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Les fonds activistes lorgnent sur l’Europe

mercredi, 4 octobre, 2017 - 16:31

L’été n’est pas de tout repos pour certains.  L’exercice 2017 aura vu des opérations d’envergure de fonds activistes dans le secteur de l’agroalimentaire et avec la rentrée, d’autres mouvements pourraient encore avoir lieu. Nestlé et Danone sont au cœur de toutes les spéculations.

Third Point. Cela n’est pas le titre du dernier film de Martin Scorsese, mais pourrait peut être inspirer le réalisateur du Loup de Wall Street. En effet, Third Point est un hedge fund qui navigue dans les marchés financiers depuis deux décennies. La force de frappe de ce fonds d’investissement créé et dirigé par Daniel Loeb est d’environ 17 milliards de dollars. Ainsi, quand ce fonds prend des positions, il y a toujours un message d’envoyé et des profits attendus.

Third Point  s’attaque à Nestlé

Puissant et toujours plus confiant, Daniel Loeb s’attaque aujourd’hui au numéro 1 mondial de l’agroalimentaire : Nestlé. En achetant 40 millions de titres pour 3,5 milliards de dollars, Third Point a acquis 1 % du groupe suisse. Ce mouvement ne pouvait pas passer inaperçu et Daniel Loeb a rapidement fait savoir quelles étaient ses intentions, fin juin, en adressant un courrier adressé à Nestlé. Le capital du géant suisse détenu par Third Point n’est pas assez important pour dicter telle ou telle politique, mais en devenant le huitième plus gros actionnaire, le fonds américain se place comme un influenceur à défaut d’être un interlocuteur.

Et il semblerait que la direction de Nestlé ne soit pas complètement indifférente aux demandes de Loeb. Ce dernier a réclamé un changement de stratégie afin de mieux rémunérer les actionnaires et, la vente des 23 % du capital de l’Oréal toujours détenu par Nestlé. Si cette vente n’est toujours pas d’actualité – le patron de Nestlé, Ulf Mark Schneider, a réaffirmé en février 2017 que les parts dans l’Oréal constituaient un “atout stratégique” – les réflexions sur la rémunération des actionnaires vont bon train.

Pour la première fois de son histoire, Nestlé vient de fixer un objectif de marge opérationnelle. A l’occasion d’une journée dédiée aux investisseurs, mardi dernier, le groupe suisse a affirmé son ambition de « réaliser une marge opérationnelle courante récurrente entre 17,5 % et 18,5 % d’ici 2020 ». Cette annonce semble être le résultat des pressions exercées par Third Point et l’évolution rapide d’un marché mondial de l’agroalimentaire dans lequel la croissance ralentit et où les fonds activistes opèrent des mouvements importants.

Le Brésilien 3G a procédé à des coupes drastiques chez Kraft et a donné des idées à d’autres fonds dont celui de Daniel Loeb. Ce dernier s’est entouré Jan Bennink, un Hollandais habitué aux assauts à la hussarde contre de grands groupes. Son passage chez Numico a laissé une odeur de souffre et son apparition dans ce dossier fait craindre pour l’emploi si jamais Third Point devait encore accroître son avantage. 

Danone sera-t-il épargné ?

Plus vraiment protégé par son statut de numéro 1 et sa taille, Nestlé semble plus fragile que le champion français Danone. Les intérêts pour le groupe tricolore sont nombreux, à commencer par Kraft Heinz et le fonds d’investissement américain Corvex. Ce dernier aurait acquis 1 % du capital de Danone en déboursant 400 millions de dollars avec pour ambition, là aussi, de pousser les dirigeants à améliorer la rentabilité pour assurer de plus gros dividendes aux actionnaires. Danone peut-il passer dans des mains étrangères ? Selon Robert Moskow, analyste au Crédit Suisse, cette hypothèse reste peu probable, car en plus d’une réputation de citadelle imprenable dont une partie de la légende s’est écrite avec l’échec de l’OPA lancée par Pepsico en 2005, le gouvernement français se montre très hostile à toute prise de contrôle étrangère.

Bruno Lemaire, ministre de l’Economie et des Finances, a déclaré début juillet qu’il veillerait à mettre les fleurons français hors de portée « des prédateurs ». Une affirmation claire qui a déjà été mise en pratique avec la nationalisation temporaire de STX plutôt que sa cession à un groupe italien. Le président Macron a l’image d’un libéral, mais il sait se montrer protectionniste et pragmatique lorsque les intérêts économiques le lui demandent. L’affaire est à suivre, car les fonds activistes continuent de se préparer en coulisses dans un secteur de l’agroalimentaire européen perçu comme un marché favorable.

Par ailleurs, le fonds d’investissement suédois Cevian est l’un des plus actifs avec plus de 15 milliards de dollars d’actifs. Le groupe dirigé par Christer Gardell n’est pas (encore ?) engagé dans la bataille de l’agroalimentaire, mais son terrain de jeu favori reste l’Europe. Récemment, il a acquis 5,6 % du groupe Ericsson contre la bagatelle d’un milliard de dollars et deux autres entreprises sont ciblées par Cevian sans que l’on sache pour le moment leurs noms. L’une d’elles serait-elle dans l’agroalimentaire ?

Comme le dit Crister Gardell, le terrain de chasse est assez large pour que tous les fonds ne s’attaquent pas aux mêmes proies, mais les fonds sont décidément en bonne santé avec de l’argent disponible en grande quantité. Le Luxembourgeois JAB Holding a vendu ses actifs dans Jimmy Choo et peut désormais tourner son regard vers une cible pour plus d’un milliard de dollars. Sa dernière en date (avril 2017), Panera Bread Company lui a coûté 7,2 milliards de dollars. Les milliards s’échangent à grande vitesse et nul ne peut être certain d’éviter un passage entre les fourches caudines de fonds perçus comme toujours plus puissants.

 

Marc-Aurèle Cassan

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