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Occupation des sols : la France championne du bétonnage

vendredi, 11 mai, 2018 - 15:05

Pour l’Observatoire de la biodiversité comme pour Eurostat, la France compte la plus grande surface de sols artificialisés en Europe. Un phénomène qu’explique l’urbanisation très atomisée d’un pays qui, néanmoins, offre également les plus grandes surfaces agricoles et forestières de l’UE.

Il y a quelques jours, l’Observatoire national de la biodiversité publiait un indicateur inquiétant : celui de l’artificialisation du territoire. Autrement dit, les sols qui sont bâtis ou utilisés par l’industrie humaine par opposition aux sols naturels ou cultivés.

En 2015, le territoire français a encore perdu 56.000 hectares de terres naturelles et de zones agricoles, ce qui porte à près de 600.000 hectares les surfaces artificialisés depuis 10 ans. Des surfaces qui représentent désormais plus de 9% du territoire, ce qui pose des problèmes en termes de menaces sur la biodiversité ou de dégats causés par les inondations.

Les surfaces bétonnées s’étendent rapidement

Même si l’urbanisation ne date pas d’hier, l’artificialisation des sols a pris une ampleur territoriale nouvelle avec l’extension des zones péri-urbaines, y compris pour les petites villes qui voient se multiplier les zones commerciales et industrielles, sans compter l’accroissement spectaculaire du réseau et des aménagements autoroutiers.

Cette tendance est préoccupante dans la mesure où, sur toutes les surfaces à forte densité humaine, la biodiversité recule, coupant toujours plus l’homme de la nature avec des conséquences négatives multiples au niveau de la santé ou sur l’accentuation de comportements « non durables ».

En outre, l’artificialisation des sols entraine souvent leur imperméabilisation, ce qui accentue le ruissellement des eaux en cas de fortes pluies et aggrave les conséquences des inondations.

Une comparaison délicate

La comparaison internationale constitue pour les autorités responsables un indicateur de l’incidence environnementale respective des politiques suivies en matière d’aménagement du territoire et de développement économique.

Il est vrai que la comparaison des surfaces artificialisées est assortie d’un double biais : celui de l’étendue des territoires nationaux et celui de l’importance de la population. Aussi est-il préférable de comparer des pays à territoire et population en gros équivalents.

Signalons par ailleurs que l’institut européen Eurostat à une définition plus étroite que les agences françaises des sols artificialisés : il ne prend en compte que les sols « batis, revêtus ou stabilisés » alors que l’on y ajoute en France chantiers, terrains vagues, équipements de loisirs, espaces verts.

D’où le fait que l’Observatoire national de biodiversité français compte 9,4% du territoire artificialisé en 2015 alors qu’Eurostat avance pour la France le chiffre de 5,4%.

450 m2 de sol artificiel par Français, 320 en Allemagne

5,4% du territoire artificialisé, c’est plus que les 3,4% de l’Espagne dont la superficie du territoire représente les neuf dizièmes de celui de la France. En revanche, c’est moins que dans les autres grands pays voisins puisque les sols artificialisés représentent de 6,5 à 7,4% de leur territoire.

Mais ces pays ne disposent que de la moitié ou des deux tiers du territoire français. Donc, il vaut mieux comparer les surfaces artificialisées, ce qui permet de constater que la France est en réalité le pays le plus touché par le phénomène avec près de 30.000 km2 de sols artificiels contre 26.000 en Allemagne, 20.000 en Italie et 16.000 au Royaume-Uni.

C’est encore plus vrai si l’on rapporte ces chiffres à la population. Par habitant, on compte 450 mètres carrés de sols artificialisés en France mais seulement 320 en Allemagne, 240 au Royaume-Uni et pas plus que 300 m2 aux Pays-Bas qui est un pays pourtant exigu et très urbanisé.

Mini-communes et maxi-distribution

Si la France est championne du bétonnage, c’est qu’elle est le pays qui compte le plus grand nombre de petites communes en Europe, chacune de ces communes se livrant, vis-à-vis de ses voisines, à un véritable concours d’aménagements en termes de trottoirs, parkings et autres ronds-points.

D’autre part, l’Hexagone est également le royaume de la grande distribution et voit d’autant plus se multiplier les zones et sites commerciaux que l’urbanisation est très atomisée sur le territoire.

Plus de forêts que de terres agricoles

Cette artificialisation des sols n’empêche pas pour autant la France de rester un grand pays agricole puisque 29% de son territoire correspondent à des terres mises en culture, soit 160.000 km2.

La proportion est un peu plus élevée en Allemagne mais la surface cultivée n’y est que de 115.000 km2. Cette surface atteint respectivement 109.000, 103.000 et 75.000 km2 dans ces pays agricoles que sont l’Espagne, la Pologne et l’Italie.

L’Hexagone est également en tête en matière de cultures céréalières qui occupent 104.000 km2 contre 83.000 en Allemagne.

Sauf au Royaume-Uni et contrairement à ce que l’on pense généralement, ce sont pourtant les surfaces forestières qui occupent, dans les grands pays européens, la surface la plus importante des territoires, de 29% en Espagne à 35% en Pologne.

En superficie, là encore du fait de la taille de son territoire, la France l’emporte avec 166.000 km2 devant l’Allemagne, 120.000 et la Pologne 111.000. Notons que, dans ces trois pays, la forêt a gagné du terrain depuis 2009.

Un des seuls exemples de réduction de la surface forestière se trouve au Royaume-Uni, pays qui ne compte plus que 29.000 km2 de forêt, soit près de six fois moins que la France ! Il est vrai que le Royaume se rattrape un peu avec ses 88.000 km2 d’herbages mais cette surface reste inférieure aux 147.000 km2 d’herbages français.

Bref, bien que le béton progresse, la nature reste largement dominante en Europe. Mais le problème est que l’environnement quotidien de la majeure partie des populations est de plus en plus artificiel…


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