Connexion

Syndicate content

Les clés de l’après-Daesh

vendredi, 27 octobre, 2017 - 08:15

Il faudra encore beaucoup d’opérations militaires de terrain, d’action idéologique ainsi qu’une vraie politique de développement économique et social dans la région pour débarrasser le Moyen-Orient des extrémistes. A cet égard, l’allié incontournable de l’Occident est à l’évidence l’Arabie saoudite.

Avec la chute de Raqqa, nul doute que l’Etat islamique est à terre. Il contrôlait – bien que de façon discontinue – un territoire de 230.000 km2 en mai 2015, soit la superficie du Royaume-Uni. Aujourd’hui, les étendues désertiques sur lesquelles il peut prétendre exercer une souveraineté théorique n’excèdent pas 15.000 km2, quinze fois moins ! Deir ez-Zor, son dernier bastion au sud-Est de la Syrie, est très menacé. La fin n’est pas loin.

Mais quelle fin ? Certainement celle de la fiction d’un califat souverain. Celle aussi d’une armée constituée et équipée. Mais resteront toujours les desperado de cette idéologie mortifère pour continuer à sévir dans cette vaste région du Moyen-Orient en plein chaos : une Syrie ravagée par la guerre civile ; un Irak déchiré entre sa majorité chiite (65%) et sa minorité sunnite (35%) et déstabilisé, ainsi que la Turquie, par les revendications indépendantistes des Kurdes dont les combattants Peshmerga ont largement contribué à la défaite de Daesh.

Devant nous, donc, des mois, voire des années de guérilla, d’attentats, de tentatives d’insurrection ou de déstabilisation, de guerre idéologique. La stratégie de l’après-guerre va être particulièrement délicate à définir pour les Occidentaux, d’autant plus qu’ils entretiennent des relations pour le moins complexes et disparates avec la Syrie de Bachar el-Assad, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan et l’Iran des mollahs.

Nouvelle situation, nouvelle stratégie

La vaste coalition internationale menée par les Etats-Unis va bientôt perdre de sa pertinence dans la mesure où les frappes aériennes ne sont guère opératoires lorsqu’il s’agit de combattre une guérilla embusquée ou des terroristes fondus dans la masse. Sans parler, bien sûr, des idées. Pour ces raisons, les Etats-Unis et l’Europe vont devoir désormais appuyer des initiatives régionales, en particulier l’Alliance militaire islamique anti-terroriste constituée il y a près de deux ans à l’initiative de l’Arabie Saoudite. Le centre de commandement de cette alliance de 34 pays est d’ailleurs basé à Ryad et présente une caractéristique intéressante : elle n’inclut ni la Syrie, ni l’Irak, ni l’Iran.

La Syrie, pour des raisons évidentes, ne peut conduire en tant qu’Etat une lutte efficace contre le terrorisme islamiste, gangrénée qu’elle est déjà de l’intérieur. L’Irak – dont sont issus, pour la plupart, les bataillons de l’Etat islamique – ne peut davantage, à ce stade, mener ce combat d’un nouveau type car sa majorité chiite suscitera toujours la défiance de l’importante minorité sunnite qui a prouvé, ces dernières années, combien elle pouvait, pour des raisons tactiques, s’allier avec Daesh. Quant à l’Iran, ce pays essentiellement chiite est déconsidéré par son soutien au pouvoir de Bachar el-Assad et par son hostilité (que Téhéran partage d’ailleurs avec l’Irak) à toute entente avec les Kurdes, sunnites et majoritaires dans trois provinces de l’Ouest de la république islamique.

Or, puisqu’il s’agit désormais de pourchasser et d’éradiquer les combattants disséminés de Daesh, peut-on se passer des Peshmerga kurdes ? Dans la région, il n’y a qu’un seul pays arabe qui, sans l’affirmer officiellement, n’affiche pas d’hostilité de principe à l’éventuelle indépendance du Kurdistan irakien : l’Arabie Saoudite.

Riyad en première ligne

Un pays qui, par ailleurs, est certainement le mieux placé dans cette région du monde pour mener des opérations militaires au sol. Si les forces armées saoudiennes n’égalent pas celle des pays trois fois plus peuplés (Egypte, Turquie, Iran), elles disposent néanmoins de 350.000 militaires d’active, de 1.200 chars lourds et de 300 avions de combat. Mais ces équipements ne sont rien à côté du potentiel saoudien en matière de défense : le budget militaire du royaume atteint 50 milliards de dollars, c’est le sixième du monde et il dépasse l’addition des budgets des trois pays précités. Conclusion : l’Arabie saoudite a les moyens de mettre sur pied des forces armées extrêmement technologiques et efficaces susceptibles de mener la lutte au sol, ce que, pour des raisons politiques évidentes, ni les Etats-Unis, ni des pays européens ne sauraient faire.

Ces moyens, doublés d’un savoir-faire découlant du niveau d’éducation et de formation très élevé du pays, permettent par ailleurs de tisser un maillage serré et sophistiqué d’écoute et de renseignement sur l’ensemble des territoires susceptibles d’être gangrénés par les activistes de Daesh. En matière de lutte contre le terrorisme, on sait bien que le renseignement est crucial.

Mais la seule promesse d’une victoire définitive passe – qui en doute ? – par le développement de ces régions. Le vaste plan de développement « Vision 2030 » lancé l’an dernier à l’initiative du Prince héritier Mohamed ben Salmane est de nature à mettre le royaume sur les rails de la modernité et de la démocratie, même si des résistance et des conservatisme vont devoir être surmontés. Le plus grand défi ne sera-t-il pas justement de concevoir ce développement, non sur un plan strictement national, mais au niveau de la grande région moyen-orientale ? Beaucoup de réticences – voire de répugnances – diplomatiques devront être surmontées pour que Riyad accepte de tendre la main à ces pays déchirés que sont l’Irak et surtout la Syrie. Cela, le royaume saoudien ne pourra le faire seul.

Un défi diplomatique pour l’Occident

C’est sur ce plan que l’on attend la diplomatie internationale. D’abord, une solution politique au drame syrien, l’instauration d’un pouvoir légitime qui tourne le dos à six années d’atrocités et de déchirements. Aux occidentaux d’amener progressivement les alliés russes et iraniens de Bachar el-Assad à accepter une solution médiane conduisant à l’instauration d’une démocratie dans ce pays martyrisé.

Concernant l’Irak, le rôle des Occidentaux sera moins crucial, sans être pour autant négligeable. Car les relations entre Bagdad et Riyad se sont singulièrement réchauffées depuis la rencontre, en juin dernier, du premier ministre irakien Haider al-Abadi avec le roi Salmane. Mais il reste à construire une coopération active entre les deux pays, ce qui suppose de résoudre la question kurde.

Bref, l’ensemble de la communauté internationale doit comprendre que tous les efforts pour ramener paix et prospérité au Moyen-Orient seront voués à l’échec s’ils ne s’appuient pas sur un rôle déterminant de l’Arabie Saoudite sur les plans économique, militaire, culturel et diplomatique. Le pays est d’ailleurs prêt à jouer ce rôle. Le 24 octobre à Riyad, le prince héritier Mohamed ben Salmane l’a affirmé sans ambage : « 70% de la population saoudienne a moins de 30 ans et, franchement, nous n’allons pas passer 30 ans de plus de notre vie à nous accommoder d’idées extrémistes et nous allons les détruire maintenant et tout de suite ».


Réactions
Pays