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Secteur du bâtiment : les enjeux de l’électricité en France et en Allemagne

lundi, 15 mai, 2017 - 09:55

La France et l’Allemagne connaissent des paysages énergétiques – en particulier électriques – très différents. Alors que l’Allemagne, historiquement mauvais élève par son empreinte carbone, se dirige vers un tout renouvelable, le France semble s’empêtrer dans des technicités parfois préjudiciables. Une contradiction qui n’échappe pas au secteur du bâtiment.

Au premier regard, on constate déjà que la consommation de l’Allemagne et de la France ne sont pas similaires : entre 1990 et 2012, l’Allemagne a consommé 1,5 fois plus d’énergie que l’Hexagone (221 Mtep en 2012 contre 152). Cet écart est largement imputable à la population légèrement plus élevée outre-Rhin, et à la part plus large de l’industrie dans le PIB allemand (26 % contre 12,5 % en 2012). Si, en revanche, on se penche en détail sur la répartition de la consommation par énergie dans chaque pays, on constate que les proportions sont environ les mêmes : les énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) représentent 67% de la consommation en Allemagne, et 65% en France. La part des énergies renouvelables dans le mix électrique est également comparable : 23 % en Allemagne et 19 % en France.

Des mix énergétiques français et allemand aux antipodes

Cependant, l’énergie primaire mobilisée pour produire de l’électricité est sensiblement différente dans les deux pays. La France a choisi de s’appuyer largement sur le nucléaire (77,5 % en 2014) et d’exploiter ses ressources hydrauliques (14 % du mix en 2013). L’Allemagne a privilégié les sources domestiques fossiles – en particulier le charbon, une source particulièrement émettrice de Gaz à effet de serre (GES) – avant de prendre le virage des énergies durables depuis la fin des années 2000 (biomasse, photovoltaïque et éolien). Si la part du charbon n’a pas augmenté depuis 2011, elle demeure très élevée, à environ 40 % de l’électricité produite. En conséquence, un kWh d’électricité produit huit fois plus de CO2 en Allemagne qu’en France.

Autre point : ces deux politiques énergétiques ont un impact différent sur le prix de l’électricité. En Allemagne, la moyenne annuelle des prix de l’électricité tourne autour de à 31,60 €/MWh. Cela en fait une des factures usagers les plus élevées d’Europe – le double du prix français pour les particuliers, et plus de 50 % en plus pour l’industrie. De fait, le prix de l’électricité allemande est impacté par les subventions aux énergies renouvelables mises en place pour accompagner la transition énergétique du pays. A titre d’exemple, soulignons qu’entre 2010 et 2014, la « taxe renouvelable » allemande a été multipliée par trois, passant de 2,05 cents€/kWh à 6,24 cents€/kWh. Elle a continué d’augmenter depuis, et représentait 6,35 cents€ en 2016. D’ici à 2020, elle devrait atteindre 7,5 cents€.

L’Energiewende Allemand : une transition radicale

Dans le cade de la Convention cadre sur le changement climatique, les deux pays se sont engagés à réduire de 40 % leurs émissions de GES par rapport à leur niveau de 1990 – dès 2020 en l’Allemagne et en 2030 en France. Or, plus d’un tiers des émissions allemandes sont liées à la production d’électricité. Berlin œuvre donc pour décarboner sa production électrique. Pour ce faire, elle privilégie les renouvelables – qui pour l’instant ont pris le pas sur la production de son parc nucléaire, en passe d’être totalement fermé. Sur ce terrain, l’Allemagne a pris de l’avance sur la France en valeur absolue – en particulier dans le thermique, qui ne pose pas de problèmes d’intermittence. L’Allemagne a également diminué son taux d’intensité énergétique (le rapport de la consommation d’énergie au PIB).

En suivant cette transition radicale – et coûteuse – le pays a d’ores et déjà réussi à baisser de 27 % ses émissions en 2015 (toujours par rapport à 1990) et a pratiquement rempli son objectif fixé lors de l’Accord de Pairs. Le pays vise désormais plus loin : la ministre de l’Environnement, Barbara Hendricks, veut diminuer de 55 % les émissions d’ici 2020, puis de 80 à 95 % d’ici 2050 (pour des besoins estimés entre 600 et 800 TWh). Cela passera par un ensemble de mesures, allant d’une baisse de la production de viande (50%), au développement de la propulsion électrique des voitures, en passant par une interdiction des chauffages au fioul et au gaz dans le nouveau bâtiment dès 2030. La participation d’acteurs privés est aussi cruciale : 50% des capacités renouvelables installées entre 2000 et 2012 appartiennent à des personnes privées et des agriculteurs.

En France, des ajustements sectoriels

L’Hexagone dispose de peu de marge de manœuvre pour rendre son mix de production électrique moins carboné – en particulier en ce qui concerne l’électricité. Il s’agit de concentrer les efforts sur les secteurs les plus émetteurs si l’on veut que les engagements pris soient atteints. En particulier dans le bâtiment… En effet, ce secteur représente 43 % de la consommation énergétique du pays et 23 % des émissions de GES. La rénovation des bâtiments et le progrès des normes concernant le nouveau bâti jouent donc un rôle fondamental dans l’effort français. Ainsi, la RT2012 est venue imposer un seuil de 50 kWh d’énergie finale par m² et par an pour toute nouvelle construction en France.

Mais la multiplication des leviers décidés par les gouvernements successifs a mené à une mauvaise coordination de mesures. Ainsi, la RT2005, ancêtre de la RT2012 et pierre fondatrice de cette politique, a mis à jour la différence entre les énergies primaires (présentes dans la nature) et secondaires (transformées à partir d’énergies primaires), comme l’électricité. Dans le second cas, il faut prendre en compte l’impact carbone des énergies utilisées pour la produire. La RT2005 estime ainsi qu’il faut 2,58 unités d’énergie primaire pour produire une unité d’électricité. Le seuil de 50 kWh par m² est donc atteint beaucoup plus vite avec cette énergie – un système qui pénalise largement l’électricité, et paradoxalement incite l’usage d’énergies fossiles dans le bâtiment (gaz, fioul…), considérablement plus carbonées.

Avec l’entrée en vigueur de la RE2018 en 2020, la France prévoit d’aller plus loin et va prendre en compte l’impact carbone du cycle de vie des bâtiments. Une avancée bienvenue, qui peinera cependant à réellement impacter l’empreinte carbone du pays, compte tenu du non-sens induit par le calcul surévalué de la production électrique.


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