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En Catalogne, un référendum à contre-temps

vendredi, 29 septembre, 2017 - 06:26

Que le référendum pour l'indépendance ait lieu ou non, dimanche, en Catalogne, la seule idée de l'auto-détermination peut faire frémir les partisans d'une coopération plus poussée entre Etats membres de l'Union européenne.

Le référendum tant redouté par Madrid devrait bien avoir lieu ce dimanche 1er octobre. Tout le monde, en Catalogne, ne pourra pas aller voter. Peut-être les habitants de cette région autonome d’Espagne – la plus grande – seront-ils même une minorité à se déplacer dans les isoloirs. Se pose également la question du dépouillement. Si les partisans du Si – pour l’indépendance de la Catalogne – se masseront dans les bureaux de vote pour compter les bulletins, pas sûr que les autres fassent le déplacement. La consultation populaire pourrait donc éventuellement être entachée d’irrégularité – au moins d’illégitimité.

Mais au-delà de ces questions, il en est une qui mérite de les sous-tendre toutes : organiser aujourd’hui un référendum d’auto-détermination en Europe n’est-il pas extrêmement préoccupant ? Le continent, entre les vagues de migrants que Bruxelles ne parvient pas à gérer, la montée irrésistible de l’extrémisme politique et un manque de confiance patent en ses institutions – égratignées par le Brexit -, n’avait sans doute pas besoin de cela. Une victoire du oui ne serait-elle pas perçue, quelque part, comme le retour des frontières au sein même de l’Union européenne (UE) ?

Certains diront que la Catalogne a un particularisme qu’elle veut faire reconnaitre. Ce référendum d’autodétermination est effectivement le résultat d’une occasion manquée il y a plus de dix ans. En 2006, les parlements catalan et espagnol avaient réussi à s’accorder sur un nouveau statut d’autonomie de la région pour remplacer celui de 1979. Sauf qu’en 2010, le Tribunal constitutionnel a invalidé 14 des 223 articles du nouveau statut, au nom de l' »indissoluble unité » de l’Espagne, qui forcera les juges à refuser que l’expression « nation catalane » soit inscrite dans les textes. De cette décision naitra une forte volonté chez les Catalans d’obtenir un « droit à décider ».

Aujourd’hui, ils apparaissent très partagés sur cette indépendance. 49,4 % d’entre eux étaient contre la sécession et 41,1 % pour, d’après un sondage commandé par le gouvernement régional en juillet dernier. Idem pour les résultats des dernières élections législatives en septembre 2015 : deux formations plutôt favorables à l’indépendance ont obtenu la majorité des sièges – mais n’ont recueilli que 47,8 % des suffrages. D’ailleurs, l’échec du référendum est tout à fait envisagée ; si le oui ne l’emporte pas – il ne sera pas possible de voter non, uniquement de s’abstenir -, l’exécutif catalan pourrait dissoudre le parlement catalan et provoquer des élections.

Mais encore une fois, là n’est pas la question. Si toutes les régions européennes devaient faire sécession sous prétexte qu’elles revendiquent un particularisme, à quoi servirait de se battre pour une plus grande coopération supranationale ? Le discours d’Emmanuel Macron, mardi dernier à la Sorbonne, est le parfait contrepoint à ce qui se passe aujourd’hui en Espagne. D’un côté, certains se battent pour davantage d’intégration européenne ; de l’autre, des entités réclament un droit au repli sur soi – la Catalogne n’est pas si différente, à ce titre, de la Hongrie ou de la Pologne.

L’indépendance catalane serait, après le Brexit, une victoire pour cette seconde catégorie. Reste à la première d’avancer ses pions si elle souhaite prolonger l’aventure européenne.


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