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Révision de la PPE : quels sont les enjeux pour la filière nucléaire française ?

mercredi, 24 janvier, 2018 - 11:25

Alors qu’une révision de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) est prévue d’ici la fin de l’année, le gouvernent s’active désormais pour trouver le bon compromis énergétique et fixer le cadre dans lequel se développeront les énergies renouvelables et nucléaire dans la décennie à venir. Point central de cette PPE, la part du nucléaire dans le mix énergétique fait encore débat et plusieurs scénarios ont été évoqués par le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot. 

Si aucune décision n’a encore été prise officiellement, on sait d’ores et déjà que la réduction de la production nucléaire sera mesurée, progressive et suivra un calendrier « très précis », définis selon des critères économiques, sociaux et de sûreté. Explications

La question du nucléaire au coeur de la nouvelle PPE

Interrogé sur le sujet à l’occasion de la présentation de ses vœux à la presse lundi 22 janvier 2018, le ministre de la Transition écologique et solidaire a confirmé que la fermeture des réacteurs nucléaires français suivrait un calendrier « très précis », défini au préalable dans le cadre de la PPE en cours d’élaboration. Le gouvernement s’est en effet lancé dans une révision de la Programmation pluriannuelle de l’énergie dans le but de dessiner la trajectoire énergétique de la France pour les dix prochaines années. Une première réunion de travail sur le futur mix électrique national avait lieu le 16 janvier 2018 et fut l’occasion de recentrer le débat sur la question de l’énergie nucléaire.

Publiée en octobre 2016, la PPE fixe, filière par filière (énergie fossiles, nucléaire, éolien, etc.), les grands objectifs de la loi de transition énergétique et la composition du bouquet énergétique français à l’horizon 2023, mais était encore largement critiquée pour son manque de cohérence entre ses différents volets (consommation et production d’énergie). Sa nouvelle version, qui doit être arrêtée fin 2018, inclura ainsi de nouveaux objectifs de développement des énergies renouvelables ou de réduction des gaz à effet de serre, et précisera le nombre de réacteurs nucléaires à fermer et les délais pour y parvenir. « Normalement, en fin d’année, nous aurons des critères très précis pour savoir combien de réacteurs nous allons fermer et à quelle échéance », a rappelé Nicolas Hulot lundi 22 janvier. « Nous prendrons cette année le temps qu’il faut, on sera très précis sur les réacteurs qu’il faudra fermer et nous le ferons sur un certain nombre de critères économiques, sociaux (et de) sûreté, mais pas sur des critères symboliques », a ajouté le ministre.

Le choix d’une sortie rapide définitivement écarté

Si Nicolas Hulot a rappelé à cette occasion la nécessité « de développer un nouveau mix électrique, avec une forte contribution des énergies renouvelables », et de fermer certains réacteurs nucléaires dans le respect de la loi de transition énergétique, il a surtout réaffirmé ici l’importance du calendrier dans le but de ne pas déstabiliser le système d’approvisionnement énergétique français. Comme annoncé depuis plusieurs mois, la réduction de la production nucléaire française pour atteindre 50% du mix électrique (contre 75% aujourd’hui) devrait donc être progressive et raisonnée et s’étalera jusqu’en 2035, a confirmé le ministère, excluant ainsi toute sortie rapide et inconsidérée. Pour rappel, il était déjà revenu sur l’objectif de 2025 en octobre 2017, affirmant qu’il n’était pas tenable sans compenser la diminution du nucléaire par la mise en service de nouvelles centrales thermiques « Si on ferme certains réacteurs et que, dans le même temps, on n’a pas réussi à développer les énergies renouvelables et qu’on a fermé les centrales à charbon en 2022, à un moment ou un autre on risque d’avoir des problèmes d’approvisionnement », a poursuivi le ministre.

Parmi les quatre scénarios proposés le 7 novembre 2017 par le gestionnaire du réseau de transport RTE, seules deux trajectoires ont finalement retenu l’attention du ministère pour leur capacité à ramener la part du nucléaire à 50% dans des délais plus raisonnables sans nouvelles centrales fossiles ni augmentation des émissions de CO2. La première, baptisée Ampère, prévoit de réduire d’ici 2035 la capacité de production nucléaire de 14,5 gigawatts (GW), ce qui impliquerait de fermer 16 réacteurs de 900 mégawatts (MW) en plus de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), le triplement de la production renouvelable et une croissance du PIB de 2% sur cette période. La seconde, plus graduelle, est baptisée Volt et envisage une baisse de 8 GW de la capacité de production nucléaire, soit la fermeture de 9 réacteurs. Ce scénario qui table quant à lui sur une croissance plus réaliste de 1,5 % par an et un prix de la tonne de CO2 à 30 euros, ne parviendrait qu’à réduire à 60% la part du nucléaire à l’horizon 2030 (56 % en 2035), mais serait « le plus performant du point de vue des émissions de CO2 », explique RTE. Les deux autres scénarios Watt et Hertz, non retenus, prévoyaient de fermer quant à eux entre 25 à 52 réacteurs.

Vers une complémentarité nucléaire/renouvelables

En se limitant à ces deux choix possibles, le gouvernement met donc en avant une nouvelle fois, la complémentarité indispensable des énergies renouvelables et nucléaire dans un objectif de décarbonation rapide de notre système de production électrique. Le Président Emmanuel Macron lui-même avait rappelé, en marge du Sommet de Paris pour le climat organisé en décembre dernier, la difficulté de baisser la production nucléaire sans courir le risque de voir nos émissions de CO2 augmenter.

Si les progrès techniques en matière d’énergies vertes sont prometteurs, la question du stockage à grande échelle de l’énergie électrique n’est toujours pas résolue et ces énergies (solaire et éolienne principalement) sont encore trop dépendantes des aléas climatiques pour garantir une production d’électricité suffisante, stable et bon marché. Un défi qui a poussé jusqu’à présent le gouvernement à investir massivement dans les énergies renouvelables, tout en maintenant un niveau de production nucléaire de complément. L’énergie nucléaire restant essentielle de par sa manœuvrabilité, sa réactivité et sa modularité.

Comme l’explique aux Echos le Président D’EDF, Jean-Bernard Lévy, « le soutien financier apporté lors de la restructuration d’Areva et du renforcement des fonds propres d’EDF (…) positionne le nucléaire comme l’une des solutions pertinentes, à l’égal des énergies renouvelables, pour lutter contre les émissions de CO2, cause du réchauffement climatique ». Et pour ne rien gâcher, « la France bénéficie ainsi d’un atout majeur dans la compétition internationale », conclut-il. En soutenant ainsi la filière nucléaire française, représentée par EDF bien sûr mais également Framatome et Orano, deux groupes issus de la scission d’Areva, le gouvernement donne la priorité à la fois au respect des engagements climatiques pris dans le cadre de l’Accord de Paris, et à de larges perspectives de développement économique.


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