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Hausse des émissions de CO2 : la France dans la tourmente de la transition énergétique ?

jeudi, 31 mai, 2018 - 13:56

La France de l’environnement fait grise mine. Les états d’âme de Nicolas Hulot ne sont pas en cause, mais le bilan énergétique provisoire pour 2017 pourrait bien renforcer les doutes du ministre. La France accuse une hausse de 4 % des émissions de CO2 par rapport à l’année précédente. Un mauvais signal qui s’inscrit dans un contexte de remise en cause de la stratégie française de transition énergétique.

En prenant la tête du ministère de la Transition écologique, Nicolas Hulot savait que la tâche qui lui était confiée serait difficile. Le ministre longtemps pressenti à la place de Ségolène Royal semble payer une certaine indécision des équipes précédentes qui n’ont pas su faire un choix clair entre l’objectif de développement des énergies renouvelables et celui de diminuer rapidement les émissions de CO2. Le malaise est palpable et la publication par le Commissariat général au développement durable (CGDD) du bilan énergétique 2017 de la France métropolitaine ne va rien arranger.

Des émissions de CO2 en hausse…

Ainsi, le bilan publié en avril 2018 explique que « la consommation finale énergétique de la France métropolitaine progresse de 0,9 % en 2017 » en raison d’une croissance économique en hausse (+2 % sur un an). Une bonne nouvelle pour l’économie française, mais qui vient doucher les efforts sur le plan environnemental. Les émissions de CO2 ont augmenté de 4 % à cause notamment d’« un recours accru aux énergies fossiles pour la production d’électricité ». Le bilan est donc négatif d’autant qu’il vient mettre à mal des ambitions françaises et européennes élevées.

Paris et Bruxelles se sont engagées à réduire les émissions de CO2 et impriment malheureusement une trajectoire opposée à leurs objectifs puisqu’une augmentation de 1,5 % au niveau européen a été enregistrée. Bruxelles vient par ailleurs d’attribuer à la France l’objectif de diminution de 37 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Après deux années de stagnation, 2017 se place sous le signe d’une hausse des rejets de CO2 dans l’air avec plus de 320 millions de tonnes.

S’intéresser au bilan des trois premières économies européennes est très intéressant pour montrer les réussites et les faiblesses de chacun des modèles. Souvent cité en exemple (bon ou mauvais), l’Allemagne a changé sa stratégie au lendemain de Fukushima. L’arrêt de tous les réacteurs nucléaires est prévu pour 2022. En attendant la montée en puissance des énergies renouvelables, Berlin a fait le choix du charbon. Energie fossile la plus polluante, il représente aujourd’hui 40 % de la production électrique allemande. Ainsi, l’Allemagne continue d’être l’un des plus gros pollueurs européens malgré un discours volontariste en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

Le Royaume-Uni, lui, a fait le choix inverse puisque le pays se sort de sa dépendance au charbon en misant sur un recours accru au gaz naturel (moins polluant) et au nucléaire (neutre en carbone). Ainsi, en 2017, le pays a baissé de 3 % ses émissions de CO2 suivant parfaitement le rythme imprimé depuis 2005.

Le cas français est plus complexe puisqu’il n’existe aucune dépendance au charbon grâce à un parc nucléaire qui contribue à 72 % des besoins électriques du pays. Faire baisser les rejets de CO2 est plus difficile, et ce surtout quand cet objectif est concurrencé par la volonté de faire baisser la part du nucléaire dans le mix énergétique (50 % d’ici à 2035).

…dans un contexte défavorable au nucléaire

Ce double objectif est étrillé par la Cour des comptes dans un rapport également publié en avril dernier. Dans la droite ligne d’un premier rapport de 2013 où perçait une inquiétude réelle, la Cour des comptes met à mal la politique suivie depuis plusieurs années. « Compte tenu de son profil énergétique peu carboné, si la France avait voulu faire de sa politique en faveur des EnR un levier de lutte contre le réchauffement climatique, elle aurait dû concentrer prioritairement ses efforts sur le secteur des EnR thermiques qui se substituent principalement à des énergies fossiles émissives de CO2 ». Autrement dit, l’éolien et le solaire ont été trop mis en avant au détriment de la biomasse, du bois et de la géothermie et finalement de la lutte contre le réchauffement climatique.

La trajectoire suivie par la France n’est pas exempte de paradoxes. La Cour des comptes donne là encore la clé pour comprendre : « la place consacrée aux énergies renouvelables électriques dans la stratégie française répond à un autre objectif de politique énergétique, consistant à substituer les énergies renouvelables à l’énergie de source nucléaire ». La politique de réduction du nucléaire est donc une des causes de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Le ministère de la Transition écologique et solidaire n’a-t-il pas voulu voir que le nucléaire était un atout dans la transition énergétique et non un poison écologique comme a pu l’être le charbon en Allemagne ?

Il semble pourtant impensable de se passer du nucléaire en France

Les données chiffrées indiquent pourtant toute l’importance du nucléaire dans la lutte contre le réchauffement climatique. Le mix énergétique français est déjà décarboné à hauteur de 97 %. Cela place la France parmi les six pays qui ont atteint l’objectif de 80 % établi par le GIEC. Des experts mondiaux du climat qui reconnaissent pour beaucoup d’entre eux que le nucléaire est l’énergie la plus respectueuse de l’environnement. Ni particule fine, ni dioxyde d’azote et de souffre émis grâce à cette énergie qui offre également l’avantage de la flexibilité. Un réacteur peut passer de 100 % à 20 % de puissance en trente minutes. Cela en fait un partenaire idéal des énergies intermittentes et non pas un concurrent.

Ces faits passent souvent trop inaperçus, mais la Cour des comptes se charge de rappeler certaines réalités. Les 220 000 salariés du nucléaire auront aussi beaucoup à dire si les autorités continuent de ne pas afficher une politique énergétique claire qui ne met pas en danger une industrie aux immenses avantages pour l’environnement. La balle est dans le camp du gouvernement tributaire de la future Programmation pluriannuelle de l’énergie aux contours encore incertains.


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