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Les cheminots européens recourent aussi à la grève

mercredi, 21 mars, 2018 - 12:13

36 journées de grève intermittente s’annoncent à la SNCF pour les trois prochains mois. En Allemagne, Grande-Bretagne, Belgique ou Italie, les cheminots n’hésitent pas non plus à cesser le travail sans toutefois que les conflits s’y éternisent comme en France.

Marquée par les manifestations des fonctionnaires et des travailleurs du secteur public, la journée de jeudi verra les usagers du train subir de nouvelles perturbations puisque le syndicat Sud Rail a déposé un préavis de grève à la SNCF.

Mais ce sont surtout 36 jours de grèves intermittentes qui les attendent du 3 avril au 28 juin. Objectif des syndicats : peser sur la négociation de la réforme de la SNCF dont la mesure la plus contestée est la suppression du statut de cheminots pour les futures embauches.

La France est-elle décidément la spécialiste européenne des conflits sociaux durs, en particulier dans le secteur du transport ferroviaire ? Ce qui est sûr, c’est que le nouveau conflit à la SNCF et un conflit majeur, sans préjuger bien sûr de son dénouement.

Le plus long conflit depuis un demi-siècle

36 jours de grève des cheminots annoncés, même par intermittence, c’est du jamais vu en France. Si on laisse de côté les grands mouvements sociaux d’ampleur générale de 1947 et de 1968, aucune grève de la SNCF n’a duré autant jusqu’à maintenant.

Ainsi, le trafic a été perturbé une dizaine de jours en 2016 lors du mouvement contre l’élaboration d’un cadre social du ferroviaire et la première loi travail ; dix jours également de conflit en 2014 contre la réforme ferroviaire ; 23 jours en 1995 contre la fin des régimes spéciaux ; et enfin 29 jours – c’était jusque-là le record absolu – durant l’hiver 1986/87 contre le salaire au mérite.

2014-2015 : grèves à répétition en Allemagne

Pour ne parler que des années récentes et des pays à forte tradition « cheminotte », il n’y a pas eu chez nos voisins de conflits aussi prolongés.

Mais on serait dans l’erreur en pensant que les grèves de trains n’existent qu’en France. Ainsi, en 2014-2015, la Deutsche Bahn allemande a-t-elle connu des conflits à répétition, pas moins de 8 grèves dont deux de six jours, le puissant syndicat des conducteurs GDL s’étant battu avec acharnement pour conserver sa représentativité contestée.

Le calme est revenu depuis, GDL ayant accepté de recourir à l’arbitrage et non plus à la grève jusqu’en 2020.

Mouvements récurrents en Italie

Le plus ancien groupe ferroviaire d’Europe, Ferrovie dello Stato, et son opérateur Trenitalia subissent des conflits récurrents souvent motivés par des protestations contre des réformes sociales globales mais aussi des mouvements à l’échelle régionale pour soutenir des revendications spécifiques.

Ainsi, en 2017, les cheminots ont cessé le travail 24 heures à cinq reprises au niveau national et il faut y ajouter plusieurs grèves au niveau régional.

Notons que ces mouvements ne durent pas plus d’une journée et, s’ils sont perturbants, ils ne sont pas paralysants : les dispositions organisant un service minimum sont assez contraignantes en Italie où les trains doivent impérativement circuler aux heures de pointe en zone urbaine et les usagers doivent être prévenus des circulations disponibles dix jours à l’avance.

Un tel service minimum – consistant en France à exiger un prévis de grève d’au moins cinq jours et une déclaration des salariés grévistes 48 heures à l’avance – vient également d’être instauré en Belgique. La population s’y souvient encore des 24 journées de grèves qui ont entravé, tout au long de l’année 2016, la circulation des trains de la SNCB (société nationale des chemins de fer belges).

Trafic constamment perturbé outre-Manche depuis deux ans

On pourrait croire en revanche que les grèves n’affectent guère le secteur ferroviaire au Royaume-Uni où plus de dix opérateurs privés font rouler des trains sur un réseau redevenu public (et fiable).

Mais c’est faux ! Outre-Manche, les syndicats de cheminots sont combatifs. Depuis 2016, le service ferroviaire de très nombreuses lignes du pays est perturbé par des grèves ou des menaces de grèves qui concernent les principaux opérateurs que sont CrossCountry, Abellio East Anglia, MerseyRail, Virgin Trains et Govia Thameslink (cette dernière compagnie étant une filiale à 35% de la SNCF).

Sur tous ces réseaux, la pomme de discorde porte un nom de lessive : « Doo », qui est l’acronyme de Driver Only Operation. En clair, il s’agit de confier aux conducteurs de trains le soin de surveiller la fermeture des portes au départ et de supprimer ainsi les contrôleurs traditionnels.

Un bras de fer à répétition qui précède ou suit les multiples séances de négociations entre syndicats et direction des compagnies.

Des conflits plus courts et plus « tactiques » qu’en France

On est évidemment loin de la question du statut des cheminots qui, on le sait, ne bénéficie plus qu’aux salariés du ferroviaire belges et français.

Mais qu’ils aient pour cause des questions purement corporatistes, comme en Allemagne ou en Angleterre, ou des questions sociales génériques, comme en Belgique ou en Italie, ces conflits ferroviaires ne s’éternisent jamais chez nos voisins comme ils le font chez nous.

Surtout au nord de l’Europe, la grève fait partie intégrante d’une tactique de négociation qui s’emploie au bon moment et par petites touches. En France, le combat tend à être frontal et la grève peut durer plusieurs semaines.

Le fait qu’elle s’annonce cette fois intermittente à la SNCF est peut-être le signe que la stratégie des syndicats français devient plus pragmatique. Nous verrons bientôt si elle est également payante…


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