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Une brève histoire de la Catalogne et des nations européennes

mercredi, 1 novembre, 2017 - 17:35

La déclaration de l’indépendance catalane s’inscrit dans l’histoire particulière de l’unification de l’Espagne. Les grandes nations d’Europe se sont constituées différemment, les unes il y a plus de mille ans, les autres beaucoup plus récemment.

C’est du jamais vu en Europe Occidentale : la communauté autonome de Catalogne a unilatéralement déclaré vendredi dernier qu’elle devenait un Etat indépendant prenant la forme d’une république.

En réponse à ce coup d’éclat, le gouvernement espagnol a annoncé la destitution du président de la région et de son gouvernement, la dissolution du Parlement régional et la tenue de nouvelles élections régionales le 21 décembre.

Cette velleïté d’indépendance n’est pas nouvelle. La Catalogne a déjà proclamé son indépendance deux fois dans le cadre de la république espagnole, en 1931 et 1934, et une fois dans la perspective de son avènement, en 1869.

Bien longtemps avant, en 1641, la Catalogne avait tenté de se séparer du royaume espagnol à l’occasion de la guerre de trente ans en réclamant l’aide du roi de France Louis XIII qui s’tait vu octroyer le titre de Compte de Barcelone. Le dénouement de cette tentative ne fut pas heureux et eu notamment pour résultat, 18 ans plus tard, l’annexion par Louis XIV du Roussillon et la Cerdagne, partie nord de la principauté catalane !

Ces quatre proclamations d’indépendance n’ont jamais abouti, mais, en 1931, la Catalogne a quand même obtenu une certaine autonomie.

Le royaume des Espagnes

L’inclusion de la Catalogne dans l’ensemble espagnol fut lente. En 1137, le Comte de Barcelone épouse la princesse héritière d’Aragon, la région voisine, ce qui donne naissance à la couronne d’Aragon. En 1479, dix ans après le mariage d’Isabelle de Castille et de Ferdinand d’Aragon, est proclamée l’union dynastique entre les deux royaumes, prémisse de la nation espagnole.

Mais, notons-le, pendant plus de deux siècles encore, les couronnes resteront séparées, les rois espagnols s’intitulant « roi de Castille et d’Aragon » ou « roi des Espagnes ». Malgré l’unification de 1717 sous les lois de Castille, cette appellation plurielle restera d’usage fréquent jusqu’au milieu du XIXème siècle. Bref, l’Espagne, hormis la parenthèse du franquisme, est une nation de tradition peu unitaire.

Toutes les nations d’Europe se sont constituées en agrégeant progressivement des féodalités, des villes libres, des principautés, des royaumes. Mais il est vrai que les plus anciennes nations – celles qui sont apparues il y a 1000 ans ou plus – sont également celles qui, à l’époque moderne, forment les Etats les plus unitaires.

France : 1500 ans, 1000 ans ou 800 ans ?

C’est le cas de la France même si l’origine de cette nation est difficile à préciser. Certains historiens n’hésitent pas à la fixer en l’an 481, date du couronnement de Clovis en tant que roi des Francs.

L’ennui est que, pendant des siècles, ce royaume s’est désintégré, reformé, dispersé de nouveau, au moins jusqu’en 843 où Charles Le Chauve reçoit la « Francie occidentale » issue de la partition de l’Empire de Charlemagne. Et Charles le Chauve lui-même ne va pas tarder à reconstituer l’Empire carolingien.

Le premier roi de la dynastie capétienne, Hugues Capet, investi peu avant l’an 1000 porte toujours le titre de « roi des Francs » et il faut attendre 1204 et Philippe Auguste pour voir apparaître la dénomination latine de « Rex Franciae », roi de France.

Mais ce n’est qu’au seizième siècle que la France, bien que n’incluant toujours pas les Flandres, l’Alsace, la Lorraine ou la Savoie, commence un peu à ressembler territorialement à ce qu’elle est. Cette unification territoriale est moins tardive en ce qui concerne l’Angleterre.

Angleterre : une unité millénaire

Un « roi des Anglais » apparaît dès le 8ème siècle. Et, avant même Guillaume le Conquérant, Knut le Grand est le premier, en 1016, à régner sur presque toute l’actuelle Angleterre.

Il faudra cependant attendre l’union avec l’Ecosse en 1707 pour voir se former le Royaume de Grande-Bretagne et ce n’est qu’en 1801 que se constitue le Royaume-Uni de Grande Bretagne et d’Irlande.

Pour en revenir à lui, Knut le grand est aussi roi de Danemark, pays unifié avant l’an 1000, tout comme la Suède.

Allemagne : du Saint Empire à la Prusse

D’autres nations sont de constitution beaucoup plus tardives, du moins si l’on raisonne en termes d’unification au sein d’un même Etat. Les vastes contrées de langue allemande ont ainsi formé, depuis le haut moyen-âge, des ensembles de type confédéral.

En particulier le Saint Empire romain germanique formé en l’an 962 par Otton Ier, roi de Francie orientale, en continuation directe de l’Empire carolingien mais aussi de l’empire romain. A sa tête de ce conglomérat, un empereur élu par une Diète d’Empire composée de princes électeurs souverains dans leurs Etats.

A partir du XVème siècle, l’Empereur, qui continue à être élu, sera toujours issu de la famille des Habsbourg, installant la primauté de Vienne sur l’ensemble germanique.

Cette domination viennoise sera de plus en plus mise à mal par un petit Etat des bords de la Baltique peuplé de « Borusses » (les presque russes). Partiellement incluse dans l’Empire, cette Prusse, dont le Prince-électeur de Brandebourg deviendra roi en 1701, finira par avoir raison du Saint Empire, formellement aboli en 1806 sous la pression d’un Napoléon Ier victorieux de l’Autriche.

De 1815 à 1866, la Prusse rivalise finalement victorieusement avec l’Autriche au sein de la confédération germanique et c’est bien le roi de Prusse Guillaume Ier qui proclamera, en 1871 à Versailles, l’Empire allemand.

Cette agglomération de 26 Etats fédérés sous domination prussienne marque l’avènement de l’Allemagne moderne.

Plusieurs Italies avant l’Italie moderne

Odoacre, le dernier empereur romain renonce à son titre et se proclame, en l’an 476, « roi d’Italie ». C’est la raison pour laquelle, pendant près de 1000 ans, de 962 à 1803, on a parlé du royaume germanique d’Italie placé sous domination du Saint Empire puisque les princes souverains de la Péninsule (Florence, Modène, Milan, Mantoue…), à l’occasion de leur avènement, versent un tribut à l’Empereur germanique. Mais ce royaume germanique n’a jamais inclus, ni la république de Venise, ni le royaume de Naples et de Sicile.

A cette Italie « théorique » succède en 1805 le Royaume d’Italie créé par Napoléon 1er qui s’en proclame le roi. Ce royaume unifié n’occupe cependant que le nord et le centre de la Péninsule.

Il faudra encore attendre plusieurs décennies pour voir se former l’Italie moderne, grâce à l’aide militaire initiale de la France de Napoléon III. L’unification italienne durera dix ans, de 1860 à 1870, et connaitra, au fur et à mesure de son extension territoriale, trois capitales : Turin, Florence et enfin, en 1871, Rome, un an après la prise de la ville éternelle qui marque la chute des Etats Pontificaux. Une ultime conquête faite cette fois malgré l’opposition de la France catholique…


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