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Crise des migrants : l’Italie hausse le ton

lundi, 3 juillet, 2017 - 06:54

Hier soir se réunissaient, à Paris, les ministres de l'Intérieur italien, français et allemand, pour parler de la crise des migrants que subit Rome de plein fouet. Alors que l'Italie a déjà accueilli plus de 70 000 réfugiés cette année, elle appelle à une "approche coordonnée" au niveau européen pour résoudre le problème.

L’Italie montre des signes d’agacement. Le pays du sud de l’Europe est, avec la Grèce, l’un des plus impactés par l’arrivée massive de migrants depuis plusieurs années, et réclame de plus en plus fort une « approche coordonnée » au niveau européen pour résoudre le problème. Peu avant la réunion de dimanche soir, le ministre de l’Intérieur italien, Marco Minniti, avait même appelé les Etats membres à ouvrir leurs ports aux bateaux secourant les migrants afin d’alléger la pression qui pèse sur le pays.

Pour lui, il y a comme un paradoxe dans la gestion de la crise migratoire. Les bateaux qui secourent les migrants « battent pavillon de différents pays européens », affirmait-il hier au quotidien transalpin « Il Messaggero ». Or « si les seuls ports vers lesquels les réfugiés sont acheminés sont les ports italiens, cela ne marche pas. C’est le coeur de la question. » Pour épauler les gardes-côtes italiens, certaines ONG disposent en effet de bateaux, tout comme l’opération navale européenne antipasseurs « Sophia » et l’agence européenne des frontières Frontex.

Mais pour les organisations non gouvernementales, comme, par exemple, SOS Méditerranée, obliger les bateaux avec des migrants à leur bord à mouiller dans d’autres ports européens serait très délicat. Mathilde Auvillain, l’une des responsables de l’ONG, déclarait tout de même à l’AFP que si Bruxelles en donnait l’ordre, « on n’aurait pas le choix, on obéirait. Mais ce serait complètement impossible avec plus de mille personnes à bord. » Et celle-ci d’alerter : « Dans tous les cas, il faudrait bien qu’on fasse une escale dans un port italien pour se ravitailler. Ou bien nous nous arrêterions en mer pour demander nous-mêmes à être secourus. »

73 300 migrants accueillis en Italie cette année

Face à la colère grandissante de Rome, Bruxelles a tenté de jouer l’apaisement. « Nous comprenons les inquiétudes de l’Italie et nous soutenons son appel à un changement de la situation » avait déclaré jeudi 29 juin une porte-parole de la Commission européenne. Mais « tout changement de politique devrait d’abord être discuté avec les autres Etats membres et aussi communiqué correctement aux ONG qui utilisent ces bateaux pour qu’elles aient le temps de se préparer. »

En plus de la réunion d’hier soir, l’exécutif européen a proposé d’inscrire à l’ordre du jour de la réunion des Vingt-Huit ministres de l’Intérieur, le 6 juillet à Tallinn (Estonie), les problèmes rencontrés par l’Italie. Selon la porte-parole de la Commission, celle-ci devrait rappeler « tous les Etats membres à leur promesse de redoubler d’efforts » face à la situation en mer Méditerranée. Entre dimanche et mardi derniers, plus de 12 000 migrants avaient été secourus au large de la Libye, dont 5 000 pour la seule journée de lundi. Et depuis le début de l’année, l’Italie a déjà accueilli quelque 73 300 migrants, soit 14 % de plus que l’an dernier à la même époque.

Conscient que Bruxelles ne laissera pas tomber son pays, Marco Minniti avait déclaré, peu avant l’entrevue avec ses homologues français et allemand, être « un europhile » et qu’il serait « fier si même un seul bateau, au lieu d’arriver en Italie, allait dans un autre port. Cela ne résoudrait pas le problème de l’Italie, mais ce serait un signal extraordinaire. »


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