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Risque de pauvreté : la France limite la casse, pas l’Allemagne

jeudi, 26 avril, 2018 - 09:32

Le système social français est parvenu à maintenir au même niveau le risque le risque de pauvreté depuis dix ans. Ce n’est pas le cas de l’Allemagne où plus des deux tiers des chômeurs sont menacés. A l’inverse, la précarité marque un recul au Royaume-Uni.

Ainsi que le traduit le phénomène persistant des sans abris, la montée de la pauvreté et de la précarité en France ne cesse de faire débat au moment où l’opposition de gauche mais aussi de droite à Emmanuel Macron dénonce une politique qu’elle juge trop favorable aux classes privilégiées.

Surtout depuis la crise de 2008-2009, le développement du travail partiel ou précaire, la montée du chômage des jeunes ou du chômage de longue durée devrait logiquement avoir pour effet d’accroître le nombre de personnes « en risque de pauvreté ».

Une notion correspondant, selon l’institut européen Eurostat qui mesure cette donnée, aux personnes disposant, après perception des transferts sociaux, d’un revenu inférieur à 60% du salaire médian national.

Le risque de pauvreté au sens d’Eurostat n’induit pas forcément l’état de pauvreté qui suppose, outre le revenu modeste précité, l’absence de toute aide provenant de l’entourage.

La France, bien placée, contient l’augmentation du risque…

A cet égard, la France est plutôt bien placée dans l’Union européenne puisqu’elle occupait en 2016 la 6ème position sur 28 avec un taux de risque de pauvreté de 13,6 %.

Deux pays nordiques et les Pays Bas font mieux ainsi que deux pays de l’Est, la Slovaquie et la République tchèque – champion européen avec un taux inférieur à 10%. En revanche, les grands voisins de la France sont plus mal placés avec des taux de 15,9% au Royaume-Uni, de 16,5% en Allemagne, de 20% en Italie et de 22% en Espagne.

… qui a diminué au Royaume-Uni et s’est accru en Allemagne…

Pour l’ensemble de l’Union, le taux est passé de 16,5% en 2006 à 17,3% en 2016. S’il a diminué de plus de 3 points au Royaume-Uni, sa progression reste très limitée en France puisque l’on ne passe que de 13,2 à 13,6% en dix ans.

Une hausse plus marquée, de 2 à 3 points s’observe en Espagne, pays durement frappé par la crise, et en Suède où sont arrivés de très nombreux réfugiés.

Mais c’est en Allemagne que la progression du risque de pauvreté est la plus significative : à 12,5% de la population, le taux de risque de pauvreté y était inférieur à celui de la France en 2006 et il est désormais de 3 points supérieur même s’il tend à refluer un peu depuis deux ans. Or on sait que le taux de chômage s’est beaucoup plus réduit en Allemagne qu’en France.

… sous l’effet des réformes Schröder et de la vague migratoire

Comment expliquer cet apparent paradoxe allemand ? Depuis 2014, l’afflux particulièrement massif des réfugiés n’a bien sûr pas été sans impact sur le risque global de pauvreté dans le pays.

Mais de nombreux économistes voient dans ce phénomène une conséquence de long terme des réformes libérales menées sous le chancelier Schröder au début des années 2000. Des réformes qui ont durci les conditions de versement des allocations chômage et créé des emplois d’insertion très mal payés comme les mini-jobs.

Les chômeurs en première ligne

Cette thèse est spectaculairement étayée par les données concernant le risque de pauvreté chez les chômeurs. De très loin, ce risque est désormais le plus élevé d’Europe en Allemagne où il touche 71% des sans emploi contre 47% il y a dix ans.

C’est plus que dans plusieurs pays de l’Est, c’est nettement plus qu’en Espagne (49%), Italie ou Grande Bretagne (46%) et c’est sans commune mesure avec la France où la pauvreté ne menace que 38% des chômeurs.

Même s’il est important, le chômage dans l’Hexagone est bien indemnisé et la possibilité de cumuler les allocations chômage et certains revenus d’activité a permis de réduire en dix ans le risque de pauvreté des chômeurs français de 11%. Il y a dix ans, le risque de pauvreté des chômeurs français était supérieur de 2 points à ce qu’il était en Allemagne. Celle-ci est désormais en retard de 33 points sur la France !

Ce résultat mérite d’être toutefois un peu relativisé. Le taux de chômage très réduit de l’Allemagne tend à concentrer les chômeurs sur des populations déjà fragiles et marginalisées. En outre, le bas taux de chômage outre-Rhin fait que, en nombre de chômeurs concernés, France et Allemagne sont très proches.

Travailleurs pauvres : près de 1 sur 10 en Allemagne

La proportion de ceux que l’on appelle « les travailleurs pauvres » a augmenté dans toute l’Europe, sauf en Suède. Elle est très forte dans un pays comme la Roumanie (19%) et assez élevée en Espagne (13%) et en Italie (11%).

Mais, dans ce domaine encore, l’Allemagne compte une proportion non négligeable de travailleurs pauvres : 9,5%. C’est davantage qu’au Royaume-Uni (8,6%). Quant à la France, elle en compte moins de 8% et les pays du nord 5 ou 6%.

Il y a dix ans, la proportion de travailleurs pauvres était plus élevée en France qu’en Allemagne.

Des conditions de vie très variables

Outre le risque de pauvreté, qui fait appel à des critères de revenus, il existe plusieurs indicateurs de pauvreté. Entre autres, les mauvaises conditions de logements, toitures qui fuient, murs humides, chauffage insuffisant. 14% de Français sont concernés, soit moins que la moyenne européenne.

Cette fois, les Allemands sont un peu mieux lotis que nous mais les champions du logement confortable restent les Finlandais et les Suédois. Sans grande surprise, Italiens, Espagnols ou Britanniques sont moins bien logés que les Français mais c’est également le cas – et c’est bien plus surprenant – des Danois et des Néerlandais.

Autre indicateur, l’accès aux sanitaires, douches ou toilettes. Là, tous les pays d’Europe de l’Ouest fournissent cet accès à la quasi-totalité de leur population tandis que les pays d’Europe orientale (Roumanie, Bulgarie) sont très défavorisés.

En revanche, un indicateur très discriminant est celui des logements surpeuplés, en d’autres termes trop exigus. Français, Allemands, Espagnols, Anglais sont fort peu concernés. Mais les Suédois et, surtout, les Italiens sont respectivement 16 et 28% à l’être.

L’impact monétaire des politiques sociales

Sur tout ce qui touche aux conditions de vie, le niveau général historique de développement d’un pays ainsi que ses traditions culturelles entrent avant tout en ligne de compte.

En revanche, pour ce qui est des revenus, les politiques d’accompagnement social et l’aide apportée par la collectivité aux plus démunis paraissent déterminants.

A cet égard, le modèle social français paraît toujours efficace pour contrer la pauvreté monétaire.


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