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Attractivité économique: la France progresse, l’Angleterre dévisse

lundi, 5 février, 2018 - 09:57

Effet Macron ou pas ? Les investissements étrangers en France ont fortement progressé en 2017 tandis qu’ils délaissent le Royaume-Uni à cause du Brexit. Jusque-là, l’Hexagone était moyennement attractif en Europe, tout comme l’Allemagne.

Du « Choose France », intitulé de la réunion du 22 janvier à Versailles de 140 grands patrons étrangers, au « France is back », thème de son discours devant le forum économique mondial de Davos, Le président Emmanuel Macron ne ménage pas ses efforts pour vanter l’attractivité économique retrouvée de la France et l’accentuer encore dans le futur.

De fait, selon les chiffres préliminaires que vient de publier la CNUCED (*) pour 2017, on observe un quasi-doublement (à 50 milliards de dollars) des investissements étrangers en France qui prend ainsi la troisième place européenne derrière les Pays-Bas (68 milliards) et l’Irlande (66 milliards).

En revanche, très certainement en grande partie à cause du Brexit, l’investissement au Royaume-Uni s’effondre à 20 milliards, le plus mauvais résultat depuis le début du millénaire.

Attractivité : une notion à plusieurs facettes…

Cette attractivité économique est cependant un concept assez délicat à saisir. Classiquement, elle se mesure notamment par le volume d’investissements directs étrangers (IDE) dans un pays dont, par ailleurs, le rayonnement économique mondial est reflété par ses propres investissements à l’étranger. L’IDE peut prendre la forme d’une implantation d’entreprise, mais aussi d’un rachat ou d’une prise de participation au capital supérieure à 10%.

D’un côté, il est certes logique de considérer que si des investisseurs étrangers placent de l’argent dans un pays, c’est que l’environnement et la conjoncture économique de ce pays permettent d’entrevoir des profits substantiels.

Mais par ailleurs, la prise de contrôle d’une entreprise reflète également l’attractivité propre de cette entreprise dans le cadre d’une stratégie globale de marché de l’acquéreur étranger.

… aux conséquences pas toujours positives

En outre, les IDE ne sont pas forcément synonymes de créations d’emplois. Dans le cadre de restructurations visant à accroitre la compétitivité d’une firme, L’IDE peut même entrainer des suppressions d’emplois.

Qui peut affirmer, par exemple, que la prise de contrôle des chantiers navals STX par l’italien Fincantieri (notre photo) ou le rapprochement Alstom-Siemens vont se traduire par des emplois supplémentaires en France ?

Enfin, si les investissements étrangers traduisent un intérêt pour le pays d’accueil, ils impliquent aussi que les décisions concernant l’entreprise se prennent à l’étranger. En fait, le poids international d’un pays se mesure surtout par sa capacité d’investir lui-même à l’étranger.

La France, pays moyennement attractif depuis longtemps…

Les flux d’investissement variant énormément d’une année sur l’autre, il est intéressant de regarder le montant du capital étranger présent dans le pays à une date donnée, ce que l’on appelle le stock d’investissement.

Selon les données de l’OCDE (**) à fin 2016, avec 700 milliards de dollars investis sur son territoire, la France se situait à la 5ème place européenne. Le Royaume-Uni est largement en tête avec près de 1.400 milliards, suivi de l’Irlande (840 milliards), des Pays-Bas (814) et de l’Allemagne qui, avec 790 milliards investis est un peu au dessus de l’Hexagone. Compte tenu de la taille de son économie, la France n’est donc pas un pays spécialement attirant.

Cette attractivité médiocre est-elle récente ? Si l’on compare les périodes 2005/2010 et 2011/2016, les grands pays d’Europe ont vu baisser leurs flux entrants d’investissements étrangers. Mais ce recul n’a été que de 21% en ce qui concerne la France, contre une baisse de 40% pour le Royaume-Uni et de près de 50% pour l’Allemagne.

En fait la période récente a été marquée par l’explosion des investissements étrangers en Irlande qui ont été multipliés par neuf. Car ce petit pays, très marqué par la crise financière de 2008 a su rebondir de façon spectaculaire en multipliant notamment les cadeaux fiscaux.

Notons que l’Espagne, malgré l’impact de la crise, continue d’accueillir davantage d’investissements étrangers que la France. Cette dernière, en flux d’investissements de 2011 à 2016, n’occupe toujours que la 5ème place européenne, bien qu’elle soit passée devant l’Allemagne.

… mais dont le rayonnement économique mondial progresse

Si l’on considère à présent l’investissement direct de la France à l’étranger, le pays fait meilleure figure. Toujours selon l’OCDE, à 1.260 milliards de dollars de stock d’IDE fin 2016, elle occupe la 7ème place mondiale et la 4ème place européenne derrière le Royaume-Uni (1.430 milliards), les Pays-Bas (1.393) et l’Allemagne (1.335) et son retard sur le Royaume-Uni est cette fois réduit.

Surtout, depuis 2005, la France a multiplié par deux son stock d’IDE à l’étranger contre une hausse de 60% pour l’Allemagne et de seulement 16% pour le Royaume-Uni.

Un impact réduit sur l’emploi et l’investissement total

L’investissement étranger représente une faible part des créations d’emplois dans les grands pays de l’Union. L’IDE a ainsi créé 17.000 emplois en 2016 en France, soit à peine 9% du total des 191.000 emplois créés cette année là. Même si l’on ajoute les emplois sauvegardés grâce aux investissements étrangers, on arrive à 15% des créations d’emplois.

Ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est que l’investissement étranger représente une faible part du total des investissements intérieurs des grandes économies : sur la période 2012 à 2016, 5,5% en France, 4% en Allemagne.

En revanche, l’IDE a représenté 36% de l’investissement aux Pays-Bas et plus que la totalité de l’investissement en Irlande et au Luxembourg. Ce qui signifie que, dans ces pays, les capitaux étrangers prennent la place des capitaux nationaux.

L’effet très relatif des politiques économiques

On a tendance à penser que plus une politique économique est libérale et moins disante fiscalement (a priori l’apanage des politiques conservatrices), plus les investissements étrangers affluent.

Mais, si tant est que les politiques de droite y sont plus « business friendly », on ne peut pas dire que cet axiome se vérifie en France. Car le pays a davantage attiré de capitaux sous le quinquennat du socialiste Hollande – 162 milliards de dollars – que sous celui du conservateur Sarkozy – 130 milliards.

Donc, il est loin d’être certain que le volontarisme macronien parvienne à dynamiser l’investissement étranger dans l’Hexagone. D’ailleurs, les quelques 3,5 milliards d’euros d’IDE annoncés récemment pour les prochaines années sont peu de chose par rapport aux flux moyens annuels qui émanent de plusieurs centaines d’entreprises.

Reste que le bon résultat affiché par la France en 2017 représente un plus de 10% de l’investissement total. Cela a sans nul doute concouru à l’accélération de la croissance de l’Hexagone l’an dernier.

(*) Conférence des Nations Unies sur le Commerce Et le Développement
(**) Organisation de Coopération et de Développement Economique

 


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