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Christopher Portier, l’homme qui murmurait à l’oreille des activistes

mercredi, 11 juillet, 2018 - 16:19

Scientifique le jour, activiste la nuit, le rôle du professeur Christopher Portier, principal héraut de la bataille médiatique à l’encontre du glyphosate, continue d’alimenter les enquêtes journalistiques outre-Atlantique.

Il est à nouveau dans la tourmente. Des mails dévoilés par le journal Politico dans le cadre d’une déposition de Monsanto devant les tribunaux américains suggèrent une coordination étendue entre Christopher Portier et Daniel Boese, un militant chevronné d’Avaaz, l’une des ONG les plus mobilisées pour l’interdiction du glyphosate dans l’Union européenne.

Datés de juillet à décembre, les mails ont été soumis à un tribunal de New York par les avocats de Monsanto. Dans un des messages, M. Boese demande à M. Portier d’écrire aux journaux pour exprimer son avis sur la couverture du glyphosate. Dans un autre, M. Boese conseille au statisticien de se rendre aux points de presse organisés à Bruxelles afin que les journalistes puissent être briefés « par quelqu’un ayant une formation scientifique ».

Pour les avocats de Monsanto, ces échanges prouvent que M. Portier « avait une correspondance importante avec le personnel d’Avaaz et qu’Avaaz et le Dr Portier ont coordonné des attaques publiques sur le glyphosate en Europe pour tenter de dissuader l’Union européenne de réautoriser le glyphosate ».

 

160 000 dollars d’honoraires

Ce n’est pas la première fois que Christopher Portier est mêlé à une affaire de conflit d’intérêts. Salarié de l’Environment Defense Fund, une ONG américaine qui milite contre les pesticides, il est également lié au consortium Health and Environmental Alliance (HEAL), un regroupement d’associations américaines qui soutiennent l’initiative « stop glyphosate ».

Selon des documents dévoilés par la justice américaine l’an dernier, Christophe Portier a touché environ 160 000 dollars d’honoraires sur deux ans pour collecter des informations scientifiques afin de préparer une plainte collective contre Monsanto. Des révélations qui contrastent avec ses déclarations sur un site d’informations agricoles en 2016 : « Personne ne m’a payé un centime pour faire ce que je suis en train de faire avec le glyphosate. Je n’ai aucun conflit d’intérêts », assurait-il à l’époque.

 

Christopher Portier vs EFSA

Sous le feu des critiques, le statisticien allègue aujourd’hui que l’argent qu’il a reçu des avocats anti-glyphosate est sans rapport avec son ancien poste au CIRC, et que ces rémunérations ne remettent nullement en cause la validité scientifique des conclusions de l’agence.

De nombreux chercheurs estiment cependant que le comportement de M. Portier correspond davantage à celui d’un lobbyiste rémunéré qu’à celui d’un homme de science. Les conclusions du CIRC sont de leur côté contredites par toutes les agences internationales ayant évalué le glyphosate, en particulier l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA), l’Agence française de sécurité sanitaire (Anses) ou encore la Réunion mixte de la FAO et l’OMS sur les résidus de pesticides (JMPR). Cela n’empêche pas Portier de poursuivre sa croisade contre le glyphosate, mais aussi contre l’EFSA en particulier.

Car au-delà des attaques contre le pesticide, un article fleuve du site Politico décrit un homme obsédé par son combat à l’égard de l’EFSA. Il est en cela rejoint par le CIRC :  l’agence de santé a refusé de rencontrer les agences européennes pour débattre des trouvailles scientifiques contradictoires, et ce malgré les appels de pied répétés du chef de la santé européenne Bernhard Url à Christopher Wild, le patron du CIRC.

Une attitude partagée par le Dr Portier, qui aura jusqu’au bout refusé de partager les résultats d’une contre-étude qui aurait invalidé les travaux de l’EFSA. Au plus fort de la tourmente du glyphosate, le professeur activiste a préféré garder ces derniers pour lui.


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