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En Europe, le glyphosate continue de nourrir les débats

lundi, 21 mai, 2018 - 10:48

Les Européens peinent à se mettre d’accord. Alors que l’écrasante majorité d’études scientifiques exonèrent le glyphosate, le militantisme de certains chercheurs fait hésiter les décideurs politiques.

Le Conseil fédéral suisse a adopté le 9 mai 2018 le rapport établi par l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires. Ce rapport va dans le sens des autres études sur le sujet en estimant que « les résidus de glyphosate dans les denrées alimentaires analysée ne présentent pas de risque de cancer».

L’Allemagne, de son côté maintient une position qui ne cesse de dérouter ses partenaires. Alors que son vote avait été décisif en novembre, lors du renouvellement de l’autorisation de l’herbicide pour cinq ans, le pays est aujourd’hui en train de finaliser un projet de loi « mettant fin à l’utilisation du désherbant glyphosate dans les jardins particuliers, les parcs et les installations sportives, et instaurant des limitations « massives » pour son utilisation dans l’agriculture », selon les déclarations de Julia Kloeckner, ministre allemande de l’Agriculture.

Il faut dire que le sujet ne cesse de diviser les gouvernements européens. Alors que le président français avait promis que le glyphosate serait interdit dans l’Hexagone à l’horizon 2020, le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, a dû revenir sur l’engagement présidentiel. « Je ne suis pas buté et personne ne doit être enfermé dans une impasse : si dans un secteur particulier ou une zone géographique, certains agriculteurs ne sont pas prêts en trois ans, on envisagera des exceptions », a-t-il expliqué en février au Journal du dimanche.

De son côté, un rapport de la mission parlementaire sur les pesticides prône la limitation de l’interdiction du glypohsatetout en insistant sur la nécessité d’améliorer la prévention et l’information sur les dangers liés aux pesticides.

« Aucun lien entre le glyphosate et le cancer »

Le débat est tout aussi vif outre-Manche. Le ministre britannique de l’Environnement, Michael Gove, s’est récemment dit favorable à l’utilisation du glyphosate dans le Royaume-Uni après le Brexit. « Nous reconnaissons que le glyphosate est un outil indispensable pour la culture en TCS ou semis direct. Tant que la science justifiera son utilisation continue, je plaiderai en faveur de son utilisation continue », déclarait-ilen février, lors de la conférence de la National Farmers’ Union à Birmingham.

Si pour le ministre, les régions britanniques vont avoir plus d’autonomie dans en politiques agricoles une fois le pays sorti de l’UE, tout en prônant la flexibilité, il a insisté sur le rôle essentiel que les preuves scientifiques doivent jouer dans la prise de décisions politiques. Un rappel à la rationalité scientifique qui rejoint l’avis de Sarah Mukherjee, directrice générale de la Crop Protection Association au Financial Times : l’Agricultural Health Study (AHS), la plus importante étude indépendante menée sur la question, « n’a trouvé aucun lien entre le glyphosate et le cancer, comme l’ont fait plus de 800 autres études scientifiques. L’Autorité européenne des produits chimiques, l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques, l’Agence américaine de protection de l’environnement et d’autres organismes similaires dans le monde ont tous examiné le glyphosate et ont constaté qu’il n’est cancérigène et qu’il peut être utilisé sans danger ».

Conflits d’intérêt

Seul le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence spécialisée de l’OMS basée à Lyon, a classé le glyphosate comme « probablement cancérigène » pour l’homme. Une position qui continue d’alimenter la polémique au sein de la communauté scientifique internationale. L’engagement politique de certains membres du CIRC a été souligné, et une enquête de l’agence Reuters a révélé que les résultats de l’AHS avaient été dissimulés à l’agence lyonnaise au moment où cette dernière devait rendre son avis.

Le 13 mars dernier, une quarantaine de spécialistes ont appelé la communauté scientifique à un « sursaut civique pour sauver la recherche face au renoncement politique ». Selon les experts, qui s’inquiètent de voir l’influence de l’expertise scientifique reculer au profit du politique, seul« le classement marginalisé d’une agence de l’OMS a prévalu sur les avis d’une dizaine d’agences, y compris européennes, qui l’ont déclaré non-cancérigène. Tout se passe comme si les décideurs publics ne pouvaient que s’aligner sur les marchands de peur ».

 

Félicia Martin


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