Connexion

Syndicate content

« Laundromat », l’incroyable enquête du « Monde » sur les pratiques de l’Azerbaïdjan en Europe

mercredi, 6 septembre, 2017 - 07:33

En partenariat avec dix autres rédactions européennes, "Le Monde" a enquêté sur la manière dont le régime azerbaïdjanais achetait son influence en Europe. Entre 2012 et 2014, 16 000 transactions ont été effectuées par quatre sociétés offshore proches du pouvoir de Bakou.

L’Europe est-elle la blanchisserie de l’Azerbaïdjan ? A en croire l’enquête intitulée « Laundromat » (« Lessiveuse ») menée conjointement par « Le Monde » et le « Guardian », notamment, oui. Le pays fait partie de ces anciens satellites de Moscou, à l’époque de l’URSS, qui sont sortis du giron soviétique en 1991, sans pour autant couper leurs liens avec la Russie. Ni devenir de véritables démocraties d’ailleurs : depuis plus de 25 ans, la dynastie des Aliyev règne à Bakou (capitale azerbaïdjanaise) sans partage – le père, Heydar, de 1991 à 2003, puis le fils, Ilham, depuis.

C’est que le pays sud-caucasien, bordé au sud par l’Iran, à l’ouest par l’Arménie, au nord par la Géorgie et la Russie et à l’est par la mer Caspienne, est extrêmement riche en hydrocarbures. Et il est facile, une fois que l’on a la mainmise sur cette manne (financière) importante, d’arroser à tout va. C’est ainsi qu’une certaine élite très connectée au pouvoir se partage ce véritable butin en détenant certains pans de l’économie azerbaïdjanaise – qui a littéralement explosé dans les années 2000.

« Plus laxiste que la FIFA »

En quoi consiste la « politique du caviar », selon le terme du « Monde » ? Les enquêteurs expliquent qu’un journal danois, le « Berlingske », a pu avoir accès à des relevés bancaires de quatre sociétés domiciliées au Royaume-Uni et secrètement liées au régime Aliyev. D’après cette publication, les plus de 16 000 transactions épluchées (pour un montant de 2,5 milliards d’euros) font partie d’un système complexe et opaque servant à blanchir des fonds dont l’origine est floue (mais qui seraient détournés du budget de l’Etat).

Autre intérêt de ces virements : financer le train de vie des membres du régime azerbaïdjanais et, surtout, se faire des amis à l’étranger. Car l’Azerbaïdjan est mal perçu dans la plupart des pays occidentaux – un pays qui emprisonne les journalistes, voire les assassine, et bafoue certains droits fondamentaux élémentaires, dont ceux de la femme. C’est pourquoi, à coup de milliards, il tente depuis quelques années de s’acheter une conscience ; l’organisation du Grand Prix de Formule 1, à Bakou, n’a d’autre vocation que celle de vendre une image d’ouverture à l’étranger.

La méthode révélée par l’enquête « Laundromat » est simple : des transactions sont effectuées depuis certaines banques européenne à destination, au choix, de sociétés de luxe, de politiques proches du pouvoir ou de responsables d’institutions. D’après Gerald Knaus, directeur de l’European Stability Initiative, un think tank berlinois, le Conseil de l’Europe, par exemple, est totalement gangréné par l’argent azerbaïdjanais.

Parmi les bénéficiaires des 2,5 milliards d’euros distribués, se trouvent notamment l’Allemand Eduard Lintner et l’Italien Luca Volontè, deux anciens membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE). « Le code de conduite de l’APCE est encore plus laxiste que celui de la FIFA […] Les Azerbaïdjanais commencent en général par de simples cadeaux […] puis passent à la vitesse supérieure, avec des bijoux en or, du matériel high-tech ou des prostituées envoyées dans les chambres d’hôtel lors des visites. »


Réactions
Pays