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Logement: les Français plutôt favorisés en Europe

mercredi, 8 mars, 2017 - 11:05

Depuis de très longues années, la question du logement en France est considérée comme cruciale. La montée du nombre des mal logés – 4 millions selon la Fondation Abbé Pierre – et des personnes en fragilité par rapport au logement, l’allongement des listes d’attentes pour l’accès au logements sociaux, l’explosion des prix de l’immobilier dans les grandes villes font de ce sujet un sujet polémique.

Et ce n’est pas un hasard si tous les candidats à l’élection présidentielle font des propositions en matière de logement. Mais, au delà de ce qui touche à la pauvreté et à la précarité, il est intéressant de constater que les Etats de l’Union européenne – même si l’on ne prend en compte que l’Europe de l’Ouest – présentent d’assez grandes disparités en matière de logement.

Le recul du logement social

On parle beaucoup de logement social en France mais beaucoup moins ailleurs. Il faut dire que la France est une exception en Europe, non pas parce qu’elle compterait beaucoup plus de logements sociaux que certains autres pays mais parce que, partout ailleurs, le secteur du logement social ne cesse de se contracter depuis plusieurs années.

Notamment, là où il reste important et représente comme en France environ 17-18 % du parc immobilier total. Ainsi, au Royaume-Uni, un déclin relatif du logement social depuis les années 1980 peut s’expliquer par les politiques favorisant l’accès à la propriété, des politiques que l’on a également observées en Irlande ou aux Pays-Bas.

Outre Manche, les organismes publics de gestion ont également fait place à des associations privées. Mais cette « banalisation » du secteur social qui, avec la diminution des aides, tend à se confondre avec le privé, est beaucoup plus marquée en Suède ou aux Pays-Bas.

En Allemagne, le « parc social », qui ne représente plus que 5% du total, a toujours eu un caractère temporaire et l’on observe que les durées de conventions sociales ne cessent de se raccourcir. Donc, les logements reviennent plus vite dans le secteur locatif privé.

Si l’on considère le total des personnes titulaires d’un logement, les locataires aidés, ceux qui bénéficient d’un loyer diminué par rapport au prix du marché, représentaient en 2015 16% du total en France et 18% au Royaume-Uni. Ils ne sont plus que 8% en Allemagne et moins de 0,5% aux Pays-Bas ou en Suède. A cet égard, l’Espagne ou l’Italie sont dans une situation intermédiaire avec entre 9 et 12% de locataires aidés.

Sept européens sur dix sont propriétaires

69,5% des Européens possèdent leur logement et, depuis dix ans, ce nombre a continué à progresser dans certains pays mais à un rythme moindre qu’auparavant. C’est le cas de la France, qui compte 64% de propriétaires contre 62% il y a dix ans.

C’est aussi le cas des Pays-Bas et de la Suède qui atteignent des taux de 68 et 70%. Et il y a encore davantage de propriétaires en Italie (73%) et surtout en Espagne (78%). En revanche, après des hausses spectaculaires dans le dernier quart du XXème siècle, le nombre de propriétaires a régressé au Royaume-Uni depuis dix ans, passant de 70 à 63%.

Régression aussi en Allemagne, et à un niveau de 52%, le plus bas de toute l’Union européenne. Il faut dire que les loyers très modérés observés outre-Rhin ont conduit près de 40% des Allemands à opter pour la location au prix du marché. C’est deux fois plus qu’en France.

Appartement ou maison individuelle ?

En matière de mode de jouissance du logement, les différences sont très fortes. Par exemple, les Espagnols se logent à 66% dans des appartements. C’est beaucoup plus que les Allemands (57%) et les Italiens (52%). Et c’est sans commune mesure avec les 31% de Français vivant en appartement, sans parler des Néerlandais ou des Belges qui ne sont que 20 ou 22%.

Est-ce à dire que beaucoup d’Européens vivent en maison individuelle ? Pas forcément. C’est bien le cas en France, ou 45% vivent ainsi, le plus souvent dans ce que l’on appelle des « pavillons ». C’est encore plus vrai en Scandinavie ou la moitié ou plus des gens habitent une maison, sans compter de nombreux pays à l’Est de l’Europe.

Mais il est une autre forme d’habitat qui séduit 60% des Britanniques et des Néerlandais et également 40% des Belges : c’est ce que l’on appelle la « maison partagée ». Ces habitations, divisées en deux, trois ou quatre appartements, sont très nombreuses dans toutes les petites et moyennes agglomération et à la périphérie des grandes villes de ces trois pays.

Taille et salubrité : les Italiens très défavorisés

Les logements jugés bien trop petits pour la famille et qui ne permettent pas l’intimité de chacun sont réputés « surpeuplés ». Environ 7% des occupants français, anglais ou allemands considèrent qu’ils habitent un logement « surpeuplé ». C’est nettement moins en Espagne, aux Pays-Bas ou en Belgique (entre 2 et 6%).

Mais le pays qui se distingue en la matière est l’Italie, dont le taux de surpeuplement atteint 28%. Et même 44% dans le cas des populations à revenu très modeste alors que celles-ci ne sont que 21% dans ce cas en France.

Ces populations fragiles peuvent se trouver également en situation de « privation grave » en matière de logement, soit qu’elles n’ont pas de sanitaires, soit que les toits fuient ou que le logement est très obscur. Là encore 19% des Italiens à revenus modestes sont dans ce cas, les Français démunis n’étant que 8%, les Allemands et les Britanniques 5%.

Isolement : les Français les moins touchés en Europe

Enfin, il y a la question de l’isolement du logement en matière de santé ou de transport public. Grosse surprise sur ce plan. Le mal être exprimé par une grande partie de la population rurale en France ne se retrouve absolument pas dans les statistiques européennes, au contraire.

Seulement un peu plus de 7% des Français habitant en zone « non dense » souffrent de difficultés d’accès aux soins de santé. C’est le meilleur score de l’Union européenne puisque les Allemands dénoncent à 23% un accès difficile aux soins, les Belges à 31% et les Italiens à près de 40%.

Quant à l’accès aux transports publics, il est limité pour 27% des Français ruraux. C’est plus que les Suédois qui ne sont que 23%. Mais les Britanniques sont 45% à en souffrir, les Allemands 50% et nos voisins Belges plus de 70% !

En somme, les Français n’apparaissent pas si mal lotis en matière de logement. D’autant qu’ils sont moins nombreux que les autres à se trouver en charge excessive de loyer (plus du tiers des revenus). En fait, seules les populations à revenu très modeste ne sont pas trop gâtées – si l’on ose dire – en France.

Mais, dans leur majorité, les Français se logent dans des conditions souvent meilleures que leurs voisins. Le problème en France, n’est pas tant de vivre dans un logement que d’y entrer…


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