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Le bac français plus rigide et moins sélectif qu’ailleurs

mercredi, 14 juin, 2017 - 14:07

L’examen de fin d’études secondaire en France prépare mal l’entrée à l’université. Ailleurs en Europe, il intègre beaucoup plus de contrôle continu et offre des options plus diversifiées permettant de mieux préparer les élèves à l’enseignement supérieur.

Demain 15 juin, pour plus de 700.000 élèves, les épreuves du baccalauréat commencent en France. Créé en 1808, cet examen qui sanctionne la fin des études secondaires et permet l’accès à l’université, n’a cessé de faire l’objet de critiques depuis de nombreuses années.

Un bac cher, monolithique, trop général

D’abord, cet examen organisé en juin de chaque année simultanément dans toutes les académies de France coûte cher. Si l’on en croit certains syndicats de directeurs d’école, le coût de l’annulation de trois semaines de cours en fin d’année ajouté aux frais d’organisation fait monter la facture aux environs de 1,5 milliard d’euros.

Pour remédier à ce coût élevé, beaucoup suggèrent de passer au contrôle continu des connaissances sur les deux dernières années d’enseignement secondaire, système considéré comme plus juste et reflétant mieux les capacités réelles des élèves.

D’autre part, le mécanisme de notation assez linéaires assorti d’un système de mentions plutôt grossier – car il porte sur la note moyenne – ne permet guère de mettre en lumière les réelles capacités des bacheliers à suivre telle ou telle formation universitaire.

Il faut dire que la philosophie du bac – en tout cas celle du bac général – est bien de consacrer l’acquisition d’une culture générale plutôt que de déceler des aptitudes conduisant à emprunter un parcours professionnel particulier.

Une réforme d’envergure paraît donc s’imposer. Le nouveau gouvernement réfléchirait à un système permettant de rapprocher les capacités des élèves des cursus universitaires qu’ils pourraient emprunter.

Cette sélection est déjà en vigueur dans beaucoup de pays européens où les examens de fin d’études secondaires présentent des différences assez fortes par rapport au bac français. Notamment parce que ce dernier constitue un sésame automatique à l’entrée à l’université et qu’il ne repose guère sur le contrôle continu, du moins en ce qui concerne le bac général.

Le pays qui parait se rapprocher le plus de la pratique française en matière de bac est l’Irlande. De fait, le “leaving certificate” irlandais ne s’appuie pas sur le contrôle continu. En revanche, l’accès à l’université se fait en fonction des notes obtenues et non de la simple obtention du diplôme.

Angleterre : excellence requise pour un cursus universitaire

Le système anglais pousse très loin cette logique de notation par matières. Ainsi, ce que l’on appelle le A Level qui est le système de contrôle, en deux années, de la fin du cursus secondaire ne fait guère l’objet de statistiques globales.

Peu importe en effet combien d’élèves ont obtenu le A Level. Ce qui compte, c’est combien l’ont obtenu avec le maximum de meilleures notes – la note « A » justement, sur une notation de A à E – et surtout si ces notes correspondent bien aux exigences de telle ou telle université.

En général, l’examen A-Level se passe en deux temps, à l’issue de chacune des deux dernières années du secondaire et l’étudiant présente en moyenne quatre puis trois matières de son choix.

Il est assez libre dans son panachage des matières mais il a intérêt à le faire en fonction de l’université qu’il compte intégrer, car les universités exigent des notes élevées pour certaines matières. Quant à intégrer Oxford ou Cambridge, il faudra repasser des examens d’entrée spécifiques…

Donc, en soi, le A-Level n’est une garantie d’intégrer la fac de son choix que si l’on a eu de bonnes notes. Quant au contrôle continu, il intervient par anticipation puisque les inscriptions à l’université se faisant des mois à l’avance, les écoles doivent estimer le niveau que l’élève devrait atteindre à l’examen.

Allemagne : beaucoup de contrôle continu

En Allemagne, l’examen écrit et oral de l’Abitur ne porte sur que cinq matières choisies par l’élève qui a été invité à se spécialiser trois ans avant la fin de ses études secondaires.

Et cet examen n’entre que pour 30% dans la note finale, les 70% restant résultant des divers contrôles effectués au cours des deux dernières années de « gymnasium » qui correspond à notre lycée.

Notons bien qu’en Allemagne, l’Abitur n’a pas le caractère général du bac français et ne concerne pas les filières techniques ou professionnelles.

Il est par excellence le diplôme de ceux qui se destinent à l’Université et seulement 41% des élèves d’une classe d’âge en sont titulaires. On est donc très loin des 78% de bacheliers en France mais le chiffre allemand est en revanche proche des 40% de titulaires d’un bac général.

Danemark : multiplication des options et des niveaux

Le Danemark est sans doute le pays le plus singulier en matière d’examen de fin du secondaire. Les études classiques au « gymnasium » y sont sanctionnées par un certificat obtenu après le « studentereksamen ».

Mais il existe au moins trois autres examens de fin d’études secondaires permettant d’accéder à l’université, l’un pour les filières commerciales, l’autre pour les filières technologiques et professionnelles, le troisième en cycle court pour les élèves menacés de décrochage.

Dans toutes les filières, chaque élève a le choix de trois niveaux. Le système est tellement souple qu’il est difficile de déterminer la part du contrôle continu puisque l’examen final lui-même peut combiner, selon les écoles, des formes multiples : écrit, oral individuel ou de groupe, présentation de projet…

Il est de toute façon tenu le plus grand compte des notes obtenues en cours d’année, notamment dans les matières qui ne sont pas passées à l’examen final.

Espagne : deux diplômes

En Espagne, il y a deux diplômes. Les deux dernières années d’études secondaires sont sanctionnées par un baccalauréat – le bachillerato – qui est uniquement fondé sur la moyenne des notes obtenues pendant deux ans. Mais ce diplôme ne donne pas accès à l’université.

Pour cela, il faut passer la « selectividad » qui est l’examen d’entrée à l’université et donc, le véritable équivalent à notre bac. Cet examen comporte 5 épreuves obligatoires plus des épreuves au choix mais l’élément contrôle continu reste important puisque les notes des deux dernières années du secondaire entrent pour 60% dans le résultat.

A noter que l’accès à tel ou tel cursus universitaire est fonction des notes obtenues dans certaines matières.

Italie : une sélection dès le lycée

En Italie, l’ « Esame di Stato », qui remplace l’ancienne « maturità » consiste en trois épreuves écrites et une épreuve orale. Mais le contrôle continu portant sur les trois dernières années d’études entre pour 25% dans la note finale.

Si l’examen d’Etat donne directement accès à l’université, il faut noter que la sélection s’opère plutôt, en Italie, au niveau des lycées qui sont souvent spécialisés et peuvent exiger des niveaux de notes élevées pour les intégrer.

On pourrait citer encore d’autres exemples de systèmes élaborés comme la Suède – où un système de contrôle continu intégral porte sur 17 programmes différenciés du secondaire -, les Pays-Bas où se combinent contrôles internes à l’établissement scolaire et contrôle externe au niveau national, ou la Belgique, pays dans lequel le certificat d’enseignement secondaire combine contrôle continu et examen dont les matières sont définies par l’école.

Dans quasiment tous les pays européens, l’organisation de la fin des études paraît donc à la fois plus souple, plus diversifiée et plus orientée vers la sélection qu’en France.


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