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Législatives françaises : « Pas une bonne nouvelle pour la démocratie »

lundi, 12 juin, 2017 - 08:31

Dimanche 11 juin, près de 47 millions de Français étaient appelés à voter aux élections législatives pour désigner leurs représentants à l'Assemblée nationale. Plus que la lente extinction des partis traditionnels ou la consécration du mouvement d'Emmanuel Macron, La République en marche, c'est l'érosion de la participation électorale qui pose question. 

A chaque élection, c’est la même rengaine. Hier soir encore, alors qu’étaient dévoilés les résultats du premier tour des élections législatives en France, l’abstention s’est invitée sur la première marche du podium, avec 51,3 %. Soit une hausse de près de 10 points par rapport aux précédentes législatives, en 2012, qui avaient enregistré 42,8 % d’abstention. A l’époque, déjà, il s’agissait d’un record ; est-ce à dire que le déclin de la démocratie, en France, est en marche ?

Le constat n’est pas nouveau. L’érosion de la participation électorale est déplorée lors de tous les scrutins tricolores, qu’ils soient nationaux ou – et surtout – locaux. « Les législatives sont un scrutin qui mobilise de moins en moins, comme tous les autres, à l’exception de la présidentielle » indique Jean-Yves Dormagen, professeur de sciences politiques à l’université de Montpellier. Mention spéciale à la 3ème circonscription de Guadeloupe, qui enregistre le plus fort taux d’abstention (76,79 %), et à la 8ème circonscription du Val-d’Oise, qui fait grimper le record métropolitain vers de nouveaux sommets (67,91 %).

Pour Cécile Cornudet, éditorialiste au journal « Les Echos », il faut chercher du côté du « trop plein » d’élections pour expliquer en partie l’abstention record. « Comme d’habitude, pour les législatives qui suivent la présidentielle, il y a une partie des gens qui ne s’y intéressent plus et qui estiment que l’essentiel a été fait avec l’élection du président. » Qui avait été elle-même précédée de deux scrutins, ceux des primaires de la droite et du centre, fin novembre 2016, et de la gauche, en janvier dernier. « Cela fait six ou sept mois de campagne parfois violente, avec les affaires, et il y a eu comme un clap de fin avec la présidentielle » selon Madame Cornudet.

Recul de la démocratie

Ou devrait-on dire une « claque » de fin ? Car si ce premier tour d’élections législatives est conforme aux autres, il n’en demeure pas moins inquiétant. D’une part, alors qu’une loi de 1976 fixe la barre à 12,5 % des voix des inscrits sur les listes électorales pour se qualifier pour le second tour, la très faible participation d’hier soir impliquait mathématiquement la nécessité d’un score plus haut que d’habitude. C’est la raison pour laquelle de nombreux candidats, bien qu’ayant obtenu des scores honorables, ne seront pas en lice dimanche prochain.

D’autre part, la question de la légitimité du grand gagnant de ce premier tour se pose nécessairement. Certes, la majorité devrait être écrasante ; peut-être même du jamais vu sous la Vème République – avec 32,32 % des voix, la République en marche peut espérer jusqu’à 455 sièges à l’Assemblée nationale ! Mais s’agit-il pour autant d’un blanc-seing des Français au mouvement d’Emmanuel Macron ? Assurément non. Faut-il au contraire s’inquiéter du recul de la démocratie dans l’Hexagone, comme l’on s’inquiéterait du bafouement des droits électoraux élémentaires dans certains pays-dictatures ? Peut-être bien.

Car une abstention volontaire est bien plus significative qu’un empêchement d’aller voter ; c’est une mise au ban qui traduit une grande lassitude chez les Français, due, au choix, au désintérêt pur et simple pour la chose publique, ou au ras-le-bol face aux affaires qui se succèdent. Quoi qu’il en soit, « ce n’est pas une bonne nouvelle pour la démocratie, ni pour les députés élus », comme l’affirmait Yves-Marie Cann, directeur des études politique à l’institut de sondage Elabe, sur BFMTV.


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