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Europe de la défense : du « soft power » au « hard power »

jeudi, 8 juin, 2017 - 12:44

Mercredi 7 juin, la Commission européenne a présenté un projet de Fonds européen pour la défense, qui doit permettre, à l'horizon 2020, de bâtir une coopération entre les Etats membres et l'UE pour une véritable Europe de la défense.

L’Europe de la défense, vieux serpent de mer de plus de cinquante ans, refait surface. Et, cette fois-ci, semble-t-il, pour de bon. Plusieurs raisons à cela. La première tient à la multiplication des actes terroristes sur le sol européen – comme, très récemment, à Londres et à Manchester -, à laquelle Bruxelles souhaite répondre fermement. La deuxième est le flou des engagements des Etats-Unis découlant du traité fondateur de l’OTAN, dont l’article 5 prévoit que les Alliés viennent en appui d’un des leurs en cas d’agression extérieure. C’est, enfin, pour accompagner la sortie du Royaume-Uni, depuis toujours réfractaire à une intégration plus poussée en matière de défense, de l’Union européenne (UE), que la Commission souhaitait rebattre les cartes d’une Europe de la défense encore très balbutiante.

Si les budgets cumulés des 28 Etats membres frôlent les 200 milliards d’euros (1,45 % du PIB européen) – contre, par exemple, 550 milliards pour les Etats-Unis et 170 milliards pour la Chine -, le manque de coopération en matière de défense empêche l’UE de tirer pleinement profit de cette manne financière. Selon Bruxelles, il aurait même un coût important : de 25 à 100 milliards d’euros. En effet, comme le relate « le Monde », 80 % des commandes et 90 % de la recherche s’effectuent sur une base nationale, et le « superficiel » s’accumule : l’Europe possède ainsi 178 types d’armements, contre 30 aux Etats-Unis, et il y a par exemple davantage de fabricants d’hélicoptères que d’Etats membres.

« Etre une ‘puissance douce’ ne suffit plus »

Afin de rationaliser ces coûts, la Commission a proposé, mercredi 7 juin, la création d’un Fonds pour la défense, qui prévoirait un budget de 500 millions d’euros par an pour la recherche (à partir de 2020), ainsi que la mobilisation par l’UE et les Etats de 5,5 milliards d’euros annuels, pour permettre aux pays de se doter à moindre frais d’équipements militaires. Cette mutualisation des moyens permettrait également aux armées de se déployer de manière plus efficace, alors que 40 000 soldats européens, soit 3 % du total, peuvent aujourd’hui l’être.

Cette « autonomie stratégique », que le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, appelait de ses voeux il y a quelques mois, doit permettre à l’UE de passer de la catégorie « soft power » (ou « puissance douce ») à celle, plus coercitive, de « hard power ». « L’Europe doit prendre en charge sa propre sécurité », annonçait M. Juncker dans son « Livre blanc » sur l’avenir de l’UE à 27, en mars dernier. « Etre une ‘puissance douce’ ne suffit plus, lorsque la force peut prévaloir sur le droit ».

Pour Sylvie Goulard, la ministre française des Armées, le choix de Bruxelles de glisser lentement mais sûrement vers une Europe de la défense est une bonne nouvelle. D’ailleurs, « le message consistant à dire aux Européens qu’ils doivent se prendre en main n’est pas fondamentalement éloigné de ce que la France a toujours essayé de faire depuis des années » a-t-elle déclaré. Pour mémoire, si l’intervention militaire au Mali, en 2013, s’est faite sous l’égide de l’ONU, l’UE n’avait pas souhaité s’engager dans le conflit, laissant « la France défendre seule son honneur », comme l’avait déclaré Jean-Claude Juncker en 2016.

Outre les Etats membres et la Commission, l’Europe de la défense a tout pour ravir les industriels. « C’est la première fois que nous avons un signe tangible de l’implication de l’Europe dans sa défense » affirme Hervé Guillou, PDG du groupe de construction navale DCNS. Pour lui, il s’agit d’un « outil fondamental pour rééquilibrer les efforts de recherche entre les différents pays de l’Union. » Même son de cloche chez Antoine Bouvier, PDG de MBDA, leader européen dans la conception de missiles, pour qui l’Europe de la défense version 2017 est « un signal politique très fort et extrêmement positif, car cela permettra de renforcer les programmes en coopération et de construire des filières industrielles européennes. » Plus philosophiquement, reste à déterminer si l’avénement d’une Europe de la défense, avec tout ce qu’elle implique, est réellement positif.


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