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Le fonds souverain norvégien toujours dopé à l’or noir

mardi, 22 août, 2017 - 10:12

Bien que le fonds souverain norvégien, chargé de faire fructifier les revenus pétroliers du pays, ait gagné 202 milliards de couronnes au deuxième trimestre 2017, a annoncé ce mardi la Banque de Norvège, les défis ne manquent pas, entre la chute des prix des hydrocarbures et la lutte contre le réchauffement climatique.

La banqueroute n’est pas pour tout de suite. Le fonds souverain norvégien, le plus gros du monde, a gagné 202 milliards de couronnes (21,7 milliards d’euros) au deuxième trimestre 2017, tiré par ses placements en actions, a annoncé ce mardi la Banque de Norvège, chargée de sa gestion. Destiné à faire fructifier les revenus pétroliers du pays pour pérenniser le financement de l’État-providence, le fonds a vu sa valeur atteindre 8 020 milliards de couronnes fin juin (861,6 milliards d’euros au cours actuel).

Le rendement sur le trimestre a atteint 2,6 % ; les actions, qui représentent 65,1 % du portefeuille avec des parts dans quelque 9 000 entreprises, ont gagné 3,4 %, notamment grâce au dynamisme des Bourses européennes.
Les placements en obligations (32,4 % des actifs) et dans l’immobilier (2,5 %) ont affiché des rendements respectifs de 1,1 % et 2,1 %. Pour l’ensemble du premier semestre, le rendement global s’élève à 6,5 %, soit un gain de 499 milliards de couronnes, le résultat le plus élevé de l’histoire du fonds abondé depuis 1996.

« Nous ne pouvons pas tabler sur des rendements aussi élevés à l’avenir », a cependant souligné le numéro deux du fonds, Trond Grande, dans un communiqué. Au deuxième trimestre, le gouvernement a de nouveau ponctionné l’énorme cagnotte, à hauteur de 16,3 milliards de couronnes, pour alimenter son budget. À cause de la chute du prix des hydrocarbures, Oslo puise désormais plus dans le fonds qu’il ne parvient à y placer. Une pratique toutefois très encadrée : pour éviter que le bas de laine ne finisse par rétrécir, l’équipe de droite au pouvoir a décidé d’abaisser à 3 %, contre 4 % auparavant, le plafond des ponctions autorisées.

Désengagement du charbon

Ce n’est pas la première fois, cette année, que des critiques naissent sur la gestion du fonds souverain. Fin avril dernier, déjà, l’assureur norvégien Storebrand avait appelé le pays scandinave, en marge du lancement de fonds de pension sans énergies fossiles, à réduire l’exposition du fonds aux énergies polluantes, et notamment le pétrole. « Nous exhortons le gouvernement norvégien à être lui aussi à l’avant-garde en ouvrant la voie à davantage d’investissements durables », avait ainsi déclaré le directeur général de l’assureur, Odd Arild Grefstad, dans un communiqué. « Cela signifie moins d’investissements dans le secteur des énergies fossiles et davantage dans les renouvelables ».

 

Le fonds souverain norvégien s’est déjà désengagé du charbon, qui reste l’énergie fossile la plus polluante. En mai dernier, il excluait l’industriel indien Bharat Heavy Electricals – accusé de construire au Bangladesh une centrale électrique à charbon – de son portefeuille d’investissement en raison des risques environnementaux, tandis qu’il plaçait le Chinois PetroChina et l’Italien Leonardo sous observation pour risques de corruption. En d’autres termes : leurs activités sont suivies à la loupe et ces entreprises risquent l’exclusion en cas d’infraction aux critères d’éthique régissant le fonds. Qui ne peut investir dans des groupes coupables de violation des droits humains, par exemple, ou qui tirent leurs revenus de l’exploitation du charbon.

Il en va donc autrement pour les valeurs pétrolières. Fin 2016, deux des dix plus grosses participations financières du fonds étaient dans des compagnies pétrolières, à savoir l’Anglo-Néerlandaise Shell et l’Américaine Exxon. La Norvège est d’ailleurs régulièrement ciblée par les associations de défense de l’environnement, en raison de ses investissements dans une industrie qui entraine des émissions de gaz à effet de serre et l’augmentation des températures globales. En octobre dernier, Greenpeace estimait ainsi que le pays avait enfreint l’Accord de Paris (COP21) après avoir octroyé à plusieurs compagnies pétrolières le droit de prospecter et forer dans la mer de Barents.


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