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Réforme du permis de conduire : délais d’attente interminables et bugs en pagaille

mardi, 12 décembre, 2017 - 10:35

La réforme du permis de conduire patine. Votée le 21 juillet 2016, la loi dite Macron, du nom de celui qui n'était encore « que » ministre de l'Economie, entendait pourtant répondre à une série de dysfonctionnements récurrents dans le système français de passage du permis : lutte contre les écoles qui n'affichent pas, contrairement à l'obligation légale qui leur est faite, leurs tarifs en vitrine, contre les pratiques de facturation de l'examen par ces mêmes écoles, contre la falsification des résultats... Il fallait mettre de l'ordre, et surtout permettre aux candidats, notamment libres, de passer plus rapidement le fameux examen.

Une réforme attendue mais sans moyens

Il y avait urgence. Avant la réforme, un candidat libre devait attendre, en moyenne, neuf mois avant de pouvoir se présenter à l’épreuve du permis. Autant de temps et d’argent perdus –  en moyenne 2 000 euros –, les apprentis conducteurs devant le plus souvent payer des heures de conduite supplémentaires afin de se maintenir à niveau. Pour réduire ces délais, la loi de juillet 2016 a déchargé les inspecteurs de la gestion de l’examen du Code de la route, afin qu’ils se consacrent entièrement à celui de la conduite. Enfin, depuis le 1er janvier dernier, les préfectures ont l’obligation d’offrir des places d’examen aux candidats libres dans un délai de deux mois maximum.

Las, plusieurs mois après l’entrée en vigueur de ces dispositions si attendues, les résultats se font attendre. La désorganisation règne : quel que soit le type de permis, les couacs sont légion, et désespèrent des candidats de plus en plus nombreux et inquiets.

Tous les territoires ne sont pas logés à la même enseigne, et certaines régions subissent de véritables embouteillages administratifs. C’est le cas, par exemple, de l’Ile-et-Vilaine, où certaines agences affichent 90% d’examens reportés et 30% de places en moins pour les examens du permis B, le plus répandu. La situation de la Gironde n’est pas plus reluisante : si le délai d’attente pour repasser son permis après un premier échec a bien baissé depuis l’entrée en vigueur des nouvelles dispositions (il était de 118 jours en 2013), les candidats au permis doivent toujours attendre 80 jours avant de se présenter de nouveau à l’examen. Au niveau national, la moyenne s’établit à 63 jours. Deux longs mois, donc, pendant lesquels les aspirants conducteurs doivent ronger leur frein et subir les conséquences d’une immobilité forcée, notamment sur le plan professionnel.

Embouteillages virtuels

Leurs malheurs ne s’arrêtent hélas pas là. Votée en même temps que le premier volet de la loi mais appliquée seulement depuis novembre 2017, la numérisation de la procédure d’inscription au permis fait s’arracher les cheveux aux candidats et auto-écoles. En effet, depuis un peu plus d’un mois maintenant, il n’est plus nécessaire – ni possible – de se rendre physiquement en préfecture pour s’inscrire à l’examen. Finies les longues files d’attentes, donc, mais bonjour aux délais à rallonge. Les candidats sont en effet invités à s’inscrire sur Internet, en se connectant sur la plateforme de l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS), où ils reçoivent un numéro d’immatriculation qui les suivra tout au long de leur vie. Un procédure « en quelques clics », qui partait sans doute, comme l’ensemble de la réforme, d’une bonne intention.

Problème, les candidats se bousculent au portillon – numérique – et les délais de traitement s’allongent, dépassant parfois allègrement les 40 jours. Les patrons d’auto-écoles déplorent d’innombrables « bugs » informatiques et des procédures kafkaïennes : candidats inscrits depuis des mois qui n’ont toujours pas reçu leur numéro d’immatriculation, conducteurs ayant passé avec succès l’épreuve de la conduite mais qui attendent sans fin le célèbre document rose…

Selon l’Ecole de conduite française, qui assure la formation de la moitié des professionnels de la route, pas moins de 10 000 Français sont coincés dans ce véritable embouteillage virtuel. Comble de l’ironie : alors que la réforme était supposée alléger le travail des inspecteurs, certains d’entre eux se retrouvent désormais au chômage technique, faute de candidats à évaluer.

Pourtant, ce n’est pas faute, pour les écoles de conduite, d’avoir alerté les autorités sur la complexité du nouveau système et les risques de bugs. Mais l’administration française, sûre de sa toute puissance et de son bon droit, a fait la sourde oreille. Avec les conséquences que l’on déplore aujourd’hui. Il apparaît donc urgent d’offrir au permis et aux apprentis conducteurs français la réforme d’ampleur qu’ils méritent. Le numérique, et notamment l’éclosion des auto-écoles en ligne, doivent être l’occasion d’une simplification de l’examen, pas de sa complexification.


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