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Dépendance : la France manque de bras pour ses personnes âgées

jeudi, 15 février, 2018 - 11:43

La fronde des hôpitaux pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) traduit l’exaspération des personnels en sous-effectifs. Chez nos voisins, ces établissements connaissent des problèmes mais ils sont plus accessibles. Pays-Bas et Scandinavie restent des modèles.

Le 30 janvier dernier, les personnels des établissements hospitaliers pour personnes âgées dépendantes (les EHPAD) se sont mobilisés dans toute la France pour protester contre la détérioration de leurs conditions de travail.

Face à l’accroissement de la population âgée et de la demande de prise en charge, l’insuffisance des effectifs entraine une dégradation des soins prodigués qui frise parfois – dixit les personnels eux-mêmes – la maltraitance.

En France, sur plus de 12 millions de personnes âgées de plus de 65 ans, 2 à 3 millions sont considérées comme dépendantes à des degrés divers.

Sur ce nombre, 1,3 million perçoivent une allocation personnalisée d’autonomie (APA) et environ 730.000 sont hébergées dans des établissements pour personnes âgées : simples foyers d’accueil ou établissements hospitaliers pour personnes âgées – les fameux EHPAD – ou encore des unités de soins de longue durée dans les hôpitaux.

Le Bénélux en pointe sur le taux d’hospitalisation…

Toutes ces unités de soin à long terme accueillent environ 6% de la population française âgée de plus de 65 ans, majoritairement des femmes. Ailleurs en Europe, la situation est variable à cet égard.

Plusieurs pays, en particulier l’Allemagne ou la Scandinavie, privilégient beaucoup les soins à domicile. Reste que la France tient une position médiane en matière de personnes âgées hébergées.

Certains pays hospitalisent plus – 7 à 8% des plus de 65 ans en Belgique, Suisse ou Pays-Bas, d’autres moins, autour de 4% comme au Royaume-Uni ou en Allemagne.

… et les capacités d’accueil

Si l’on considère le nombre de lits en soins longue durée pour 1000 habitants de plus de 65 ans, la France se place – avec 56 lits pour 1000 – un peu devant l’Allemagne et assez nettement devant le Royaume-Uni, l’Espagne et même le Danemark qui tournent autour de 47 lits pour 1000.

En revanche, les capacités de la plupart des pays du nord sont bien supérieures à celles de la France. La Belgique atteint ainsi 72 lits pour 1000 et les Pays-Bas 87. Cela dit, la France n’a pas tellement de problème de capacités d’accueil en termes d’hébergement et de lits. En revanche, les personnels soignants et aidants disponibles y sont en sous-nombre.

Sous effectifs en France dans les EHPAD et dans les pays du sud

Pour 100 Français de plus de 65 ans, on compte 3,5 employés du secteur des soins longue durée. C’est mieux que dans les pays du sud, mais c’est beaucoup moins bien qu’au Royaume-Uni, au Danemark ou en Finlande ou le ratio dépasse 6%. Et l’on est très, très loin des près de 10 employés pour 100 habitants de la Suède.

Si l’on compare le nombre d’employés par rapport au nombre de résidents dans les EHPAD français, on est à moins de 60 employés pour 100 résidents en France. En Allemagne, il y a un employé pour un résident. La différence est donc très significative.

Le sous effectif français est aggravé par le fait que l’application des 35 heures a beaucoup désorganisé le fonctionnement de l’hôpital dont certains personnels pouvaient prétendre à 30 jours de RTT par an. Depuis deux ans, les accords d’établissement se sont multipliés mais les conséquences se font encore sentir. Enfin, le personnel hospitalier est lourdement accaparé par les tâches administratives.

Deux fois plus de moyens en Suède

La France dépense 9 milliards d’€ par an pour ses établissement d’hébergement des personnes âgées et environ 35 milliards pour tout ce qui touche à la dépendance, soit 1,7% du PIB. C’est un peu plus qu’au Royaume-Uni (1,5%) ou en Allemagne (1,3%) et nettement plus que dans les pays du sud.

Mais là aussi, les pays scandinaves font beaucoup mieux, la Suède consacrant même plus de 3% de son produit national à la dépendance. Pas étonnant qu’au nord de l’Europe, les résidents âgés soient si bien lotis.

Un reste à charge très lourd en France…

En France, le séjour en EHPAD est très onéreux. Le forfait hébergement auquel s’ajoute le forfait dépendance coûte, selon les établissements, de 2000 à 3300 € par mois (et parfois plus).

Si l’on déduit l’APA dont bénéficient beaucoup de gens, le reste à charge moyen tourne autour de 2500 €, ce qui excède de beaucoup les capacités financières d’une grande majorité de retraités. Les familles sont donc mises largement à contribution.

D’où le débat récurrent sur l’ajout d’un nouveau pilier dépendance intégré au système de la sécurité sociale. Une telle assurance dépendance obligatoire existe déjà aux Pays-Bas et en Allemagne où elle allège de moitié les charges d’hébergement et d’assistance pour les familles. Outre Rhin, le reste à charge est pourtant élevé, beaucoup plus qu’en Belgique ou il est inférieur de près de moitié à ce qu’il est en France.

… mais léger en Scandinavie

En Suède et au Danemark, l’Etat prend en charge l’essentiel des dépenses tandis qu’en Finlande, la contribution personnelle est limitée à 85% des revenus du résident-retraité, les reste étant pris en charge par les communes.

Enfin, en Angleterre, les soins personnels autres qu’infirmiers sont pris en charge sous condition de ressources mais, en Ecosse, la prise en charge est automatique et intégrale.

La comparaison n’est donc pas à l’avantage de l’Hexagone. Les conditions d’hébergement y sont correctes et les soins médicaux de qualité. Mais l’accompagnement des personnes âgées et leur condition de vie y sont plus que médiocres sans compter que l’addition est très douloureuse pour les résidents et leur famille.


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