grande instance de la capitale, en janvier dernier. Ses dirigeants avaient reçu un agrément préfectoral limité à la seule ville de Paris, et non à toute la France. Tous les élèves n’ont pu être remboursés.

En 2014 déjà, le même sondage Ipsos révélait que près de neuf personnes sur dix ne considéraient pas l’apprentissage du code sur Internet comme susceptible de régler la question des délais de passage à l’examen et du coût du permis. Et 74% estimaient que « l’apprentissage du code et de la conduite nécessite un suivi pédagogique dans des locaux adaptés par des moniteurs expérimentés ». En somme, avant la vague Uber, les conducteurs plébiscitaient déjà les aspects humains et collaboratifs. C’est notamment pour cette raison que nous n’avons pas opté pour le « 100% en ligne » chez Auto-école.net.

La faillite de certaines start-up du digital doit servir de leçon au secteur de l’auto-école. Le « tout online » a ses limites : précarité des travailleurs, fragilisation des modes de vie et, dans le pire des cas, perte de temps et d’argent pour les apprentis conducteurs.

Les écoles de conduite ne doivent ni refuser les atouts du numérique, ni succomber à ses sirènes. Il y a de la place pour un modèle hybride, qui ne remette pas en cause les fondamentaux du secteur : confiance, professionnalisme, garanties. La confiance entre acteurs peut, par exemple, se développer au sein de coopératives – un modèle que les avocats comme les livreurs à vélo commencent à choisir, parce qu’il est plus sécurisant. Quant aux garanties, elles passent notamment par la souscription d’assurances par les écoles de conduite, qui prémunissent les élèves en cas de faillite. Ça semble évident, pourtant toutes les écoles ne prennent pas cette précaution, loin s’en faut.

Les auto-écoles sont à la croisée des chemins. Pour que digitalisation ne soit pas synonyme de perte de confiance, leurs modèles économiques ne doivent pas se contenter de surfer sur la souplesse offerte par l’uberisation, mais placer l’amélioration de l’expérience du conducteur ainsi que la décence des conditions de travail des formateurs au centre des objectifs. Il en va de l’image de marque du secteur.

Par Olivier Boutboul

Olivier Boutboul

 

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