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Minimas sociaux: La France n’est pas la mieux disante en Europe

vendredi, 22 juin, 2018 - 15:02

Sans y mettre un « pognon de dingue », l’Hexagone dépense beaucoup sur les minimas sociaux mais d’autres pays dépensent davantage. Quant aux prestations, elles sont souvent plus généreuses ailleurs.

Le président de la république a déclenché la semaine dernière une nouvelle polémique en martelant dans une vidéo que l’on mettait « un pognon de dingue dans les minimas sociaux ». Le débat n’est pas nouveau en France entre ceux qui dénoncent la « culture de l’assistanat » et ceux qui s’inquiètent de la montée de la pauvreté.

Protection sociale : la France dépense le plus en Europe

Dans ce contexte, la question du combien d’argent pour quels résultats se pose. Selon les chiffres de 2015, les dépenses de protection sociale dans leur ensemble représentaient en France 750 milliards d’euros, soit 34% du PIB.

Les 4/5èmes de ces dépenses correspondent à la couverture des grands risques que sont la maladie, les retraites et le chômage et sont financés par les cotisations des employeurs, des salariés, des indépendants et des retraités. C’est en quelque sorte, le volet sécurité.

S’y ajoute un volet assistance concernant la famille, le logement, l’emploi. Enfin, il y a le volet de pure solidarité visant les personnes fragilisées en risque d’exclusion sociale : c’est ce que l’on appelle les « minima sociaux ».

Les dispositifs sont nombreux mais quatre minima représentent 95% du total des sommes dépensées: il s’agit dans l’ordre du Revenu de solidarité active (RSA), de l’Allocation adulte handicapé (AAH), de l’Allocation de solidarité pour les personnes âgées (ASPA), plus connue sous le nom de minimum vieillesse et enfin l’Allocation de solidarité spécifique (ASS) pour les chômeurs en fin de droit.

3,6 millions personnes bénéficient de ces allocations financées par la fiscalité. Et cela pour un coût de 27 milliards d’€ en 2015, soit 3,6% des dépenses totales de protection sociale.

Dans ces conditions, le président peut-il à juste titre parler de « pognon de dingue » ? En la matière, tout est évidemment relatif. La question est : dépense-t-on en France davantage qu’ailleurs pour l’assistance et pour quelle efficacité ?

Les comparaisons européennes sont assez compliquées car les pays de l’Union comptabilisent différemment les aides. La France est bien championne d’Europe des dépenses de protection sociale par rapport à son produit national brut avec, on l’a vu, 34%.

Elle est suivie de près par le Danemark tandis que 5 autres pays dépassent les 30% : Pays-Bas, Belgique, Finlande Autriche et Italie. L’Allemagne n’est qu’à 29%, le Royaume-Uni à 27, l’Espagne à 25.

Mais beaucoup de paramètres jouent en la matière et il est plus intéressant de comparer les minimas sociaux, ce qu’Eurostat qualifie de prestations contre le risque d’exclusion sociale.

Minima sociaux : Danemark et Pays-Bas en tête pour la dépense…

Dans ce domaine, la France dépense, comme la Suède, 0,9% de son PIB dans les minima sociaux, soit beaucoup plus que l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne qui n’y consacrent que 0,2 à 0,3% de leur richesse.

Elle dépense un peu plus que le Royaume-Uni, la Finlande ou la Belgique qui sont à 0,7/0,8% du PIB. En revanche, l’Hexagone dépense moins que les Pays-Bas (1,2% du PIB) et surtout nettement moins que le Danemark, champion d’Europe avec 1,5% du PIB.

… et le niveau des prestations

Ces deux pays sont également généreux au niveau des prestations versées. Comme en Allemagne ou en Finlande, il n’y a pas d’allocation spécifique vieillesse au Danemark et aux Pays-Bas mais une garantie de ressource minimum qui s’adresse à la population.

Celle-ci est élevée au Danemark, puisqu’elle atteint 1.390 € mensuels. Quant au montant de 1.173 € versé aux Pays-Bas, il est beaucoup plus haut que les 833 € du minimum vieillesse pour une personne seule en France. Et ce montant est également supérieur à l’allocation handicap de 811 € et surtout au RSA, plafonné à 550 €.

Plus intéressant, certains pays dépensant moins que la France en aides sociales se montrent néanmoins plus généreux. C’est par exemple le cas de la Belgique qui offre aux personnes âgés démunies une retraite de 1.220 € par mois.

Minima plutôt faibles dans le sud…

Suède et Royaume-Uni dépensent un peu moins que l’Hexagone mais indemnisent également moins les retraites minimum, autour de 750 € mensuels. Auxquels il faut ajouter, outre-Manche une allocation de soutien pour les « inaptes au travail » de 300 à 500 € par mois.

Espagne et Italie offrent également des minima vieillesse nettement plus réduits (640 et 510 € respectivement) mais consacrent à ces minima, notons le, quatre fois moins d’argent que la France.

Et puis, en attendant d’instaurer un revenu universel, l’Italie a créé l’an dernier un revenu d’insertion proche du niveau du RSA français mais qui ne permet pas encore de couvrir toutes les personnes concernées. En Espagne, le revenu d’insertion, versé par les régions, varie de 300 à 650 € mensuels.

… et en Allemagne

En Allemagne, le revenu d’insertion instauré par la loi Hartz IV n’est que de 416 € mensuels pour une personne seule. Mais il peut être versé à plusieurs personnes d’un même foyer, en particulier les enfants. Et dès l’âge de 15 ans, tout Allemand vivant seul peut prétendre à une allocation de 316 €.

Contrairement à la France, de nombreux pays offrent d’ailleurs un revenu minimum à tous les jeunes dès 18 ans même s’ils ne travaillent pas encore. Ces revenus peuvent atteindre 850 ou 900 € par mois en Belgique et au Danemark.

La comparaison montre donc que l’Hexagone n’obtient pas des résultats extraordinaires par rapport aux dépenses engagées. Certains pays font presqu’aussi bien en dépensant beaucoup moins, d’autres font bien mieux en dépensant un peu plus.

En fait, une simplification du système permettrait sans doute de faire mieux sans dépenser plus. Sans aller jusqu’à proposer un revenu universel, 13 départements français se proposent ainsi d’expérimenter sur 20.000 personnes de plus de 18 ans éligibles au RSA l’allocation d’un revenu de base de 530 € mensuels. C’est sans doute une première piste.


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