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Entre la France et l’Espagne, le vin de la discorde

mercredi, 26 juillet, 2017 - 07:45

Mardi 25 juillet se réunissaient à Paris les ministres français et espagnol de l'Agriculture pour évoquer, et tenter de calmer, la guerre du vin que se livrent les viticulteurs de part et d'autre des Pyrénées depuis quelques années.

En 2015, la France perdait sa première place au classement mondial des pays producteurs de vin au profit de l’Italie, qui l’a conservée l’an dernier. C’est pourtant avec l’Espagne, troisième de ce classement, que l’Hexagone est engagé dans un bras de fer depuis quelque temps. En 2016, le vin espagnol à bas prix, car négocié parfois près du seuil des 35 centimes le litre, a littéralement inondé le marché français.

« Nous avons importé 7,6 millions d’hectolitres dont 5,4 millions en provenance d’Espagne » l’an dernier, selon Jérôme Despey, président de la filière vin au sein de l’organisme public FranceAgrimer. Une concurrence viciée qui avait fait réagir les producteurs du sud de la France notamment.

« Pendant près d’un an, relate le journal « le Monde », des actions pour dénoncer cette concurrence low cost se sont multipliées dans l’Aude, le Gard, l’Hérault et les Pyrénées-Atlantiques. » Et ce jusqu’à la création de véritables commandos qui « se sont attaqués à des négociants déversant des flots de vins. » « Des viticulteurs membres de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et des Jeunes agriculteurs (JA) ont également visité des supermarchés pour dénoncer l’étiquetage des vins en provenance d’Espagne. »

Le pays ibérique « s’est retrouvé avec un surplus qu’il a voulu écouler » d’après Samuel Masse, président des JA. « Mais nous retrouvions dans les rayons des supermarchés des vins espagnols embouteillés en France et venus sous des marques françaises comme Cambras ou Vieux papes sans que l’origine du vin soit clairement identifiée. » Ce dernier d’évoquer même « de la fraude à l’affichage avec des étiquettes indiquant vin de Pays d’Oc ». Des excès, de part et d’autre, qui ont poussé les deux gouvernements à agir.

Europe du vin

Les ministre de l’Agriculture français et espagnol se sont donc rencontrés hier, à Paris, afin d’apaiser les tensions de part et d’autre de la frontière. Un premier comité mixte France-Espagne, dont la création avait été décidée il y a quelques mois, présidé par Stephane Travert pour la France et Isabel Garcia Tejerina pour l’Espagne, s’est donc tenu pour discuter des principales problématiques. Tandis qu’un premier groupe thématique devrait plancher sur la compétitivité et les aspects économiques de la filière, un deuxième groupe de travail se penchera sur les aspects réglementaires afin d’établir des positions franco-espagnoles fortes sur les questions de politiques européennes et internationales. Prochaine réunion du Comité : avant juin 2018, à Madrid, ont annoncé les deux parties.

Hormis les deux ministres de l’Agriculture, l’instance était composée de professionnels de la filière viticole français et espagnols, des hauts fonctionnaires de l’Agriculture, de la Concurrence et de Fiscalité, ainsi que des représentants des deux ambassades. Le président du groupe vin de la Copa-Cogeca, principal syndicat agricole européen, participait également à la réunion. Loin d’être anecdotique, la présence d’un « représentant » de l’Union européenne (UE) avait son importance, alors que Bruxelles souhaite mettre en place une véritable « Europe du vin » en marge de la renégociation de la politique agricole commune (PAC) d’ici 2020.

Les représentants de la viticulture française rencontraient pour la première fois à Bordeaux, début juillet, le commissaire européen à l’Agriculture, l’Irlandais Phil Hogan. Objectif : « rappeler à M. Hogan que la viticulture française souhaite garder les outils de compétitivité uniques dont elle dispose grâce à l’Europe et à sa politique agricole commune » déclarait à l’AFP Bernard Farges, président de la CNAOC, confédération syndicale qui regroupe 70 % du vignoble français.

Le vin reste le dernier secteur agricole en Europe à être régulé par des quotas de production, que la Commission précédente n’a pas réussi à supprimer lors de la renégociation de la PAC en 2012. Un système qui empêche la surproduction, elle-même entrainant en général la chute des cours et l’arrachage massif de vignobles. D’où l’importance pour la France et l’Espagne de mettre de l’eau dans leur vin pour continuer d’occuper les premières places des pays producteurs.


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