Connexion

Syndicate content

Les dérives autoritaires de la Turquie ne passent toujours pas en Europe

mardi, 11 juillet, 2017 - 07:06

Voilà qui ne va pas arranger les relations entre Bruxelles et Ankara. Alors qu’il souhaitait participer à un rassemblement marquant le premier anniversaire du coup d’Etat manqué en Turquie, le ministère autrichien des Affaires étrangères a annoncé, hier, qu’il n’autorisait pas la visite de Nihat Zeybekci, le ministre turc de l’Economie. « Il a été interdit d’entrée car sa visite ne fait pas partie d’un échange bilatéral, mais il s’agit d’une apparition publique lors d’un événement marquant la tentative de coup d’Etat » a déclaré le porte-parole du ministère, Thomas Schnoell, à l’AFP.

« Danger pour l’ordre public »

Dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016, une tentative de putsch commanditée par le « Conseil de la paix dans le pays », une faction des Forces armées turques, avait en effet eu lieu à Istanbul et Ankara. Si elle s’était soldée par un échec, les vagues de répressions qui ont suivi ont fait près de 300 morts ; le président de la République, Recep Tayyip Erdogan, avait également ordonné de vastes purges dans les milieux de l’armée, de la gendarmerie et de la police, mais pas que. De nombreux fonctionnaires de l’enseignement, de la justice et de la santé, mais également plusieurs médias, ont fait les frais de cette « chasse aux sorcières », destinée pour beaucoup à assoir davantage le pouvoir du chef de l’Etat.

Pour le porte-parole du ministère autrichien des Affaires étrangères, Thomas Schnoell, la visite du ministre turc de l’Economie aurait représenté « un danger pour l’ordre public ». Il y a environ 360 000 personnes d’origine turque qui vivent en Autriche, dont 117 000, environ, sont de nationalité turque ; parmi elles, beaucoup soutiennent Recep Tayyip Erdogan et ont voté pour lui en avril dernier, lors du référendum qui a permis de renforcer ses pouvoirs. Plusieurs pays européens, comme l’Autriche et l’Allemagne, avaient d’ailleurs interdit les rassemblements pro-Erdogan avant la tenue du référendum, craignant les débordements.

Adhésion à l’UE

C’est loin d’être la première fois que des pays européens s’écharpent avec la Turquie au sujet des droits de l’Homme. En août dernier, Ankara et Vienne, déjà, avaient croisé le fer au sujet d’une éventuelle adhésion de la Turquie à l’Union européenne (UE), vieux serpent de mer qui resurgit fréquemment. En cause là aussi : la répression de l’opposition à la suite du putsch manqué, qui avait amené le chancelier social-démocrate autrichien, Christian Kern, à déclarer que les discussions sur l’adhésion turque relevaient de la pure « fiction diplomatique », « les normes démocratiques [étant] clairement insuffisantes pour justifier une accession ».

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, avait aussitôt tempéré les propos du chancelier autrichien et estimé qu’abandonner les négociations d’adhésion avec la Turquie serait « une grave erreur ». Même son de cloche du côté du Conseil de l’Europe – dont fait partie Ankara : son secrétaire général, le Norvégien Thorbjorn Jagland, avait même semblé soutenir la politique de Recep Tayyip Erdogan, en affirmant qu’il y avait eu « trop peu de compréhension de la part de l’Europe ».

Question kurde

Le manque de compréhension entre Européens et Turcs est, semble-t-il, un doux euphémisme. Depuis 1999 et l’officialisation de la candidature de la Turquie pour adhérer à l’UE, mais surtout depuis 2005 et le début des négociations entre les deux parties, les discussions entre Bruxelles et Ankara, au mieux, avancent à tâtons, au pire, reculent. Si, dans les années 2000, la perspective d’une intégration a poussé la Turquie à faire de vrais progrès en matière de libertés fondamentales et droits de l’Homme, les dérives autoritaires de Recep Tayyip Erdogan inquiètent.

Outre les purges orchestrées l’an dernier, c’est notamment la question kurde qui bloque. Ankara est en conflit ouvert avec la minorité kurde du pays, perçue comme une menace pour l’intégrité de la Turquie ; malgré un cessez-le-feu signé en 2013, le pouvoir commet toujours nombre d’exactions contre cette population et refuse de lui donner son autonomie, comme l’a rappelé M. Erdogan en marge du G20 à Hambourg.

C’est également la violente répression, en 2013, d’un mouvement de protestation contre le régime en place qui a fait tiquer la Commission. Celle-ci avait alors condamné « l’usage excessif et disproportionné de la force » par le pouvoir en place, qui avait profité de cette vague de contestation populaire pour adopter une réforme judiciaire controversée. Et alors que la crise des migrants, début 2016, pouvait faire entrevoir une reprise sereine du dialogue entre Ankara et Bruxelles – toutes deux ayant choisi de coopérer sur le sujet -, le glissement autocratique du régime turque, opéré en avril dernier, a mis fin à cet espoir.


Réactions
Pays