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Glyphosate : l’Union européenne contre la science ?

lundi, 13 mars, 2017 - 15:53

L’agriculture française est en crise. Le Salon de l’Agriculture, qui vient de fermer ses portes à Paris, en a été une fois de plus l’expression. Les agriculteurs sont en colère et ne comprennent pas l’avalanche de nouvelles normes qui s’abat sur eux chaque année. La possible interdiction du glyphosate, l’herbicide le plus répandu au monde, pourrait signer le coup de grâce pour nombre d’entre eux. C’est pourquoi ils regardent avec crainte l’initiative européenne citoyenne qui a été lancée le 8 février dernier visant à l’interdire.

Le glyphosate: un produit dangereux… non avéré !

Le décalage est de plus en plus grand entre les associations écologiques et les scientifiques. Pourtant, ces derniers ont publié plusieurs rapports importants et ils arrivent tous, ou presque, aux mêmes conclusions : le glyphosate n’est pas dangereux et ne comporte pas de risque cancérigène. De quoi justifier un ouf de soulagement pour des milliers d’agriculteurs en France (et en Europe) qui utilisent régulièrement cette substance pour leurs récoltes. Sauf que dans la masse des rapports rassurants issus entre autres des très sérieuses Autorité européenne de sécurité des aliments (Afsa) et de la Food and Drug Administration (FDA), le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) est un des très rares à remettre en cause la non dangerosité de cet herbicide.

Au-delà du prestige et du sérieux que le nom de Centre international de recherche sur le cancer permet de conférer aux équipes qui y travaillent, un élément important est à prendre en considération. Sur les centaines de procédés et de produits analysés par le CIRC, tous ont été classés « cancérigène » ou « probablement cancérigène », comme l’a souligné André Aurengo, médecin et universitaire, lors d’une récente audition à l’Assemblée Nationale. Une façon de souligner qu’il est scientifiquement impossible de conclure au risque zéro, cela revenant à vouloir démontrer l’existence d’un ensemble vide.

Des associations écologiques partisanes

Bien que le CIRC soit le seul à conclure à la dangerosité du glyphosate, les associations écologiques ont pris pour argent comptant les conclusions de cet organisme, dépendant de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Dans ce contexte, une quarantaine d’associations ont lancé, le 8 février 2017, une initiative citoyenne européenne (« Stop Glyphosate »). Les pétitionnaires appellent les Etats à interdire le glyphosate, « les invitant à réformer la procédure d’approbation des pesticides et à fixer des objectifs obligatoires à l’échelle de l’UE en ce qui concerne la réduction de l’utilisation des pesticides ». Cette procédure a été rendue possible par le Traité de Lisbonne, qui prévoit qu’une pétition réunissant un million de signataires dans au moins sept pays membres de l’Union européenne d’ici un an (avant le 8 février 2018) doit être examinée, ensuite et sous trois mois, par la Commission européenne. Restera alors à l’exécutif européen à motiver sa décision, en déclenchant, ou pas, une procédure législative, en vue d’interdire l’herbicide.

Autant dire que la pression se fait de plus en plus forte, et certains gouvernements s’expriment déjà en faveur d’une interdiction pure et simple. La France a déjà laissé entendre, par la voix de sa ministre de l’Environnement Ségolène Royal et de sa ministre de la Santé Marisol Touraine, qu’elle est favorable à une interdiction du produit. Et ce, en dépit des multiples rapports concluant à la non-nocivité du glyphosate.

Ainsi, deux camps s’opposent : celui des agriculteurs, qui bénéficient d’un appui scientifique certain, et celui d’associations écologistes qui ont trouvé dans le gouvernement un interlocuteur attentif. D’ici là, le glyphosate est encore autorisé… au moins jusqu’en février 2018. Et il est certain que les associations écologiques mettront tout en œuvre pour remporter la bataille de l’opinion.

En attendant, l’interdiction pure et simple du glyphosate représenterait une menace significative pour nombre d’agriculteurs français. C’est ce qui ressort d’une étude d’ADquation, société d’études de marché, publiée en 2016. Selon leur enquête, menée auprès de 1000 agriculteurs, une très grande majorité d’entre eux (90%) estime qu’ils rencontreraient des problèmes (technique, agronomique ou économique) assez ou très sérieux si le glyphosate doit être, à terme, retirer de la vente.


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