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RDC : le régime de Kabila au bord du gouffre

jeudi, 15 février, 2018 - 11:58

C’est une affaire symbolique, mais qui révèle l’impasse dans laquelle s’engouffre la RDC. Depuis près d’un an, la dépouille d’Etienne Tshisekedi, opposant historique au président Kabila, est bloquée à Bruxelles. Elle est en attente d’un rapatriement. Malgré l’hommage rendu par des centaines de milliers de Congolais, les tractations entre sa famille et  Kinshasa, sont au point mort. Pourtant, le régime avait promis d’appuyer l’organisation de funérailles nationales. Une situation qui cristallise les tensions, alors que la répression envers l’opposition s’accentue depuis le début de l’année.

Répression violente et opposants à Kabila persécutés

Organisée autour du Rassemblement, regroupement de plusieurs partis politiques anti-Kabila, l’opposition réclame l’organisation d’élections présidentielles prévues depuis plus d’un an. Foulant au pied l’accord de la St Sylvestre, qui prévoyait la tenue d’élections fin 2017, Kabila a annoncé que le scrutin présidentiel aurait lieu fin 2018.  Ses opposants, partisans d’une alternance politique, estiment l’accord bafoué. La colère populaire enfle en ce début d’année, et les manifestations se multiplient, notamment à Kinshasa. Le 21 janvier dernier, six personnes auraient trouvé la mort lors d’un rassemblement organisé par un collectif proche de l’Eglise. Force neutre du pays mais favorable à l’organisation rapide de nouvelles élections. Les observateurs de la mission des Nations Unies (Monusco) accusent la police du régime d’avoir ouvert le feu sur le cortège, et procédé à une centaine d’arrestations.

Le leader de l’opposition, Moïse Katumbi, est également attaqué par le pouvoir. Contraint de s’exiler après une condamnation dans une sombre affaire de spoliation immobilière instrumentalisée par le régime, il est la cible de campagnes médiatiques elles aussi orchestrées par le camp présidentiel. De l’aveux même de la juge instruite de cette affaire, des pressions du pouvoir en place seraient intervenues.

Le favori des sondages a ainsi été accusé de fomenter un coup d’Etat en recrutant des miliciens américains. Des rumeurs furent lancées sur sa nationalité. Régulièrement, des affirmations sur une supposée désunion du Rassemblement sont relayées par les médias locaux. Cependant Katumbi reste décidé à militer pour l’organisation d’élections et est toujours considéré comme le candidat légitime par une grande partie de la population et par les différents partis d’opposition. Comme le note Pierre Broisselet dans Jeune Afrique, Katumbi est le « seul à rassembler des soutiens aussi divers, du petit peuple aux investisseurs étrangers en passant par certains diplomates occidentaux. » 

Pression internationale

Les instances européennes sont également au premier rang pour tenter d’amener le régime à accepter la mise en place ce scrutin. Seulement, comme pour les relations avec l’opposition, l’inflexibilité du pouvoir semble pour l’heure empêcher toute solution diplomatique.

Le 10 janvier, la Belgique historiquement liée au Congo, avait déjà rompu ses relations bilatérales avec le régime de Kabila. Le 29 janvier le pays a également rappelé son ambassadeur à Kinshasa.

Les députés européens ont eux aussi voté un texte très critique, le 17 janvier. « Seules des élections crédibles constitueront un moyen de sortir de la crise », a affirmé le Parlement Européen. Tout en invitant « l’Union européenne à  subordonner tout  financement  électoral à la mise en place, par le gouvernement congolais,  de mesures concrètes démontrant la volonté politique manifeste d’organiser les élections  le 23 décembre 2018, y compris, notamment, la publication d’un budget électoral réaliste  ainsi que de garanties relatives  à l’ ensemble des droits fondamentaux et des libertés pour  tous les partis politiques et les organisations de la société civile. » Katumbi assoit sa stature d’homme présidentiable en s’imposant sur la scène internationale. Il assistait au forum économique mondial à Davos et au sommet de l’UA où il rencontrait les responsables de la MONUSCO.   

Les députés ont également invité la Cour pénale internationale (CPI) à ouvrir une enquête sur les répressions commises au Kasaï. Celles-ci pourraient être classées comme crimes contre l’humanité.

L’ONU est aussi intervenue le 4 février. Le Comité des sanctions de l’ONU a ajouté 4 militaires congolais à la liste noire de l’organisation. Ils sont accusés de représenter une « menace pour la paix, la stabilité et la sécurité » en RDC.

Escalade des tensions

En réponse à cette pression internationale, le gouvernement a fait fermer le dispositif Maison Schengen sur son territoire. Il s’agit d’un consulat de l’UE géré par Bruxelles, pour le compte de 17 pays membres et de la Norvège.

Le régime a également annoncé le 5 février qu’il fermait le consulat congolais d’Anvers. Il a enjoint la Belgique à faire de même pour l’un de ses consulats situés en RDC.

Des mesures de rétorsion ont également été prises à l’encontre de Brussels Airlines. La compagnie voit le nombre de fréquences hebdomadaires qui lui étaient allouées réduit de quatre à sept.

La situation est donc délicate. Tout laisse à croire qu’une escalade est possible. A l’intérieur du pays avec l’opposition, mais aussi à l’extérieur avec des relations diplomatiques chaque jour plus tendues. Kabila semble s’enfoncer un peu plus dans un système répressif paranoïaque donnant tous les gages d’un tyran en fin de parcours.

 

 

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