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Migrants : en Méditerranée, les ONG font face à une situation ubuesque

mercredi, 9 août, 2017 - 06:36

Alors que des militants identitaires sillonnent la Méditerranée pour tenter d'empêcher les migrants d'atteindre les côtes européennes, l'Italie a adopté début août un "code de bonne conduite" pour encadrer le travail des ONG. Une situation ubuesque pour François Gemenne, chercheur en sciences politiques interrogé hier sur France Inter.

Depuis quelques temps, les migrants qui sillonnent la mer Méditerranée doivent affronter, outre la mer et ses caprices, un autre ennemi bien plus pernicieux, car humain et, donc, a priori raisonné. Des militants d’extrême droite, à bord d’un bateau baptisé le C-Star, se sont mis en tête de les empêcher d’accoster en Europe et de refouler les réfugiés vers l’Afrique. Ils sont en ce moment au large de la Tunisie.

Interrogé hier sur France Inter, le chercheur en sciences politiques à l’université de Liège en Belgique, François Gemenne, s’est dit choqué, non seulement, de la manoeuvre des militants radicaux, mais également de l’impunité dont ils semblent bénéficier. « Cela parait délirant : on pensait avoir tout vu dans cette crise, mais il semble qu’on puisse aller encore un peu plus loin dans l’horreur. Ces gens semblent pouvoir agir en toute impunité » regrette-t-il. « On a d’un côté les gouvernements européens qui réclament un code de bonne conduite aux ONG, qui sont là pour sauver les migrants de la noyade, et d’un autre côté, ces identitaires qui condamnent à une mort des migrants en empêchant leur sauvetage. »

Mardi 1er août dernier, le ministre de l’Intérieur italien a en effet lancé un « code de bonne conduite » qui, selon lui, ne vise pas à remettre en cause le principe même du secours en mer, mais plutôt à ordonner les opérations qui échappent à son contrôle. Bronca des ONG, qui ont accusé les autorités italiennes de vouloir les empêcher de faire leur travail ; seules trois organisations, sur les neuf qui sillonnent le Canal de Sicile, bras de mer entre la Sicile et la Tunisie, ont donné leur accord à la mise en place d’un tel code.

« Les identitaires n’ont aucun mandat »

Si le texte se contente de remettre au goût du jour certaines obligations déjà existantes – dont celle d’être localisable, l’interdiction d’entrer dans les eaux libyennes et le respect des consignes du Centre de coordination des secours en mer de Rome -, d’autres, plus problématiques, font tiquer les ONG. Comme, par exemple, l’interdiction des opérations de transbordement hors impératif humanitaire et, surtout, la présence de membres armés des forces de l’ordre italiennes à bord des bateaux.

Résultat : une ONG allemande, Jugend Rettet, s’est vu privée de son navire de secours en Méditerranée par les autorités italiennes, le 2 août dernier. La raison : l’organisation était accusée de « favoriser l’immigration clandestine » plutôt que de sauver les migrants. D’après les magistrats italiens, qui se basent sur des écoutes téléphoniques et des observations d’agents, les membres de l’ONG avaient des liens directs avec les trafiquants d’êtres humains qui sévissent sur les côtes libyennes. Coïncidence ou non, Jugend Rettet avait indiqué peu avant qu’elle refusait de signer le code de bonne conduite édicté par Rome.

En attendant, « les identitaires qui agissent aujourd’hui en Méditerranée n’ont absolument aucun mandat » précise François Gemenne. « C’est une sorte de milice privée, qui est dans l’illégalité la plus totale si elle tente de s’interposer aux autres bateaux. » Que faire, dès lors, pour la stopper ? Pour l’universitaire, « les gouvernements par exemple pourraient demander aux patrouilles de Frontex ou de l’OTAN d’arraisonner le bateau. Leurs patrouilles sont censées surveiller les frontières extérieures de la Méditerranée, je m’étonne de voir leur inaction face à ces agissements. »

 


Réactions
  • vick

    Quel mandat possèdent ces ONG ? Celui de favoriser l’invasion de clandestins ? Celui de jouer un rôle de passeur ?

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