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Simone Veil sur l’Europe

vendredi, 30 juin, 2017 - 23:21

Simone Veil, qui a toujours milité pour une construction européenne accélérée, est morte vendredi 30 juin à l'âge de 89 ans. Pour la première présidente du Parlement européen élue au suffrage universel direct, rescapée des camps de concentration de la Seconde Guerre Mondiale, l'Europe représentait "l'espoir de progrès".

A la fin des années 1970, Simone Veil s’est déjà fait un nom en politique française. En 1975, alors qu’elle est ministre de la Santé, elle milite et fait passer au Parlement la loi instaurant l’interruption volontaire de grossesse (IVG), acte fondateur s’il en est de la lutte des femmes pour l’acquisition de nouveaux droits.

Mais en 1979, c’est la scène européenne qui la réclame, alors que les giscardiens lui proposent la direction de leur liste à l’élection du Parlement européen – la première de l’histoire au suffrage universel direct. La suite est connue : Simone Veil s’inscrit à l’UDF, devance au scrutin François Mitterrand et Jacques Chirac – qui sont très loin d’être des nouveaux venus en politique – et est élue présidente de la chambre à Strasbourg.

Si son mandat à la tête de l’assemblée – qui prend fin en 1982, même si elle restera députée européenne jusqu’en 1993 – est jalonné par les difficultés – notamment parce que le Parlement n’a pas encore tous les pouvoirs qu’il a aujourd’hui -, Simone Veil n’en acquiert pas moins la conviction qu’il faut une « construction européenne accélérée ».

Elle fait ainsi beaucoup pour la réconciliation franco-allemande, dont elle est assurément l’un des symboles – au même titre que la poignée de main entre François Mitterrand et Helmut Kohl. Celle qui, trente ans auparavant, a connu l’horreur des camps de concentration durant la Seconde Guerre Mondiale, déclare que « la réunification est la meilleure manière de tourner définitivement la page des guerres mondiales ».

Elle profitera de ces quelques années passées sur le perchoir pour défendre avec force une conception supranationale de la politique, et faire connaitre le Parlement à l’opinion publique européenne ; des discussions naitront d’ailleurs avec certains futurs Etats membres des Communautés européennes, pays tiers à l’époque, en vue d’un élargissement.

Car Simone Veil, qui a toujours gardé dans un coin de sa tête son passé douloureux, souhaite conjuguer ses convictions européennes au futur. La raison ? Selon elle, « on a oublié les conflits sanguinaires, on se dit que ça ne reviendra pas, mais rien n’est prouvé. » Face à cela, « l’Europe, c’est l’espoir de progrès » et doit permettre « d’affronter les difficultés » – la crise économique du début des années 1970 est notamment passée par là.

En 1992, Simone Veil a quitté la présidence du Parlement européen depuis dix ans – elle a été néanmoins présidente de la commission des affaires juridiques puis du groupe libéral. Avant de rejoindre le gouvernement Balladur l’année d’après, en tant que ministre des Affaires sociales, elle vit « de l’intérieur » l’épisode Maastricht. Si sa voix est plus discrète qu’avant et ne pèse pas beaucoup dans les débats, ses convictions sont toujours aussi solides. La preuve : alors que le « non » pouvait sembler l’emporter lors du référendum sur le Traité – ce qui aurait porté un coup d’arrêt à la construction européenne -, certains évoquent encore la « pâleur » qui l’habillait ce jour-là.


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