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Qu’est-ce que le groupe de Visegrad qu’Emmanuel Macron veut faire éclater ?

vendredi, 25 août, 2017 - 15:02

Après sa tournée en Europe de l'Est, le chef de l'Etat français a ouvertement fustigé la politique polonaise relative aux travailleurs détachés en Europe, alors que la République tchèque et la Slovaquie, également membres, avec la Hongrie, du groupe de Visegrad, sont prêtes à discuter d'une modification de la directive.

Emmanuel Macron peut être satisfait. Lors de sa tournée en Europe de l’Est, il a réussi à faire admettre à la République tchèque, la Slovaquie et la Roumanie qu’un durcissement de la directive sur les travailleurs détachés était envisageable.

« Europe qui protège »

Aujourd’hui, en application de ce texte de 1996, des entreprises peuvent faire travailler des salariés venant d’un autre Etat membre et soumis aux cotisations sociales de leur pays d’origine. Une pratique qui est à l’origine de l’euroscepticisme grimpant, selon M. Macron, puisqu’elle entraine nécessairement du dumping social – lui-même entrainant une concurrence faussée.

Depuis qu’il est élu, le chef de l’Etat français fait donc de la révision du texte, véritable noeud dans les relations Est/Ouest au sein de l’Union européenne (UE), l’un des piliers de l' »Europe qui protège » qu’il appelle de ses voeux. Et, longtemps très réfractaires à faire évoluer ce système, certains pays de l’Est semblent aujourd’hui prêts à discuter.

Les Premiers ministres tchèque, Bohuslav Sobotka, et slovaque, Robert Fico, ont récemment donné leur accord de principe pour réviser la directive et se sont engagés à « débattre pour trouver un accord d’ici octobre ». Un gage de « bonne volonté » qui n’a pas échappé à Emmanuel Macron, qui espère ainsi faire éclater le « groupe de Visegrad ».

Conception politique de l’Europe de l’Est

Egalement appelé « Visegrad 4 », « V 4 » ou « triangle de Visegrad », ce groupe informel réunit quatre pays d’Europe centrale : la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie, tous membres de l’UE. Si ses origines remontent au Moyen-Âge, lorsque les rois de Bohême, de Pologne et de Hongrie se sont rencontrés à Visegrad (Hongrie) pour s’allier contre les Habsbourg, le V 4 moderne a démarré en 1991.

Le 15 février de cette année, la Tchécoslovaquie, la Hongrie et la Pologne se réunissent, toujours à Visegrad, afin de mettre en place des coopérations en vue d’accélérer le processus d’intégration européenne. Plus de 25 ans plus tard, les trois membres sont devenus quatre – avec la partition de la Tchécoslovaquie en 1993 – et représentent 13 % de la population de l’UE (63,8 millions d’habitants en 2016) pour un PIB total d’environ 800 milliards d’euros.

Plus qu’un simple rôle symbolique, le groupe de Visegrad a une conception très politique de l’Europe centrale qu’il souhaite faire entendre. Après l’implosion soviétique, les quatre pays, qui n’avaient presque aucune influence dans la sphère européenne, se sont par exemple appuyés sur le V 4 pour montrer leur capacité à coopérer en tant qu’anciens satellites de Moscou – idem pour l’OTAN.

Provocation 

Problème : si le groupe n’a pas pour ambition, officiellement, de concurrencer l’UE, la Pologne et la Hongrie n’hésitent plus à afficher, chacune de leur côté, leur euroscepticisme. Le gouvernement polonais, conservateur, a dernièrement lancé une réforme très controversée de la justice, braquant Bruxelles, qui a menacé Varsovie de recourir à l’article 7 du traité sur l’UE (TUE), qui aurait pour effet de mettre le pays au ban des relations européennes – une première dans l’histoire.

Dans l’affrontement, la Pologne avait reçu l’appui de son voisin hongrois, le Premier ministre conservateur Viktor Orban ayant déclaré qu’il ferait tout ce qu’il pourrait pour lui venir en aide. Un peu plus tôt dans l’année, le chef du gouvernement avait également provoquer l’ire de la Commission européenne, en faisant adopter une loi autorisant la détention systématique de tous les demandeurs d’asile.

A la fin de son périple en Europe de l’Est, Emmanuel Macron a – sciemment ? – provoqué la Pologne, premier pays pourvoyeur de travailleurs détachés, en l’accusant de vouloir maintenir en l’état la politique européenne sur le travail détaché. Ce qu’a moyennement apprécié la Première ministre polonaise, Beata Szydlo, qui a en retour pointé du doigt l’arrogance et l’inexpérience du président français.

Reste à savoir comment réagiront Varsovie et Budapest, de plus en plus esseulées en Europe et même, maintenant que les Tchèques et les Slovaques sont prêts à étudier la révision de la directive, en Europe de l’Est. Rendez-vous est pris en octobre pour une réunion des ministres européens du travail.


Réactions
  • Helvetor

    Que Macron agisse loyalement par la voie de l’economie c’est à dire la concurrence. Pour ça il lui faudra réduire chez lui en France les charges sociales exorbitantes ! Ce n’est pas aux autres pays de les élever pour alourdir les règles du travail, non ?

    Autre sujet qui doit fâcher Macron car apparaissant comme la preuve de sa fausse thèse sur le monde du travail : le taux de chômage deux moins élevé en Pologne, ou plutôt deux fois plus en France !

    • Alain Elineau

      Je vous conseille donc d’aller vivre en Pologne où la vie est si belle, mais éviter d’y tomber malade.

      • Helvetor

        Des français viennent y travailler, précisément. Quand à moi je ne travaillerai jamais en France …

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