Connexion

Syndicate content

L’économie française parmi les moins performantes d’Europe

mercredi, 24 mai, 2017 - 08:48

Depuis 2012, l’Hexagone a moins bien performé que pratiquement tous ses partenaires européens. Que ce soit en terme de croissance, de chômage, de déficit public ou de dette, la plupart des Etats-membres ont nettement redressé la barre. Pas la France.

En ce début de quinquennat et dans le cadre d’une campagne législative qui verra se confronter des points de vue divergents sur l’état économique de la France, il semble utile et opportun de faire le point de la situation du pays par rapport à celle des autres pays de l’Union.

C’est aussi l’occasion de vérifier si les performances relatives de la France se sont modifiées favorablement ou défavorablement durant le quinquennat de François Hollande du point de vue des grands équilibres (croissance, chômage, déficit, dette).

Cinq ans d’embellie économique pour l’Union

Depuis cinq ans, les économies européennes ont dans l’ensemble assez bien performé. On se souvient qu’en 2012, l’Union commençait tout juste à sortir de la tourmente de la crise financière et économique qui avait plongé, à partir de 2008, le continent dans la récession.

En 2012, l’ensemble de l’UE avait enregistré une croissance négative de 0,5 % et un taux de chômage moyen de 11,4%. Or, à la fin du premier trimestre de 2017, le taux d’expansion moyen est remonté à 2% tandis que le chômage moyen est en baisse de plus de trois points, à 8%.

Sur le plan des déficits publics, l’embellie est encore plus spectaculaire : en 2012, 18 pays sur 26 enregistraient des déficits supérieurs à la limite fixée par les critères européens de Masstricht, soit 3% du PIB. Quatre ans plus tard, en 2016, 26 pays sur 28 sont « dans les clous de Maastricht » et douze d’entre eux sont mêmes en situation d’équilibre ou d’excédent de leurs finances publiques. En 2012, l’unique pays dans ce cas était l’Allemagne.

Dans ce tableau tout à fait positif, le seul bémol vient des dettes publiques : celles-ci restent exactement au même niveau qu’en 2012 – soit 84% du PIB en moyenne – et treize pays ont vu leur dette augmenter au cours de cette période.

Croissance : la France à deux places du bonnet d’âne

Pour ce qui est de la croissance, notre pays est vraiment en queue de peloton. Que l’on prenne l’augmentation du PIB sur un an à la fin du premier trimestre 2017 ou encore la croissance annuelle en 2016 qui a été de 1,2% dans l’Hexagone, la France se situe à la 26ème place sur 28 et seuls deux pays font moins bien que nous : l’Italie, avec un maigre 0,9% de croissance en 2016 et la Grèce dont l’économie a stagné l’an dernier.

Cette situation de croissance molle contraste de façon saisissante avec les performances des nouveaux pays membres de l’Union dont 11 sur 13 voient leur PIB augmenter de plus de 3%. A l’exception de l’Irlande et de sa croissance supérieure à 5%, les pays d’Europe occidentale font beaucoup moins bien. Espagne, Portugal et Pays-Bas sont plutôt dynamiques (+ 2,5 à 3% du PIB) mais les autres se situent dans une fourchette de 1 à 2,5% de croissance.

Pour en revenir à la France, l’autre mauvaise nouvelle est l’effondrement de sa position relative par rapport à 2012. Le pays avait en effet plutôt mieux résisté que les autres à la dépression et se situait à cette époque à la douzième position européenne.

Cette contre-performance française résulte essentiellement de la conjonction entre un manque de compétitivité des entreprises à l’export qui a plombé le solde extérieur et un cycle de hausse des impôts dans les trois premières années du quinquennat Hollande qui s’est traduit par une consommation médiocre. En outre, en 2015 et surtout 2016, l’impact des attentats sur le climat général et le tourisme n’a rien arrangé.

Chômage : des résultats parfois excellents à l’Ouest comme à l’Est

le tableau n’est guère plus favorable à l’Hexagone au niveau du chômage car la France est parmi les trois pays, à côté de l’Autriche et de l’Italie, à avoir vu son taux de chômage augmenter, même si ce n’est que très légèrement, de 9,8% en 2012 à 10,1% à la fin du premier trimestre de cette année.

Partout ailleurs, le taux de chômage est en recul, voire en net recul, là encore dans plusieurs pays de l’Est – il a par exemple diminué de moitié en Pologne pour se situer à peine au dessus des 5% – mais également dans plusieurs pays de l’Ouest comme la Suède (- 3,5 points), le Portugal (- 6 points), le Royaume-Uni (- 3,4 points) et, en Allemagne, le taux n’est plus que de 3,9% !

Déficits publics : 26 pays dans les clous

Comme la totalité des Etats-membres, la France a réduit son déficit, ce dernier étant passé de 4,8% en 2012 à 3,4% en 2016 et même 3,2% fin mars dernier. Mais l’Hexagone est le seul pays, avec l’Espagne – dont le déficit est encore de 4,5% – à excéder toujours le seuil des 3%.

Plusieurs pays ont réduit drastiquement le déséquilibre de leurs finances publiques comme le Royaume-Uni (de 8 à 3%), les Pays-Bas ou la République tchèque (de 4% à un excédent de 0,6%) sans parler évidemment de l’Irlande qui a divisé par neuf le montant de son déficit en quatre ans !

Pourquoi ces réussites ailleurs et pas en France ? La comparaison avec le Royaume-Uni met en lumière les paramètres du déficit public. En quatre ans, la dépense publique britannique a baissé de 4,2 points mais elle n’a reculé que de 0,6 points en France.

En dépit de ce serrage de vis, le PIB du royaume a progressé de 9,2% contre seulement 3,7% en France. C’est bien la preuve que des économies budgétaires ciblées nuisent peu à la croissance à court terme et la favorisent à moyen-terme. De fait, les recettes de l’Etat ont davantage augmenté outre-Manche. Les mêmes évolutions s’observent aux Pays-Bas.

Dette publique : plus six points en France, moins 12 en Allemagne

L’évolution de la dette publique est évidemment corrélée à celle des déficits. La dette est passée de 89,5 à 96% du PIB en France alors qu’elle est restée pratiquement constante dans l’Union européenne à un peu moins de 84%.

En Allemagne, au contraire, elle est revenue de 80 à 68%. Une fois de plus, le résultat le plus spectaculaire est obtenu par l’Irlande où l’endettement chute de 120 à 75% du PIB. Quant à la Grèce, les ravageuses politiques d’austérité imposées par l’Union européenne n’ont pas empêché la dette de passer de 160 à 180% du PIB.

C’est toute la différence entre des coupes sombres dans les dépenses qui tuent consommation et investissement – et donc croissance – et des politiques de rationalisation de ces dépenses.

En somme, le bilan économique de la présidence Hollande est franchement mauvais. Sur tous les critères évoqués, la France est désormais classée dans le dernier quart des 28 pays de l’Union.

C’est le résultat d’une politique à contretemps qui a comprimé consommation et investissement par une hausse de la fiscalité sans améliorer – ou du moins trop tardivement – la compétitivité des entreprises.

En outre, la volonté de réduire le déficit dans un contexte de croissance atone a pesé sur les investissements publics. Dans ce contexte, il semble urgent de corriger le tir même si l’on ne peut nier qu’une politique plus stimulante en Allemagne serait également la bienvenue pour notre commerce extérieur et notre économie en général…


Réactions
  • Régis Lemaire

    à quel moment vous prenez en compte le taux de pauvreté, le nombres de travailleurs pauvres, l’endettement des étudiants & des ménages, la vétusté des équipements publics, la transition vers une économie durable, … je continue ?

    • Alain Elineau

      C’est toujours la même messe par le petit bout de la lorgnette, la croissance ne mesure que l’écart entre 2 situations, et forcément ceux qui ont le plus souffert de la crise affichent une meilleure croissance maintenant. Par contre si on compare les PIB depuis 2007, la France est loin d’être un cancre, et s’en sort mieux que la plupart des pays, mais le reconnaitre c’est avouer que les prochaines réformes sont inutiles et dangereuses. Voir le site d’Eurostat, du Xerfi etc … à ce sujet.

Pays