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Corse : une absence d’autonomie qui fait exception en Europe

mercredi, 6 décembre, 2017 - 12:05

Mise à part la Crète et Rhodes, toutes les grandes îles d’Europe sont soit indépendantes, soit largement autonomes. Forts de leur succès aux élections territoriales, les nationalistes corses entendent bien faire cesser cette anomalie.

Même si les résultats restent à confirmer dimanche, les élections territoriales corses marquent déjà la victoire spectaculaire des nationalistes de l’alliance entre les autonomistes de Gille Simeoni et les indépendantistes de Jean-Guy Talamoni.

Une alliance dont l’objectif avoué est de parvenir, d’ici à trois ans, à l’élaboration d’un statut d’autonomie pour la Corse.

Corse: une autonomie administrative restreinte

L’île jouit déjà d’une relative autonomie administrative depuis qu’elle est devenue en 1982 une collectivité territoriale et non plus une simple région. Surtout, depuis 1991, elle dispose d’une prérogative institutionnelle spéciale, celle de la responsabilité de son conseil exécutif devant l’assemblée territoriale.

Elle détient par ailleurs de compétences élargies en matière de transports, d’aménagement du territoire et de culture. La réforme qui entre en vigueur au 1er janvier 2018 ne change à vrai dire pas grand chose, si ce n’est le fait de supprimer les deux départements. Mais il n’y a aucun transfert de compétences à l’île et c’est bien ce qui chagrine les nationalistes qui vont diriger la Corse.

Ayant mis de côté, pour de longues années, leur revendication d’indépendance, leur objectif est donc d’obtenir d’ici à trois ans, outre le rapatriement des prisonniers qu’ils jugent « politiques », l’adoption d’un vrai statut d’autonomie instaurant une co-officialité de la langue corse avec le français, la création d’un statut de résident corse et surtout des pouvoirs législatifs propres et l’autonomie fiscale.

Large autonomie en Sicile et Sardaigne…

Des exigences qui ne paraissent nullement excessives si l’on regarde les autres îles de la Méditerranée. Certes, la Grèce – qui est comme la France un Etat centralisé et unitaire – n’accorde aucune autonomie à ses grandes îles que sont la Crète (620.000 habitants) ou Rhodes (115.000 habitants).

Mais la comparaison avec les deux plus grandes îles de Méditerranée, la Sicile et la Sardaigne, est édifiant. Chacune jouit d’un statut particulier au sein de la république italienne : élection au suffrage universel du président de région et compétences législatives propres dans les domaines de l’agriculture, de l’industrie, de l’urbanisme, de l’éducation primaire, du tourisme…

Sur le plan fiscal, les 5 millions de siciliens conservent dans l’île pratiquement la totalité de tous les impôts perçus, sans pour autant se passer des subsides réguliers de l’Etat italien.

Quant aux Sardes, qui ne sont que 1,6 million mais dont l’île est presqu’aussi grande que la Sicile (25.000 km2 contre 8.700 pour la Corse), leur autonomie fiscale est moins complète et leur revendication de se transformer en zone franche est bloquée par Rome. Ils font cependant des envieux dans la Corse toute proche…

… de même qu’aux Baléares

L’archipel des Baléares (Majorque, Minorque, Ibiza…), qui compte 1,2 million d’habitants sur 5000 km2, est une communauté autonome d’Espagne depuis 1983. Elle est dotée d’un Parlement qui élit le président des Baléares, actuellement une femme socialiste. Le Catalan en est la langue co-officielle, avec l’espagnol.

La communauté des Baléares n’exerce pas moins que 51 compétences exclusives ! Pratiquement tous les domaines sont gérés au plan local sauf la défense, la justice et l’enseignement universitaire. Sur le plan fiscal, malgré un système très élaboré de compensations, l’autonomie n’est toutefois que partielle, contrairement à la Sicile.

Une quasi-indépendance pour les anglo-normandes

Même si elles ne disposent pas de la personnalité juridique internationale, les îles anglo-normandes de Jersey (100.000 habitants) et Guernesey (65.000 habitants) ainsi que l’île de Man (80.000 habitants), située en Mer d’Irlande, sont pratiquement indépendantes sauf en matière de diplomatie et de défense.

En réalité, elles ne font pas partie du Royaume-Uni (ni de l’Union européenne) mais sont directement rattachées à la couronne d’Angleterre dont le souverain porte aussi le titre de Duc de Normandie, même si les Français, depuis Philippe Auguste au treizième siècle, se sont emparés de la province continentale.

Quant à l’île de Man, la relation féodale est encore plus marquée puisqu’elle est propriété du monarque britannique. Institutionnellement, ces territoires ont toute l’apparence d’un Etat puisqu’ils sont dotés d’un Parlement, d’un gouvernement et d’un premier ministre et qu’ils accordent une nationalité locale.

Enfin, au plan fiscal, l’indépendance est totale et permet à ces îles d’être considérées comme des paradis fiscaux.

L’Etat libre des îles d’Aaland

Si les îles danoises et allemandes de la Baltique sont parties prenantes des territoires continentaux limitrophes, il n’en est rien pour les îles Aaland, archipel de 1500 km2 peuplé de 28.000 habitants situé dans la Baltique entre la Suède et la Finlande.

Aaland est un Etat libre associé à la Finlande et, à ce titre, membre de l’Union européenne. Ces territoires – dont l’unique langue officielle est le suédois – disposent d’un gouvernement et d’un Parlement ainsi que d’un pouvoir législatif autonome dans tous les domaines à l’exception de la justice, des douanes, de la diplomatie et de la monnaie puisqu’ils utilisent l’euro en concurrence avec la couronne suédoise.


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