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L’Europe centrale fait-elle encore partie de l’Union Européenne ?

mardi, 27 février, 2018 - 12:57

Par  admin

Les tensions sont de plus en plus vives entre Bruxelles et les pays du « V4 », au point que l’on se demande s’ils font encore partie de l’Union Européenne.  Travailleurs détachés, migrants et aujourd’hui, contrôle de la traçabilité des cigarettes : la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie et la République tchèque restent à la marge.

Le groupe de Visegrád (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie) a-t-il encore une raison d’être ? Ses racines remontent à l’an 1334, lorsque les rois de Bohême, de Pologne et de Hongrie se sont rencontrés dans la ville hongroise de Visegrád pour créer une alliance anti-Habsbourg.

Six siècles et demi plus tard, en 1991, ils ont renouvelé leur partenariat afin d’élaborer une stratégie pour accéder ensemble à l’Union européenne et intégrer l’Otan après la chute de l’empire soviétique. C’est désormais chose faite, comme chacun sait. Les quatre pays ont rejoint un projet autrement plus ambitieux et, du moins théoriquement, plus rassembleur que leur ancienne alliance : l’Union Européenne. Si bien qu’on se demande si leur alliance historique est encore nécessaire.

Et c’est là que le bât blesse. Les pays du « V4 » semblent, depuis quelques années, s’engager sur un chemin qui les éloigne non seulement de Bruxelles, mais aussi des principes et valeurs qui sont à l’origine de l’Union. En 2016, le chef de la diplomatie luxembourgeoise, Jean Asselborn, est allé jusqu’à proposer d’exclure la Hongrie de l’Union, et ce « au plus vite ».

« Nous voulons une meilleure Europe, pas « plus d’Europe » ou « moins d’Europe » », se défendent pourtant les dirigeants des pays concernés. Vicktor Orbán déclarant même ne pas vouloir d’une société mélangeant les cultures chrétienne et musulmane. Il n’empêche. On les appelle partout les « pays dissidents » et le président français n’a pas hésité à fustiger l’attitude de certains membres de l’Europe de l’Est qui « trahissent » par une « approche cynique de l’Union qui servirait à dépenser les crédits sans respecter les valeurs ».

Industrie du tabac versus lutte antitabac

Les intérêts de V4 divergent de ceux du reste de l’UE. Il en veut pour preuve les récentes dissensions autour de la régulation du tabac au sein de l’Union. La Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac prône l’instauration d’un régime mondial de suivi et de traçabilité en toute indépendance des producteurs de tabac. Mais la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque ont de très nombreuses usines de production de cigarettes sur leur territoire. De ce fait, ils rechignent à imposer aux industriels du tabac de nouvelles mesures contraignantes qui pourraient, craignent-ils, les conduire à délocaliser leurs appareils de productions dans d’autres pays.

Or, selon l’OMS, les pays qui ont mis en place un système complet de suivi et de traçabilité, avec un contrôle total de la chaîne logistique par les autorités publiques, « constatent un recul du commerce illicite et une augmentation des recettes ». Le trafic illégal de tabac se traduit par un manque à gagner estimé à 20 milliards d’euros à l’échelle européenne et constitue en outre un danger pour la santé des citoyens.

Ligne dure face aux migrants

Leur vision de l’Union Européenne est connue. La Hongrie, la Pologne, la Slovaquie et la République tchèque sont en effet « attachés à une Europe qui les finance bien », comme le rappelle Les Echos. Ils défendent vigoureusement le marché unique et les quatre libertés qui vont avec, en particulier la liberté de circulation des personnes. Cohérents, ils sont « farouchement opposés à la réforme de la directive européenne sur les travailleurs détachés destinée à lutter contre le dumping social en garantissant aux travailleurs détachés dans un autre pays de l’UE le même salaire que les locaux », souligne le quotidien économique.

Mais voilà que leur principal sujet fédérateur n’est autre que la défense d’une ligne « dure » face aux migrants. En 2015, ils ont refusé la politique de répartition par quotas proposée par la Commission. Ils ont fermé leurs frontières et coupé la « route des Balkans ». Face aux critiques, ils ont préféré souligner la « solidarité » dont témoignait leur geste : « les Autrichiens et les Allemands peuvent désormais dormir tranquilles », avait déclaré le Premier ministre hongrois, l’ineffable Viktor Orbán.

Second grand sujet d’accord au sein du groupe : le souverainisme. Pour les leaders du V4, l’idée de souveraineté nationale est sacrée. Ils estiment en particulier que les parlements nationaux devraient avoir le dernier mot dans le processus législatif européen et que le poids des chefs d’Etat devrait être renforcé au détriment du Conseil européen.

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