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Fécondité: elle baisse en France mais remonte en Allemagne

mercredi, 24 janvier, 2018 - 11:43

Le nombre de naissance continue de diminuer en France même si l’Héxagone conserve une natalité dynamique en Europe. Désormais, plus de bébés naissent en Allemagne où la fécondité se redresse. Avec l’apport de l’immigration, la population allemande connaît la plus forte croissance du continent.

Pour la troisième année consécutive, la fécondité des Françaises est en baisse. L’INSEE a annoncé la semaine dernière que le taux de fécondité, qui mesure le nombre de naissance par rapport au nombre de femmes en âge de procréer, s’est inscrit à 1,88 enfant par femme en 2017, contre 1,92 en 2016 et 2,01 en 2014, seuil de renouvellement de la population.

Il faut remonter aux années 1990 pour trouver des taux inférieurs en France. Quant au nombre de naissances (767.000 l’an dernier), il est en baisse pour la septième année consécutive et inférieur de 65.000 à son niveau de 2010.

L’Héxagone reste pourtant, avec l’Irlande, parmi les pays les plus féconds d’Europe. Ce qui n’en fait pas pour autant le champion de la démographie.

Rappelons en effet que la croissance démographique d’un pays résulte certes d’un nombre supérieur de naissances au nombre des décès, ce que l’on appelle l’accroissement naturel de la population. Mais la démographie est également fonction des mouvements de population et du solde migratoire. Et nous allons voir que ce facteur est déterminant en Europe.

Fécondité : dynamisme au nord, déshérence au sud

La France affichait en 2016, le taux de fécondité (1,92) le plus élevé de l’Union devant l’Irlande, la Suède, le Royaume-Uni et le Danemark. On ne sait pas encore si ce classement tient pour 2017, car l’Insee est le seul institut statistique d’Europe à publier dès janvier des données démographiques sur l’année précédente.

En prenant les deux ou trois dernières années, on observe une baisse dans les pays dont le taux de fécondité dépasse les 1,80 en 2016 : l’Irlande (1,90), la Suède (1,85), le Royaume-Uni (1,81). Et la situation de pays à la faible natalité, comme l’Italie – 1,34 de taux de fécondité – continue de se dégrader.

En revanche, des pays dont la natalité était tombée très bas ont tendance à amorcer une remontée, il en est ainsi de l’Espagne (1,34), de la Pologne (1,34), de la Hongrie (1,45). Et puis, nouvelle importante, le redressement de la natalité allemande se confirme.

Net redressement en Allemagne

Il est même assez net depuis 20 ans. On est passé outre-Rhin d’un taux de fécondité de 1,25 en 1995 – ce qui est désastreux – à 1,34 en 2005, 1,42 en 2013 et 1,50 en 2015.

Bien que l’on ne dispose pas encore des chiffres officiels pour 2016, la progression du taux devrait se poursuivre : 55.000 naissances supplémentaires ont été enregistrées cette année là en Allemagne qui, avec 792.000 naissances, a dépassé le nombre absolu des naissances en France pour la première fois depuis des décennies.

Cette remontée n’est certainement pas étrangère aux mesures natalistes mises en place depuis dix ans par Angela Merkel, 56 milliards d’euros étant désormais consacrés chaque année à la politique familiale, sous forme d’allocations ou de maintien de salaire pendant le congé parental.

Cela dit, dans tous les pays, les spécialistes considèrent que les politiques natalistes ne jouent qu’après des décennies de mise en œuvre et leur effet reste assez marginal.

En réalité, l’Allemagne profite surtout depuis quelques années, de l’afflux de migrants dont les femmes ont une fécondité supérieure à celle des populations d’origine.

Autre facteur, le fait que les femmes de 25/40 ans, l’âge plein de la maternité, sont plus nombreuses en Allemagne. C’est justement le contraire en France, où cette classe d’âge est actuellement en diminution, ce qui explique la baisse de la fécondité.

La déconfiture italienne

Mais la France est très loin de la situation de l’Italie que l’on peut considérer comme très grave : en dépit de quelques mesures natalistes adoptées en 2014, le solde naissances/décès y est négatif de 560.000 personnes depuis 2012.

Depuis peu, même si sont taux de fécondité est identique, l’Espagne est un peu mieux lotie que l’Italie. Entre 2012 et 2015, le pays a perdu 400.000 habitants du fait d’une émigration massive mais le phénomène s’est interrompu et la population espagnole recommence à croître, contrairement à celle de l’Italie.

Démographie : l’Allemagne sur le podium européen

On l’ignore souvent, malgré sa natalité encore très médiocre, l’Allemagne est le champion européen de l’accroissement de la population avec une hausse de 2,3 millions d’habitant depuis 2012 (à près de 83 millions d’habitants).

Au cours de cette période, le nombre de décès à certes excédé celui des naissances de 900.000 personnes, mais 3,3 millions d’immigrés sont arrivés dans le pays. La France (67 millions d’habitants) est une sorte d’exemple inverse : un accroissement naturel de 1,1 million de personnes mais seulement 450.000 immigrés supplémentaires.

Du coup, la population du Royaume-Uni (65,8 millions) a progressé davantage (1,9 million contre 1,5 million pour l’Héxagone) car l’accroissement naturel est équivalent à celui de la France mais trois fois plus d’immigrés sont arrivés outre-Manche. C’est aussi grâce à l’immigration que l’Italie parvient tout juste à maintenir le niveau de sa population (60,6 millions).

Des pays qui se vident

Quant aux pays dont la population totale a diminué en cinq ans, il faut citer l’Espagne, en baisse de 300.000 habitants (à 46,5 millions). Mais nous avons vu que la tendance s’est inversée depuis 2016. Situation en revanche toujours préoccupante en Pologne (560.000 habitants de moins, à 37,9 millions), en Roumanie (près de 400.000, à 19,6 millions) et en Grèce, pays qui perd 300.000 habitants sur un total de 10,7 millions ! Notons que la Roumanie cumule baisse des naissances et émigration.

La solution migratoire

Il n’en demeure pas moins que l’immigration apparaît comme le meilleur moyen pour l’Europe de surmonter une natalité globalement médiocre. Et ce d’autant plus – on l’observe clairement en Allemagne – que les immigrants d’aujourd’hui font les enfants de demain.

A cet égard, il est évident que la France, si elle veut retrouver le chemin d’une croissance durable, devrait davantage compenser le ralentissement de sa natalité par une immigration plus conséquente. Reste à ses gouvernants d’y préparer l’opinion publique…


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