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La France vice-championne d’Europe du tabagisme

mercredi, 4 octobre, 2017 - 13:04

L’annonce d’une forte hausse des prix du tabac d’ici à trois ans a jeté une fois de plus dans la rue les buralistes français. Pourtant, selon l’eurobaromètre, les Français sont devenus les plus gros fumeurs d’Europe derrière les Grecs.

En début de semaine, le gouvernement français a dévoilé le calendrier de la hausse des prix du tabac. D’ici à novembre 2020, le prix des paquets de cigarettes les plus courants passera à 10 € (contre 7 actuellement) tandis que tabac à rouler et cigarillos se renchériront également.

Il faut dire qu’en dépit de toutes les mesures adoptées depuis près de 30 ans, la France reste en Europe un pays où l’on fume beaucoup.

Ce n’est pas parce que la cigarette y est bon marché. A 7 € le paquet de Malboro actuellement, la France se classe troisième sur 28 sur l’échelle des prix, seules l’Irlande et le Royaume-Uni vendant sensiblement plus cher ce paquet, respectivement à 11 et 10,20 €.

Les prix sont donc plus élevés en France que dans 25 pays de l’Union, le paquet de Malboro se vendant 6€ en Allemagne, Belgique ou Scandinavie, 5 en Italie ou Espagne, autour de 3,5 € dans beaucoup de pays d’Europe centrale et jusqu’à 2,6 € en Bulgarie.

36% de fumeurs en France contre 26% de moyenne européenne

Cette relative cherté devrait décourager la tabagie de nos concitoyens. Pourtant, en se référant à l’eurobaromètre triennal sur le tabac publié par la Commission européenne en 2017, on doit malheureusement constater que ce n’est absolument pas le cas.

La France est au contraire très mal classée en matière de pourcentage d’habitants se déclarant habituellement fumeurs. Ils représentent en effet 36% de la population en France et seule la Grèce fait pire, avec 37%.

L’Hexagone apparaît comme le seul pays d’Europe occidentale avec l’Autriche parmi les onze pays qui enregistrent plus de 28% de fumeurs. La moyenne de l’Union européenne se situe à 26%, l’Allemagne et l’Italie étant un peu en dessous de cette moyenne (respectivement 25 et 24%) tandis que sept pays d’Europe occidentale dont la Belgique, le Royaume-Uni ou les Pays-Bas comptent moins de 20% de fumeurs.

30% de fumeurs de plus en cinq ans

Non seulement les Français fument beaucoup, mais ils fument de plus en plus puisqu’en 2012, la proportion de fumeurs n’était que de 28%. En nombre, cela représente une hausse de 30% en cinq ans.

La France fait partie des cinq pays sur 28 où le nombre de fumeurs a augmenté depuis dix ans et, à la seule exception de la Slovénie, c’est dans l’Hexagone que ce nombre a le plus augmenté.

Pour ne prendre que nos grands voisins, le nombre de fumeurs a diminué en dix ans d’environ 20% en Allemagne, Espagne et Italie et il a pratiquement été divisé par deux au Royaume-Uni !

Une évolution inattendue…

Cette évolution est surprenante, compte tenu des prix en hausse et relativement élevés, de la multiplication des campagnes anti-tabac et du respect assez général de l’interdiction de fumer dans les lieux publics ou de travail.

En outre, l’usage de la cigarette électronique – 4% de la population – est deux fois plus répandu en France par rapport à une moyenne européenne de 2%. A priori, la consommation de tabac devrait s’en trouver ralentie…

… qu’expliquent des facteurs historiques…

Alors, pour expliquer le tabagisme invétéré des Français, on peut avancer d’abord une explication historique dans la mesure où l’usage du tabac a toujours été très prégnant en France. Ainsi, le pays est de toute l’Union européenne celui où le nombre de personne déclarant n’avoir jamais fumé est le plus faible (42%).

Autre facteur explicatif, le fait que les fumeurs consomment quotidiennement un peu moins de cigarettes en France que la moyenne européenne : 12,6 contre 14 cigarettes dans l’Union et, par exemple, 15 en Allemagne. Concrètement, à population égale, il y a 40% de fumeurs en plus en France qu’en Allemagne, mais seulement 20% de consommation en plus par habitant.

Bref, plus de Français fument mais ils fument moins que les autres. Mais surtout, il semble que le tabagisme des jeunes explique pour une bonne part les mauvaises performances françaises.

… et démographiques

24% des jeunes Français de 15 à 24 ans sont fumeurs et 20% des jeunes Françaises. Or, la moyenne européenne est bien inférieure : 17 et 13%. A cela s’ajoute un facteur démographique puisque cette classe d’âge représente 12% de la population française contre 10% en Italie et 6,5% en Allemagne.

Par ailleurs, on sait que les jeunes consomment plus, pour des raisons de prix, les cigarettes à rouler. Alors que 29% des fumeurs européens ont recours – régulièrement ou occasionnellement – à ce tabac en vrac, les fumeurs français sont 38% à l’utiliser avec une forte prévalence des moins de 25 ans. A noter que cette proportion est en baisse, ce qui est peut-être le résultat de la hausse de 15% du prix du tabac à rouler décidée l’an dernier.

Ce qui amène à conclure que les politiques anti-tabac doivent continuer de cibler les jeunes, tout particulièrement en France. Et cela, notamment à travers la hausse des prix qui a un impact plus marqué sur la consommation des jeunes.

On a d’ailleurs pu le constater au début des années 2000 en France. Les prix du tabac ont connu une hausse de 40% en 2003 et 2004 et l’on a observé, en 2005, une baisse de 8% de la consommation des 15-25 ans.

La hausse de même ampleur qui vient d’être annoncée d’ici à 2020 vise à l’évidence un impact de cette nature.


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