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Le prétendu « miracle » allemand touche peu les citoyens

mercredi, 20 septembre, 2017 - 08:01

L’économie ne sera pas un déterminant important du vote des Allemands dimanche prochain. Il faut dire que si les résultats en termes macro-économiques du pays sont impressionnants, leur impact sur la vie quotidienne des Allemands est plutôt décevant.

Dans trois jours, plus de 61 millions d’électeurs allemands sont appelés à désigner leurs députés au Bundestag, la chambre basse du Parlement.

Le succès probable de la coalition CDU-CSU menée par la Chancelière sortante Angela Merkel tient avant tout au fait que nos voisins germaniques se reconnaissent dans « Mutti » (« maman ») et qu’il lui font confiance pour conduire le pays dans un contexte européen et international très difficile.

Curieusement, la réussite économique du pays que beaucoup envient en France – le fameux « miracle allemand » – jouera à la marge dans le choix des électeurs. Il faut dire que ce miracle est à relativiser, notamment pour les citoyens allemands qui n’en recueillent que peu de fruits.

Un chômage au plus bas

On peut être effectivement impressionné par les résultats du pays en matière d’emploi. Avec 3,7% fin juillet, le taux de chômage allemand est le plus faible d’Europe après celui de la république tchèque.

Trois bonnes raisons à cette performance : l’une, structurelle, est l’excellente insertion de l’Allemagne dans l’économie mondialisée qui lui permet de bénéficier d’une énorme demande extérieure.

Ensuite, la population active a longtemps été déclinante, ce qui réduit la demande de travail. Cela dit, avec l’accélération massive de l’immigration, cette donnée est en train de changer. Enfin, résultat des politiques menées au début des années 2000, le travail partiel ou précaire s’est développé. Ainsi, 8% des actifs de 15-24 ans travaillent moins de 20 heures hebdomadaires outre-Rhin contre 2,5% en France.

Des excédents impressionnants…

Au premier semestre 2017, l’Allemagne a exporté à l’étranger 124 milliards d’euros de plus qu’elle n’a importé. C’est de loin le premier excédent commercial de l’UE, les Pays-Bas se plaçant seconds avec seulement 35 milliards !

Reconnaissons que c’est le signe de l’extrême compétitivité de l’industrie allemande. En outre, l’Allemagne importe beaucoup de bien de ses voisins européens – plus que l’Italie et la France réunies. Elle contribue donc à alimenter la croissance de l’Union.

Quant à l’excédent de ses comptes publics – à 1,5% du PIB, c’est, avec les Pays-Bas, le deuxième excédent européen – l’Allemagne pourrait et devrait en faire bon usage en accroissant ses investissements publics, notamment dans des infrastructures vieillissantes. Ce n’est semble-t-il pas le projet d’Angela Merkel qui veut privilégier les baisses d’impôts, risquant ainsi de gonfler l’épargne des allemands plutôt que leur consommation.

… qu’il faudrait mieux gérer

Mais quel est le prix à payer pour ces excédents et quels en sont les résultats ? Reconnaissons qu’en matière de commerce extérieur, l’Europe est moins déséquilibrée qu’il y a quelques années, lorsque l’Allemagne était pratiquement le seul pays accumuler les excédents alors que tous les autres creusaient leur déficit.

Désormais, une majorité des pays de l’Union est en excédent mais l’Allemagne représente encore les deux tiers de l’excédent européen. Ce qui pose problème dans un marché et surtout une zone monétaire unique…

Quant aux résultats en terme de croissance, il sont plutôt mitigés. A 2,1% de hausse annuelle du PIB au deuxième trimestre de 2017, l’Allemagne fait certes mieux que la France (1,8%) mais elle n’occupe pourtant que le 20ème rang européen !

Des entreprises florissantes mais les citoyens en profitent peu

Les entreprises allemandes sont florissantes et embauchent. Mais les Allemands ne sont guère bien lotis en termes de revenus. Comme on le sait largement, la pauvreté progresse outre-Rhin. De 2010 à 2015, l’office Eurostat a chiffré les variations par pays du nombre de personnes menacées par la pauvreté.

Elles sont 800.000 de plus aussi bien en Espagne qu’au Royaume-Uni et 2,5 millions en Italie. A l’inverse, le risque de pauvreté touche 700.000 personnes de moins en France. Alors, on peut s’étonner que dans un pays réputé aussi prospère que l’Allemagne, les personnes à risque soient 50.000 de plus ?

Quant au risque de pauvreté au travail, il a diminué en France où 7,5% des travailleurs étaient concernés en 2015 et il a augmenté en Allemagne à 9,7% contre 7,2% cinq ans plus tôt.

En outre, les inégalités se creusent et les revenus des plus favorisés sont désormais 4,8 fois plus élevés en Allemagne que ceux des moins favorisés. C’est plus qu’en France, où la proportion n’est que de 4,3 et c’est presqu’autant qu’au Royaume-Uni (5,2).

Un revenu médian moins élevé qu’en France

Plus surprenant encore, le revenu disponible net médian (c’est à dire après impôt et charges) n’a progressé de 2000 à 2015 que de 35% en Allemagne, contre 52% en France et 60% en Italie.

Il y a quinze ans, le revenu médian allemand était supérieur de 9% au revenu français. En 2015, il lui est inférieur de 3,5%. Quant au salaire horaire net, il a progressé depuis dix ans de 30% en Suède, de 13% en France mais seulement de 5% en Allemagne. L’Allemagne était en 2006 à la quatrième place européenne en termes de salaires nets. Elle n’est désormais que huitième…

Le mythe du « modèle »

Dans ce contexte, la notion de « modèle allemand » relève davantage d’un slogan électoral à l’usage des Français. Aucun pays n’importe le modèle d’un autre car on ne remet pas en cause ses traditions et son histoire : Etat protecteur en France, libéralisme en Angleterre, consensus en Scandinavie…

La puissance de l’Allemagne, c’est son industrie haut de gamme performante et mondialisée ainsi que sa culture de la négociation. Cela ne s’importe pas…

Reste que les fruits décevants de la réussite économique du pays permettent de comprendre pourquoi ce thème ne constitue pas le cheval de bataille électoral de la Chancelière Merkel.


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