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Sommet du Conseil de coopération du Golfe : le début d’une réconciliation ?

jeudi, 7 décembre, 2017 - 10:07

La crise qui secoue la région du Golfe persique entre dans son sixième mois. Alors qu’il y a encore quelques semaines, rien ne permettait d’espérer une amélioration de la situation, l’actualité brûlante du Moyen-Orient qui contraint les différents acteurs à revoir leurs priorités peut potentiellement ouvrir la voie à une détente.

La crise qui secoue la région du Golfe persique entre dans son sixième mois. Alors qu’il y a encore quelques semaines, rien ne permettait d’espérer une amélioration de la situation, l’actualité brûlante du Moyen-Orient qui contraint les différents acteurs à revoir leurs priorités peut potentiellement ouvrir la voie à une détente.

Il est des dates et des événements qui entrent dans l’histoire sous le coup du hasard et le sommet annuel du Conseil de Coopération du Golfe qui s’ouvre aujourd’hui dans la capitale du Koweït en fait certainement partie. Alors qu’il a failli ne jamais avoir lieu, son maintien et son inauguration qui se déroule symboliquement le jour où la crise entre dans son sixième mois en fait un moment particulier pour l’histoire de la Péninsule arabique. Rarement en effet, un sommet du CCG n’aura été aussi attendu et rarement aussi, le Golfe n’aura été à ce point au bord de la rupture.

Car il faut dire que la partie n’était pas gagnée. Le scénario catastrophe tant redouté par la diplomatie koweitienne était celui de l’annulation ou du report sine die de l’événement. Une telle option aurait non seulement signifié l’échec de la médiation portée par l’émir Sabah mais elle aurait aussi acté la mort clinique d’une structure qui était considérée comme la seule organisation régionale qui tenait la route dans un monde arabe noyé dans le marasme. Non seulement, le sommet a été confirmé mais pour la première fois depuis le 5 juin, les plus hauts responsables de pays qui ne se parlaient plus se sont réunis autour d’une même table. La veille en effet, le ministre qatarien des Affaires étrangères se tenait assis à côté de son homologue saoudien, scène encore inimaginable il y a de cela quelques semaines tellement le divorce était consommé. Et même si les ministres des Émirats arabes unis et du Bahreïn se sont faits remplacer par leurs seconds, le fait de les voir rassemblés dans un même espace était considéré par beaucoup d’observateurs comme le signal d’une détente. Signe des temps, même le journal panarabe « al-Sharq al-Awsat » basé à Londres et sous domination saoudienne abondait en ce sens.

 

L’une des raisons qui poussent à cet optimise prudent est la reconfiguration de la scène régionale qui impose aux acteurs une relecture des rapports de force. Il y a d’abord la prise de conscience par les pays du blocus de l’échec de leur stratégie d’embargo radical devant faire plier le Qatar.  Non seulement, Doha ne s’est pas soumise mais elle a su habilement jouer de son statut de victime pour bonifier son image et même renforcer certaines de ses alliances sur le plan international. Face à une conjoncture qui écarte l’option d’une invasion militaire, les pays du blocus semblent s’être fait une raison et la récente déclaration du ministre saoudien des Affaires étrangères annonçant que la crise avec le Qatar « était une affaire secondaire » sonne comme la volonté de changer de cap. Davantage perceptible à Riyad qu’à Abou Dhabi, cet infléchissement est également le résultat d’un calcul politique qui pousse la monarchie saoudienne à faire le bilan de sa politique étrangère que beaucoup qualifient d’agressive et d’hasardeuse. Depuis six mois en effet, le leadership saoudien est loin d’avoir raffermi son autorité alors que de son côté, l’influence de l’Iran n’a fait que se renforcer, Téhéran tirant même parti de la scission du CCG pour relancer un partenariat fort avec le Qatar. Sur la question du Liban, le fiasco de l’affaire Hariri a démontré à la face du monde l’amateurisme d’une gouvernance dont l’incertitude et le caractère compulsif deviennent la marque de fabrique. Enfin, la crise au Yémen, dont le récent développement avec l’assassinat de l’ex-chef d’État Ali Abdallah Saleh ouvre une grande période d’incertitude, ne peut cacher ce qui est de l’ordre de l’évidence. Après bientôt trois ans d’une guerre ruineuse tant sur le plan humain que financier, Riyad – aidée par son allié émirien – a fait la démonstration qu’elle était un colosse aux pieds d’argile, incapable de pouvoir mater la rébellion d’une milice qui s’est récemment payée le luxe d’envoyer un missile balistique aux portes de Riyad.

 

C’est donc cette reconsidération du rapport de force dans le Golfe qui a dû pousser le roi Salman à accepter de se rendre au sommet au Koweït et de donner le signal que son pays semble prêt à revoir, dans une certaine mesure, sa copie. Loin d’être le cas pour le camp émirien dont l’aversion pour le Qatar vire à l’obsession, cette nouvelle posture saoudienne peut aussi exprimer une forme de lassitude voire de défiance face à certains voisins, notamment l’Égypte. Sur le récent dossier libanais par exemple comme sur d’autres sujets à l’instar de la relation avec le régime de Damas ou l’envoi de troupes au Yémen, Le Caire s’est en effet positionnée en deça des espérances de Riyad. La fragilité de cet axe stratégique avec des États à bout de souffle (à l’instar du Caire) ou des acteurs sans grande envergure dans le monde arabe (tel Bahreïn) doit certainement pousser l’élite saoudienne à un inventaire d’autant plus nécessaire que les défis en politique intérieure imposent au régime d’éviter de se disperser. Dans ces conditions, il se pourrait que l’on assiste prochainement à une forme de détente graduelle permettant une sortie en douceur d’une crise dont on rappelle qu’elle est la plus aiguë depuis la guerre du Golfe de 1990. Ceci étant et compte tenu du niveau de violence verbale que cette tension diplomatique a suscitée, il faudra quand même beaucoup de temps avant de pouvoir recoller les morceaux et réinstaller un début de confiance.


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