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Les syndicats français restent plus protestataires qu’ailleurs

mardi, 29 mai, 2018 - 15:38

Plusieurs syndicats ont appelé à la « marée populaire » de samedi dernier. Un rôle politique de confrontation avec le pouvoir malgré le faible taux de syndicalisation. Chez nos voisins, les syndicats sont plus centrés sur la défense des intérêts immédiats et concrets des salariés.

Avec environ 30.000 manifestants à Paris et 100.000 dans toute la France, la manifestation du 26 mai dernier n’a guère été la « marée populaire » que ses organisateurs annonçaient. Parmi ces derniers, plusieurs syndicats dont la CGT, la FSU, Solidaires (…) ont accepté de se joindre à un mouvement de protestation globale de nature très politique.

A côté d’un conflit classique comme la grève des cheminots, cette attitude repose la question du rôle joué par les confédérations syndicales en France et de leur représentativité en comparaison des réalités syndicales observées dans les autres pays européens.

Les syndicats français impliqués dans l’élaboration des règles

Question qui revient sans cesse : les syndicats français sont-ils particulièrement politisés ? Tout dépend de la signification que l’on donne à ce terme.

En France, les syndicats ne participent pas, comme c’est le cas dans plusieurs pays, à la définition des programmes des partis politiques. En revanche, depuis plus ou moins longtemps, les gouvernants sont tenus de les associer à l’élaboration des politiques touchant à la réglementation sociale.

C’est d’une part, le paritarisme – c’est à dire la cogestion par des représentants du patronat et des représentants des salariés des organismes chargés de gérer les modalités de perception et d’utilisation des cotisations chômage, retraite, formation.

Et puis, à côté de cela, il y a la loi sur la modernisation du dialogue social qui, depuis 2007, rend obligatoire la concertation avec les partenaires sociaux avant l’élaboration de toute loi relative aux relations de travail.

Italie, Espagne, Suède : un rôle politique en déclin

Mais ce rôle « politique » dévolu aux syndicats en France n’a pas véritablement son équivalent ailleurs. Chez nos voisins, si les syndicats peuvent être consultés ou amenés à prendre position sur les évolutions de la législation, leur rôle, pour l’essentiel, consiste à négocier avec le patronat, par branche ou par entreprise, l’évolution des salaires, les conditions ou la durée du travail, la formation… Ce que font bien sûr également les syndicats français.

Cela dit, en Espagne, des accords nationaux dits « inter-confédéraux » entre confédérations patronales et salariés, ont longtemps servi de base à la législation du travail mais ils ont perdu de leur importance. En Italie, des consultations tripartites (incluant le gouvernement) ont été menées et des pactes signés mais l’autonomie de décision gouvernementale n’a cessé de s’accroître au fur et à mesure que s’aggravait la désunion syndicale.

Un peu partout, en Suède notamment, la quasi-disparition des négociations centralisées au profit de négociations sectorielles a fait reculer le rôle politique et sociétal des syndicats.

Les syndicats allemands se focalisent sur les conditions de travail

En Allemagne, comme au Royaume-Uni, les confédérations ont été historiquement associées à la réflexion programmatique des partis de gauche, le Trade Union Congress (TUC) avec les travaillistes britanniques, le DGB avec les sociaux-démocrates allemands.

Mais, outre-Manche, les liens syndicats-partis se sont réduits pratiquement à néant avec l’avènement du « New Labour » de Tony Blair. En Allemagne, ces liens se sont distendus, surtout depuis la mise en œuvre au début des années 2000 des réformes libérales du chancelier social-démocrate Gerhardt Schröder adoptées malgré l’opposition des syndicats.

De nombreux syndiqués sont désormais plus proches du parti de gauche Die Linke, voire des Verts dont le président du grand syndicat des services Ver.di est membre. Fait symptomatique, l’instauration en Allemagne d’un salaire minimum généralisé a fait grincer des dents à nombre de syndicats attachés à l’autonomie tarifaire des branches d’activité.

Bref, très efficaces dans la défense des intérêts quotidiens des salariés (rémunération, primes, temps de travail…), les syndicats allemands sont devenus des spectateurs de l’élaboration des normes sociales générale.

Peu de syndiqués en France, beaucoup en Europe du nord

Et pourtant, ils comptent beaucoup plus de membres que les syndicats français. Ce qui n’est guère difficile : avec moins de 8% de taux de syndicalisation selon l’OCDE, la France est, mise à par l’Estonie, la lanterne rouge européenne à cet égard.

L’Allemagne, fait mieux – avec 17% – mais ce taux reste inférieur à la moyenne européenne et, surtout, on constate outre-Rhin un effondrement du taux de syndicalisation qui dépassait les 30% en 1990.

Et puis, on est très loin des chiffres record atteints dans les trois pays Scandinaves (67%), en Belgique (54%) et même en Italie (34%). Il faut dire qu’en Belgique et dans les pays du Nord, l’accès à certaines prestations sociales et au bénéfice des conventions collectives est réservé aux syndiqués.

Pas en France, où pourtant près de 98% des salariés du secteur non agricole sont couverts par une convention collective.

Porte-paroles des mécontents

A la différence de la plupart de nos voisins italiens, britanniques et surtout allemands où les grosses PME sont légions, le système productif français fait coexister quelques dizaines de grosses entreprises mondialisées avec une myriade de très petites entreprises.

Conséquence: des négociations salariales et sociales très effectives au niveau des grandes firmes, fort peu opératoires au niveau des petites et plutôt en déshérence au niveau des branches. Il s’ensuit que les confédérations syndicales n’ont pas la main en France sur les salaires et doivent se contenter de la « concertation sociale ».

Dernier point, faute d’une démocratie locale vivante et face à l’érosion rapide de la légitimité des gouvernements en place, les confédérations syndicales sont amenés à endosser naturellement, en France, un rôle de « porte-parole des mécontents » qui les rend peu à même d’infléchir les décisions gouvernementales.


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