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Gardiens de prison : un malaise dû à la surpopulation carcérale

mercredi, 31 janvier, 2018 - 11:17

Les gardiens de prison en France s’insurgent contre la dégradation de leurs conditions de travail dues, notamment, à la surpopulation carcérale. Ces mêmes causes produisent les mêmes effets en Belgique et en Italie. Au nord de l’Europe, la situation est bien meilleure.

Le mois de janvier aura été marqué par la fronde des gardiens de prisons en France. Suite à l’agression de trois surveillants le 11 du mois, les revendications concernant la sécurité des gardiens se sont rapidement élargies à l’ensemble des conditions de travail, aux effectifs et aux rémunérations.

Même si l’agitation tarde à retomber dans les établissements pénitentiaires, un accord est intervenu la semaine dernière entre la chancellerie et le syndicat majoritaire Ufap-Uns. Il prévoit un train de mesure pour renforcer la sécurité, 1.100 recrutements et 30 millions d’euros de hausses de primes.

Des troubles en Belgique et en Italie

Ce malaise des gardiens de prison n’est pas spécifique à La France. Après avoir mené des mouvements de grèves et de blocages l’an dernier et en 2016, les gardiens belges ont déposé cette semaine de nouveaux préavis de grève pour protester notamment contre le manque de personnel.

En Italie, les mouvements de protestation sont assez fréquents dans les prisons, le dernier en date s’étant déroulé début janvier dans les Pouilles. Les prisons espagnoles ont également connu des mouvements ces dernières années.

Au delà de cette agitation, la montée de la violence, souvent liée à la radicalisation des détenus, est générale en Europe. Les gardiens sont donc légitimement inquiets des conditions d’exercice de leur profession.

Un armement très encadré partout en Europe

Parmi les revendications des gardiens français, on trouve celle d’une meilleure protection individuelle, les gardiens étant normalement désarmés. Précisons cependant qu’ils peuvent, selon les circonstances, être autorisés à porter des armes par le directeur de l’administration pénitentiaire.

Un système au « cas par cas » que l’on retrouve en Allemagne ou en Espagne, les gardiens espagnols étant toutefois équipés de pistolets Taser. Pas d’armes non plus au Royaume-Uni où les agents peuvent désormais se servir de vaporisateur à poivre et encore moins dans les pays scandinaves où les gardiens sont plus des travailleurs sociaux que des surveillants.

Même en Italie, où les gardiens relèvent de la police pénitentiaire, le port d’armes est assez encadré.

Des niveaux de rémunération comparable

Le salaire brut mensuel du surveillant de base français est en moyenne de 1.800 €. Mais, avec les primes diverses, sa rémunération effective est d’environ 2.250 €.

Un niveau assez comparable à celui des autres pays d’Europe de l’Ouest. Toutefois, la rémunération des gardiens italiens est inférieure et celle des surveillants allemands plus élevée puisqu’elle atteint 2.700 € bruts.

Encore moins de gardiens en Espagne et au Royaume-Uni

En ce qui concerne les effectifs, la situation française est médiane. Avec 28.000 gardiens pour 69.500 détenus, les gardiens français surveillent en moyenne 2,5 prisonniers.

Ils sont mieux lotis que leurs homologues britanniques ou espagnols (3,5 détenus par gardien) mais dans une situation un peu plus tendue que les gardiens allemands, belges ou finlandais (1,8 à 2,2 détenus par gardien).

Ils sont en revanche nettement plus sollicités que les surveillants italiens, néerlandais ou scandinaves qui ne gèrent chacun que 1,5, voire 1,3 détenu.

Surpopulation carcérale : le gros point noir français

La surpopulation de détenus observée depuis longtemps dans les prisons françaises est élevée et s’est accentuée ces dernières années. Avec 118 détenus pour 100 places de prison, la France est le pays ou la surpopulation carcérale est la plus forte de l’Union européenne à l’exception de la Hongrie qui frise les 130.

Mais deux pays ne sont pas très loin : la Belgique avec 116 détenus pour 100 places de prison et l’Italie avec 113. Ce n’est pas un hasard si ces deux pays, avec la France, connaissent des protestations de surveillants de prison, ce qui montre combien la question de la surpopulation carcérale est un facteur déterminant du malaise des gardiens.

Dans beaucoup d’autres pays, les prisons sont au contraire en surcapacité, légère comme au Royaume-Uni ou en Finlande, beaucoup plus prononcée en Suède, au Danemark ou en Allemagne où le taux d’occupation est de 85 à 90%.

Et puis, aux Pays-Bas, on ne compte que 75 détenus pour 100 places de prisons. Au point que ce pays en est venu à louer des prisons à l’administration pénitentiaire belge !

Le « miracle » pénitentiaire néerlandais

A l’origine de cette situation particulièrement favorable, un changement des pratiques pénales par rapport à un système traditionnellement répressif.

Non que la justice néerlandaise soit devenue laxiste mais, par souci d’économie, de nombreuses peines de prison ferme ont été transformées en peines non privatives de liberté assorties de contrôles drastiques.

Du coup, entre 2005 et 2015, le nombre de détenus aux Pays-Bas a diminué de plus de 40%. L’Allemagne ou la Scandinavie ont connu une baisse des personnes incarcérées de l’ordre de 20% et l’on constate une baisse également d’environ 10% en Italie.

En revanche, sur cette période, la population carcérale a beaucoup augmenté en Belgique (+ 37%) et, dans une moindre mesure, en France et au Royaume-Uni (+ 13,5%). De surcroit, cette hausse du nombre des prisonniers en France s’est accélérée depuis deux ans: elle atteint aujourd’hui 21% par rapport à 2005.

Des pays diversement répressifs

Avec un taux d’emprisonnement de 104 détenus pour 100.000 habitants, la France est plus répressive que l’Italie (85 pour 100.000) et nettement plus que l’Allemagne (72), les Pays-Bas ou la Scandinavie (entre 50 et 60). Elle est en revanche beaucoup moins répressive que l’Espagne (135) ou le Royaume-Uni (145).

De ce panorama, un enseignement semble s’imposer. Si l’on veut améliorer durablement la situation des prisons et du personnel pénitentiaire en France, le gouvernement devrait – à coté de la construction programmée de 12.500 places de prisons supplémentaires – diversifier bien davantage ses réponses pénales à la délinquance.

L’objectif n’est-il pas que les prisons ne soient plus, comme actuellement, un facteur d’aggravation de la criminalité ?


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