Connexion

Syndicate content

Droite et gauche font de la résistance en Europe

mercredi, 17 mai, 2017 - 11:12

Le nouveau gouvernement français mélange ministres de gauche et de droite, remettant en cause le clivage traditionnel. Chez nos grands voisins, l’heure d’un rapprochement n’a pas encore sonné. Les différences ont même tendance à s’accentuer.

La nomination d’Edouard Philippe comme premier ministre du nouveau président Macron sonne le glas de la traditionnelle dichotomie droite/gauche dans le paysage politique français.

Un regroupement des « progressistes » de tous bords confirmée par la composition bigarrée du gouvernement et qui fait d’un vaste rassemblement central la force politique dominante du pays.

Emmanuel Macron a-t-il eu raison de la gauche et de la droite de gouvernement en France ? Si la formation qui le soutient, « Les républicains en marche », remporte la majorité absolue aux prochaines législatives, on pourra l’affirmer puisque ni la gauche, ni la droite ne pourront prétendre gouverner le pays comme elles le faisaient alternativement depuis 1962, soit plus d’un demi-siècle.

En France, la gauche et la droite continuent de se distinguer

Ce qui ne veut pas dire pour autant que la distinction gauche-droite est obsolète. D’une part, l’éventuelle future majorité Macron comportera des éléments venus de la droite, du centre et de la gauche.

D’autre part, les deux partis traditionnels subsistent et continuent de se distinguer du macronisme sur plusieurs points : « Les républicains » privilégient nettement les allègements d’impôts, une baisse plus forte des dépenses publiques, des lois sociales et un droit du travail moins protecteurs, une immigration plus encadrée et un européanisme beaucoup plus tiède.

Quant au parti socialiste, il se refuse à diminuer les charges des entreprises, ne touche pas à l’impôt sur la fortune ni au droit du travail et continue d’appeler de ses vœux un vaste plan de relance à l’échelle européenne.

LR et PS restent bien chacun dans leur camp mais, notons-le, leurs programmes respectifs sont, dans plusieurs domaines, « Macron-compatibles », ce qui laisse présager des ralliements sur telle ou telle réforme au cours de la prochaine législature.

Enfin, n’oublions pas qu’aux extrêmes de l’échiquier politique demeurent une droite « national-populiste » (le Front national) ainsi qu’une gauche radicale (les insoumis).

Chez nos voisins, le clivage reste en place mais évolue

Dans deux pays voisins, le Royaume-Uni et l’Allemagne, le clivage gauche-droite n’est pas remis en cause. Mais, Outre-Rhin, la grande coalition en place depuis 2013 entre chrétiens démocrates de la CDU-CSU et sociaux-démocrates du SPD a rapproché les lignes des deux grands partis de gouvernement. Dans le même temps, des forces plus extrêmes, « Die linke » à gauche et « Alternative für Deutschland » à droite se sont renforcées.

Au Royaume-Uni, au contraire, conservateurs et travaillistes, un temps rapprochés par la grâce du « New Labour » de Tony Blair, ont rarement été aussi antagonistes.

En Italie, l’opposition droite-gauche n’a qu’un quart de siècle car elle n’est apparue qu’avec l’explosion d’un centre-droit dominant, la démocratie chrétienne, et l’avènement de la droite berlusconienne.

Le paysage s’est modifié depuis trois ans avec, à gauche, le net recentrage du parti démocratique et la droitisation de « Forza Italia » en dépit de la montée des populistes du mouvement cinq étoiles.

Enfin, en Espagne, si la droite libérale conservatrice de Mariano Rajoy et les socialistes du PSOE n’ont guère changé de positionnement, ils sont affaiblis par l’émergence, au centre droit, du parti « Ciudadanos » et, à la gauche de la gauche, des libertaires de « Podemos ».

Espagne : le PSOE se « regauchise »

Le « Partido Popular », né en 1989 du croisement entre libéralisme et franquisme « modéré » de l’Alliance populaire, reste conservateur sur le plan sociétal – on l’a vu avec sa tentative de restreindre le droit à l’IVG, étatiste en matière de santé et de services publics, national et centralisateur par rapport aux revendications autonomistes, parfaitement libéral au plan économique et résolument européen.

Sur ce dernier plan, Emmanuel Macron pourra sans doute s’appuyer sur le président du gouvernement Mariano Rajoy qui prône une Europe plus sure, plus solidaire, plus intégrée et plus citoyenne. Et il serait encore plus conforté dans sa politique européenne par un PSOE qui veut un ministre de l’économie de la zone euro et une formation « euro » au sein du Parlement européen.

Pour le reste, les socialistes espagnols sont redevenus – depuis qu’ils ont quitté le pouvoir il y a six ans – presque plus à gauche que les frondeurs du PS français dans le rétablissement de l’Etat providence, l’abolition des lois sécuritaires, la hausse du salaire minimum, la lutte contre les discriminations ou la défense de la politique d’asile. Mais le PSOE, très affaibli politiquement, n’est plus en mesure de gouverner seul.

Italie : fracture sur l’Europe

La question européenne tend au contraire à diviser gauche et droite en Italie. En dépit du énième retour de son fondateur Silvio Berlusconi, Forza Italia est en mauvaise posture et, afin de sceller une alliance avec les « régionaux-populistes » de la ligue du Nord, la parti affiche un euroscepticisme de plus en plus marqué.

Ainsi, à l’instar de Marine Le Pen peu avant le second tour de la présidentielle, Forza Italia défend l’instauration d’une double monnaie comportant introduction d’une nouvelle lire à usage interne. Quant à leur programme, c’est moins d’Etat, moins de taxes, moins d’immigration, plus de flexibilité du marché du travail et de meilleure relations avec la Russie.

Une sorte de « super-fillonisme » en face duquel se dresse le quasi-macronien Matteo Renzi qui vient de reprendre les rênes du parti démocratique et ambitionne de retrouver sa fonction de président du conseil aux prochaines élections.

Pour Renzi, comme pour Macron, il s’agit en même temps de libéraliser l’économie et de protéger les individus des conséquences douloureuses de la mondialisation en leur permettant d’en être finalement les bénéficiaires par l’éducation, la formation et la culture. Et lui aussi veut une Europe conciliant plus d’intégration et de démocratie.

Allemagne : le SPD se démarque

Rapprochées par leur coalition de gouvernement, droite et gauche allemandes s’éloignent de nouveau. Avec l’avènement à la tête du SPD de Martin Schulz, l’ancien président du parlement européen, l’objectif est d’en finir avec cette grande coalition à l’occasion des élections de septembre prochain. D’où un programme qui se distancie de la politique d’Angela Merkel.

En particulier sur la remise en cause du rôle de l’Allemagne en Europe impliquant plus de solidarité financière avec les partenaires et un recentrage sur la consommation et l’investissement intérieurs au détriment du tout export.

Une position inédite qui conviendrait fort bien aux Français et qui tranche avec le très classique programme de baisses d’impôts de Madame Merkel.

Royaume-Uni : le retour du « old Labour »

Aux prochaines élections de juin, Jeremie Corbin défendra un programme travailliste parfaitement « old Labour » : hausse de l’impôt sur le revenu et de l’impôt sur les sociétés, taxes sur les entreprises versant des hauts salaires, hausses des dépenses sociales et de santé, nationalisations ainsi que le souci affiché de mener le pays vers un « soft Brexit » préservant les emplois. Mais le parti travailliste n’a semble-t-il pas la moindre chance de gagner…


Réactions
Pays