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En visite en Pologne, Donald Trump tacle habilement l’UE

vendredi, 7 juillet, 2017 - 06:23

En déplacement à Varsovie, jeudi 6 juillet, le président américain n'a pas tari d'éloges sur le peuple polonais, empilant les phrases grandiloquentes et vendant le pays comme "l'âme de l'Europe". A bien y regarder de plus près, cependant, ses quarante minutes de discours étaient autant tournées contre Bruxelles qu'en faveur de la Pologne.

« L’Amérique aime la Pologne » a lâché Donald Trump, hier, dans un discours bourré d’emphases à l’égard du peuple polonais, à Varsovie. Le pays, selon le locataire de la Maison Blanche, est ainsi « l’âme de l’Europe », « sûre, forte et libre », en même temps qu’une « nation dominante » sur le continent. « Je suis ici aujourd’hui non seulement pour rendre visite à un vieil allié, a également déclaré le président américain, mais à un vieil allié qui est un exemple pour d’autres, de succès et de liberté […] et qui a le courage de défendre notre civilisation. »

Des mots , savamment choisis, qui ont dû être appréciés de la foule rassemblée place Krasinski, où se trouve le monument qui commémore la révolte de Varsovie contre l’Allemagne nazie. Des bus avaient été affrétés d’un peu partout dans le pays afin de faire venir le maximum de personnes, qui devaient montrer patte blanche avant de monter dans les convois. C’est-à-dire être membre du parti nationaliste ultraconservateur au pouvoir, Droit et Justice (PiS), qui s’était chargé de la logistique du transport.

C’est là que le discours de Donald Trump prend un tout autre sens. Car, en flattant la Pologne, celui-ci a moins cherché à draguer son histoire que le parti dirigeant, qui applique depuis deux ans maintenant une politique qui semble ne pas reconnaitre la séparation des pouvoirs en tant que règle de conduite. Dans le jargon, on appelle ce mode de gouvernement une « démocratie non-libérale » ou, éventuellement, une « démocratie à la hongroise » – c’est Viktor Orban, la Premier ministre hongrois et eurosceptique patenté, qui en a la parenté.

« Danger invisible »

En quoi consiste-t-il ? Pour faire simple : à nier l’Etat de droit. Par exemple, en décembre dernier, le PiS a pris le contrôle du Tribunal constitutionnel, véritable garant de la Constitution et, donc, de la démocratie – car oui, démocratisation de la Pologne il y a eu, après la chute du communisme, et c’est en partie grâce à la jurisprudence du Tribunal. Pas étonnant, donc, que la nouvelle présidente, Julia Przylebska, ait pris quelques initiatives controversées à son arrivée, dont la restriction de l’accès des médias et des citoyens aux délibérations du Tribunal.

Une « démocratie non-libérale », également, peste contre l’Union européenne (UE) – si elle en fait partie évidemment. Beaucoup. Il faut dire que Bruxelles a tendu le bâton pour se faire battre : la Commission, en janvier 2016, a déclenché contre Varsovie une procédure inédite de « sauvegarde de l’Etat de droit » ; les dirigeants du PiS ont immédiatement critiqué l’exécutif européen qui venait, d’après eux, s’immiscer dans une affaire de politique interne. Mais le parti au pouvoir n’a pas vraiment besoin de prétexte pour ses sorties anti-UE ; il va même jusqu’à essayer de convaincre les Polonais que Bruxelles n’agit pas en leur faveur et qu’il faut sortir de l’Union.

En réveillant les ardeurs polonaises – des conservateurs et nationalistes surtout -, Donald Trump n’a donc rien moins fait que critiquer implicitement Bruxelles. Comme lorsqu’il a déclaré que « des deux côtés de l’Atlantique, nos citoyens sont confrontés à […] un danger invisible pour certains. Il s’agit du glissement des gouvernements dans la bureaucratie qui menace la vitalité et la richesse de nos citoyens. L’Occident est devenu grand non à cause de la paperasserie et des régulations, mais parce que les gens étaient autorisés à réaliser leurs rêves, et poursuivre leur destinée. » Celle de la Pologne version PiS, donc : quitter l’UE, « danger invisible » pour le président américain. Et dire que, jusqu’à présent, on pensait que c’était lui le danger.


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