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Glyphosate : entre populisme et démagogie, le gouvernement à la peine

lundi, 23 octobre, 2017 - 09:22

Le glyphosate continue de troubler le gouvernement Philippe qui peine à trouver une posture cohérente. Quitte à faire porter le chapeau de cette indécision sur l’Union Européenne.

Ce matin, sur RTL, Nicolas Hulot a eu du mal à donner une ligne claire. En douceur, mais « sans rien lâcher »,le ministre de la transition énergétique et solidaire souhaite bien interdire le glyphosate. N’empêche que l’ancien animateur de TF1 semble légèrement dépassé « Je ne peux pas empêcher les industriels de mettre sur le marché de nouveaux produits et de les soumettre aux agences qui sont indépendantes. On est pris d’assaut de tous les côtés. Je n’ai pas l’autorité aujourd’hui de dire qu’on interdit ces deux substances » a-t-il admis face à Elizabeth Martichoux.

 

Oscillations gouvernementales

Depuis la création du nouveau gouvernement Philippe, la question du glyphosate provoque des atermoiements chez l’exécutif.

Pour rappel, la Commission européenne avait prolongé, en juillet 2016, l’autorisation de la vente du glyphosate pour une période de 18 mois. Cette autorisation qui arrive à terme en fin d’année, revient donc sur le devant de la scène. L’Europe doit décider d’ici la fin de l’année de prolonger de nouveau, ou non, le droit de vendre ce pesticide.
 En France, l’échéance prochaine a plongé le gouvernement Philippe dans la cacophonie. D’un ministère à l’autre, les discours à géométrie variable se multiplient, oscillant entre une interdiction immédiate et une sortie progressive de l’usage du glyphosate. Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, a assuré cette semaine qu’il voulait en finir avec le glyphosate « avant la fin du quinquennat », évoquant un « parcours de sortie le plus rapide possible ». Dans le même temps, son collègue du ministère de l’Agriculture, Stéphane Travers, a assuré qu’il fallait réaliser une « sortie progressive » de l’usage du glyphosate. Et le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, a relayé fin septembre la position du premier Ministre, qui serait d’interdire le glyphosate d’ici « la fin du quinquennat ». Celui-ci est ensuite revenu sur sa propre déclaration pour dire que l’objectif était « de trouver des produits de substitution d’ici 2020 ». Difficile donc de savoir quelle est la voie que la France souhaite réellement suivre dans ce labyrinthe de prises de positions.

 

Message de défiance envers l’Europe

Le gouvernement prétend donner une image de modération en ménageant à la fois les premiers utilisateurs du glyphosate – les agriculteurs – et les opposants à ce pesticide portant le principe de précaution en étendard. Ces derniers, se fondant sur une étude du CIRC ayant conclu au caractère « probablement cancérogène » du glyphosate et sur de graves accusations de plagiat par les agences européennes d’une étude de Monsanto (accusations pourtant démenties), semblent désormais vouloir la tête des scientifiques en charge du dossier glyphosate.

Dans ces conditions, la nomination du mathématicien Cédric Villani, député de La République en marche, comme chargé de mission sur « l’indépendance des agences européennes » sonne comme un message de défiance très fort de la part de l’exécutif français.

 

La majorité parlementaire du président Macron affiche ainsi publiquement ses doutes sur le travail et l’impartialité de ces agences, reprenant ainsi les refrains populistes qui consistent à jeter l’opprobre sur tout ce qui vient de Bruxelles. Une mise en cause qui laissera forcément des traces tout en rappelant la force, souvent sous-estimée des lobbies écologistes. Le discours de la collusion européenne, qui a bon dos, fait donc florès alors que l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) avait justement estimé au premier trimestre 2017 que le glyphosate ne devait pas être classé comme substance cancérogène.
Un article du journal Monde s’est engagé sur le même terrain, en accusant les agences européennes d’avoir inséré dans leurs rapports sur le glyphosate, des extraits d’une étude réalisée par Monsanto, producteur de ce pesticide. Plusieurs médias se sont engouffrés dans cette brèche, en relayant sans précaution cette accusation.

 

Des accusations, et une réponse jamais publiée

On peut également s’inquiéter que ces mêmes médias aient décidé de passer sous silence la réponse pourtant très complète et documentée du BfR, l’Institut fédéral allemand pour l’évaluation des risques, sur les accusations de copié-collé d’une étude de Monsanto. Le BfR a souligné qu’il avait effectivement mené les études requises sur le glyphosate. Dans son communiqué publié en septembre, le BfR rappelle également que l’Autorité européenne pour la sécurité des aliments, l’EFSA, confirme que l’usage du glyphosate ne devrait pas impliquer de risque cancérigène s’il était utilisé correctement.

 

Même son de cloche pour José Tarazona, chef de l’unité « Pesticides » à l’Efsa, qui a réaffirmé devant les eurodéputés, que les allégations qui découlent des « Monsanto papers », « ne remettent pas en cause les conclusions de l’évaluation globale sur le glyphosate (…) qui peut être utilisé de façon sûre ». Il a rappelé que plusieurs agences internationales, à l’instar du Japon et du Canada et de la Nouvelle-Zélande, ont conclu, comme l’Efsa et l’Echa, « qu’il n’est pas nécessaire de classer le glyphosate comme cancérogène. »

 

Une posture globalement anti-européenne

Les opposants au glyphosate insistent dans la veine populiste en invoquant la menace que ferait peser ce pesticide sur la santé des consommateurs. Les chiffres utilisés sont alarmants, mais à y regarder de plus près ils ne sont pas nécessairement exacts ou pertinents. Pour autant, l’effet est imparable : 2 000 micros grammes dans plusieurs aliments testés, selon Générations Futures. Or, si personne ne conteste qu’il est possible de trouver du glyphosate dans certains aliments, beaucoup survolent le fait que ces quantités sont en réalité infimes par rapport aux aliments consommés. Tellement infimes qu’il faudrait ingurgiter une tonne de pâtes chaque jour ou des centaines de boites de céréales quotidiennement, et ce pendant des années, pour atteindre une dose d’exposition potentiellement préjudiciable pour la santé.

Le glyphosate est utilisé par des agriculteurs dans le monde entier, depuis près de 40 ans. Il s’agit du pesticide le plus répandu, et malgré les accusations de ses détracteurs, il n’a pas déclenché d’hécatombe massive sur la planète. Le nombre d’agences d’Etat ayant conclu à sa non toxicité est largement supérieur à son seul détracteur. Dès lors, qu’est-ce qui semble plus probable : une vérité scientifique ou une collusion à l’échelle planétaire ?


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