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La FNCCR invite Stéphane Lhomme à retrouver la raison à propos de Linky

jeudi, 14 septembre, 2017 - 07:13

Dans un communiqué publié le 30 août dernier, la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) a souhaité revenir sur le débat qui intéresse la distribution d’électricité en France, victime ces derniers temps de « surenchères verbales » de la part, notamment, de Stéphane Lhomme. Activiste de la cause anti-nucléaire, le conseiller municipal de Saint-Macaire, par ses prises de position vindicatives, empêche la pose du compteur Linky de se dérouler convenablement et, par-là, freine la transition énergétique.

Un débat où la passion prime sur la raison débouche rarement sur une issue satisfaisante. Pour les participants, dans un premier temps, mais surtout pour la cause débattue, dans un second temps. En France, la transition énergétique en est le parfait exemple. Pour mémoire, l’Hexagone doit réduire sa consommation d’énergies fossiles de 30 % et porter sa part d’énergies renouvelables à 32 % d’ici 2030, diviser par deux sa consommation finale d’énergie d’ici 2050 et ramener la part du nucléaire à 50 % de la production d’électricité en 2025. Des actions qui devront lui permettre de réduire drastiquement ses émissions de gaz à effet de serre et, ainsi, contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique de la planète.

S’il est objectivement admis que la loi adoptée à l’été 2015 servira au mieux les intérêts énergétiques et environnementaux de la France, certaines voix s’élèvent aujourd’hui pour exprimer leur mécontentement. C’est le cas de Stéphane Lhomme, conseiller municipal de Saint-Macaire (Gironde), connu pour son statut d’ayatollah de l’activisme écologique. Il n’est pas exagéré, lorsque l’on s’intéresse au personnage, d’affirmer qu’il a fait de la cause environnementale un combat idéologique, voire une véritable religion.

Innocuité de Linky

Sa dernière lubie est de s’insurger contre la pose de Linky, le nouveau compteur électrique d’Enedis (ex-ERDF). Le boitier est dit « communicant », c’est-à-dire qu’il peut envoyer via le réseau filaire à un concentrateur les informations relatives à la consommation électrique des ménages. Qui pourront, dès lors, être facturés non plus sur une estimation de ces chiffres mais sur une base réelle. Il s’agit de la pierre angulaire de la technologie « smart grids » (ou « réseaux électriques intelligents »), ces réseaux dont le but est de rationaliser les dépenses énergétiques et économiques, grâce à un pilotage informatique adapté. La France, qui accuse un peu de retard par rapport à certains pays – européens notamment –, a fait de Linky l’un des éléments fondamentaux de sa transition énergétique.

Sauf que, problème, pour M. Lhomme, en communicant, le boitier émet un rayonnement électromagnétique potentiellement nocif pour les personnes dites « électrosensibles » et, dans le même temps, a accès à plusieurs informations des foyers, comme l’heure à laquelle fonctionne tel appareil électrique. Suffisant pour se lancer dans une croisade contre le compteur vert acidulé, ceci en dépit de tout bon sens, puisque des études sont régulièrement publiées pour renseigner sur l’innocuité de l’appareil et la protection des données privées. L’Agence nationale des fréquences (ANFR), notamment, estime que les ondes émises par Linky ne sont pas plus dangereuses que celles des appareils électriques quotidiens ; la CNIL, de son côté, alerte sur le fait que les abonnés peuvent à tout moment s’opposer à la remontée de leurs données vers les systèmes d’information d’Enedis.

Ego trip décomplexé

Las, Stéphane Lhomme persévère dans sa fronde anti-Linky et entraine à sa suite le plus grand nombre de fidèles possible. Quitte à dépasser les bornes. Car l’homme n’est pas de ceux qui laissent voix au chapitre aux personnes qui ne pensent pas comme lui. Pour avoir récemment accusé des membres de l’UFC Que Choisir de « corruption », de « désinformation » et de « traitrise », il a ainsi écopé d’une mise en examen pour diffamation. Le tort des personnes visées ? Avoir estimé que Linky n’était peut-être pas aussi nocif que voulait bien le dire le conseiller municipal de Saint-Macaire. Qui a aussitôt crié au parjure, alors qu’il est difficile de prêter à l’UFC Que Choisir une complaisance à l’égard de l’Etat et, donc, du nouveau boitier.

Mais tel est Stéphane Lhomme, dont l’activisme passionné – ou l’ego trip décomplexé ? – l’avait déjà amené à se brouiller avec ses anciens collègues du réseau « Sortir du nucléaire » dont il était pourtant administrateur et salarié de longue date. Avant de s’en faire éjecter pour « comportement trop radical ». « Humainement […], il s’est conduit de manière inacceptable » avait déclaré l’un des membres du conseil d’administration.

On comprend dès lors mieux ce qui est écrit dans le communiqué de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR). « Rappelons qu’en particulier un dénommé Stéphane Lhomme inonde assez régulièrement les maires de messages [pour les inciter à refuser la pose de Linky], dans lesquels il agresse verbalement les divers acteurs de la distribution d’électricité, en particulier […] Enedis, les syndicats d’énergie et la FNCCR. » Sur son terrain de jeu favori – Twitter –, il lui est par exemple déjà arrivé de comparer les milices françaises sous l’Occupation aux agents d’Enedis venus poser des compteurs, accusant même ces derniers de « mentir, menacer, insulter et frapper les gens jusque dans leurs logements ». Si Stéphane Lhomme a parfaitement le droit de s’opposer à la technologie Linky et de le faire savoir, il serait bien inspiré de privilégier l’argumentaire raisonné à l’invective, pour sa propre crédibilité, d’abord, pour ne pas parasiter par un bruit de fond continu le débat sur la transition énergétique, enfin et surtout.

Tribune proposée par M. Morand, ingénieure d’Affaires pour les marchés de l’Energie. 


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