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Une majorité confortable en France mais pas exceptionnelle

mardi, 20 juin, 2017 - 13:46

Si elle n’est pas inédite en France, la nouvelle majorité présidentielle est plus large que dans la plupart des autres pays. En terme de parité hommes/femmes, l’Assemblée nationale est désormais dans le peloton de tête européen.

Dimanche, le second tour des élections législatives françaises est venu conclure un cycle de plus de neuf mois de joutes politiques intenses. Une longue période fertile en rebondissements qui a porté au pouvoir un président et un mouvement politique dont personne ne pouvait imaginer la victoire il y a un an.

Le scrutin de dimanche a assuré une confortable majorité parlementaire au nouveau chef de l’Etat même s’il s’est également soldé par un taux d’abstention inédit en France.

Abstention : du jamais vu depuis 1848

De fait, avec une participation de 48,7% au premier tour et de seulement 42,6% au second, l’abstention n’a jamais été aussi forte à l’issue des 43 élections législatives qui se sont tenues en France depuis 1848 !

Sous la cinquième république, la participation au premier tour oscillait autour de 80% dans les années 60-70 et de 65 à 70% jusqu’au début des années 2000. La participation n’a ensuite cessé de baisser : 60% en 2007, 57% en 2012 et moins de 49% aujourd’hui.

Une raison structurelle explique cette désaffection : le fait que, depuis 2002, les élections législatives suivent d’un mois l’élection présidentielle devenue déterminante. Et puis un effet plus spécifique à 2017 : la lassitude des Français après des scrutins à répétition du fait des primaires, lassitude à laquelle est venue s’ajouter la démobilisation des électeurs face à un scrutin annoncé comme joué d’avance.

Participation : faible à l’Est, forte au nord de l’Europe

Dans le cadre d’un premier tour d’élections parlementaires, il n’y a que deux pays qui ont fait moins bien que la France en 2017 : la Bulgarie – moins de 43% de participation – et la Roumanie – moins de 40%.

Cette participation reste assez faible dans la plupart des pays de l’Est (entre 50 et 60%). Chez nos grands voisins en revanche, le nombre de votants est de 66% en Espagne, 68,7% au Royaume-Uni, 71,5% en Allemagne et 75% en Italie.

Et puis, au nord, les 80% de participation sont allègrement dépassés avec un record pour la Belgique – plus de 89% – où, il est vrai, le vote est obligatoire.

La majorité présidentielle aurait pu être exceptionnelle si les électeurs macronistes ne s’étaient pas démobilisés au second tour, amputant ainsi leur mouvement de près d’une centaine de sièges.

Une majorité de 62%…

Avec 318 députés, le mouvement « La République En Marche » réunit 55% des élus, soit la majorité absolue de l’Assemblée. Si l’on y ajoute l’autre composante intégrée de la majorité – à savoir les 42 députés Modem – on arrive à un groupe majoritaire de 62%.

C’est confortable mais notons qu’en France le groupe majoritaire a dépassé ce taux à cinq reprises sous la cinquième république : en 1958, 1968, 1981, 1993 et 2002.

A cet égard, le record est détenu par la majorité RPR-UDF de 1993 qui ne représentait pas moins de 82% du Parlement ! Si l’on ne considère que le seul parti principal de la majorité, « La République En Marche » se trouve devancée par l’UMP en 2002, les gaullistes de l’UDR en 1968 et le Parti socialiste en 1981.

Bref, le résultat du mouvement d’Emmanuel Macron est bon, mais pas exceptionnel.

… toutefois moins forte qu’en Allemagne

Si l’on met de côté certains petits pays à coalitions multipartisanes, il existe un pays où la majorité parlementaire est plus forte qu’en France : c’est l’Allemagne.

Car si la CDU de la chancelière Angela Merkel n’a pu réunir, en 2013, la majorité absolue du Bundestag avec 49,2% des députés, la grande coalition qui a été alors formée a inclu dans la majorité les députés socio-démocrates.

Du coup, la coalition CDU/SPD pèse 80% au Bundestag. Mais les deux partis au pouvoir espèrent bien mettre fin à cette alliance à l’occasion des élections de septembre prochain.

Des gouvernements minoritaires au Royaume-Uni…

A l’inverse, la majorité est depuis quelques jours plus qu’étroite au Parlement britannique, la premier ministre Thesesa May ayant complètement échoué dans sa tentative d’élargir sa majorité en convoquant des élections générales anticipées il y a quinze jours.

Au contraire, les conservateurs ont perdu leur majorité absolue à dix sièges près (316 sièges au lieu de 326). Pour atteindre celle-ci, ils continuent de mener de laborieuses négociations avec le petit parti unioniste démocrate d’Irlande du Nord.

… en Espagne et en Suède

En Espagne le gouvernement est cette fois totalement minoritaire puisque, depuis les élections de 2016, les conservateurs du Parti populaire de Mariano Rajoy dirigent le gouvernement en s’appuyant sur leur 33% de députés.

Des députés il est vrai épaulés – mais du bout des doigt et avec la plus grande vigilance – par les 14% de représentants du parti centriste Ciudadanos. Cela ne fait même pas, à eux deux, la majorité absolue.

Car, jusque-là, le parti socialiste a accepté de ne pas entraver l’action gouvernementale. Comme il devrait bientôt changer de stratégie, de nouvelles élections se profilent.

En Suède non plus, les socio-démocrates au pouvoir ne réunissent qu’un tiers des députés et, même avec l’apport du Parti de gauche, ils n’atteignent pas la majorité absolue. Mais l’on sait que dans ce pays l’opposition n’est jamais systématique.

Des majorités plus nettes en Pologne, Italie et au Portugal

En Pologne, le Parti ultra-conservateur « Droit et Justice » détient à lui seul la majorité absolue avec 51% des députés.

Au Portugal, la coalition de gauche menée par le parti socialiste contrôle 53% de la chambre. Quant à l’Italie, le groupe majoritaire y atteint 55% des députés à la Chambre avec plus de 47% pour le seul parti démocratique du président du conseil Paolo Gentiloni.

Enfin, avec des partis très minoritaires, les coalitions au pouvoir aux Pays-Bas ou en Belgique disposent de 56% des députés.

En résumé donc, le nouveau gouvernement français est plutôt plus largement soutenu qu’ailleurs, d’autant que le parti du président ne dépend d’aucune autre formation.

Enfin 38% de femmes députées !

Pour finir, saluons l’arrivée à l’Assemblée Nationale de 223 femmes, qui représenteront désormais 38,6% des députés.

Voilà qui propulse la France dans le peloton de tête européen, devant l’Italie, le Royaume-Uni et l’Allemagne (de 31 à 37%) mais derrière l’Espagne et la Belgique (39%) et, surtout, derrière la Suède dont 45% des députés sont des femmes. Mais, par rapport à la précédente législature, l’Hexagone fait un bond spectaculaire de la quinzième à la sixième position européenne.


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